‹ Les origines de l'ancienne France (volume 4)Chapitre 116 sur 125 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

de la main d'un seigneur a ses armes communes avec lui, tous deux ne forment qu'une seule épée, qu'un seul bouclier \ Il est assimilé au fils par le sang et placé par là dans une relation plus étroite, — en fait et en droit, — que l'affinité qui résulte de la vie commune des nourris et de la simple remise d'un symbole au vassal proprement dit.

Le chevalier nous apparaît de la sorte sous un double aspect ; à la fois comme le meilleur soldat et comme le meilleur vassal. La chevalerie est l'élite de l'armée et l'élite de la féodalité.

Ce double aspect se révèle dans tous nos vieux poëmes. La chevalerie y représente l'art militaire, avec son instruction professionnelle2, ses ruses de guerre3, sa discipline,

1 Gontran, pour faire de Ghildebert son successeur au trône, lui met sa lance dans la main : « Rex Gunthramnus, data in manu régis Childeberthi hasta, ait : « Hoc est indicium, quod tibi omne regnum meum tradedi. » (Grégoire de Tours, Histor. Franc, VII, 33; Mon. Germ., 1885, p. 313). — Quelle est la portée, quel est le sens de cet acte? Grégoire de Tours l'indique : « Cohortabatur G. rex omnem exercitum, dicens: Videte, o viri, quia films meus Chîldeberthus jam vir magnus effectus est. » (Ibid., p. 313-314). « Cunctum ei regnum tradedit, dicens : « Una nos par ma protegat , unaque asta defendat. Quod si filios habuero, te nihilhominus tanquam unum ex his reputabo. » (Liv. V, 17, p. 208). — Le roi des Hérules dit de même à Théodoric: « Sume itaque arma, mihi tibique profutura. » (Cassiodore, Variar., IV, 2, t. I, p. 97). — De nos jours encore, on trouve un usage semblable chez les Arabes du désert. Le général Daumas raconte que les membres d'une caravane s'associent comme frères par ce serment solennel : « Chacun est le frère de tous; tous nous ne faisons qu'un seul et même fusil, si nous mourons, nous mourrons tous du même sabre. » (Daumas, Le grand désert, 1857, p. 72).

2 « Les guierunt tut par chevalerie. »

{Ch. de Roland, v. 3074.)

3 Quand Ganelon propose au roi Marsile de surprendre Roland en traître dans les défilés de Roncevaux et de l'écraser sous le nombre, il appelle ce bel exploit un acte de gente chevalerie :

« Dune avrez faite gente chevalerie , N'avrez mais guère en tute vostre vie. »

{Ch. de Roland, v. 594-5.)

LA CHEVALERIE

son équipement perfectionné1, puis la bravoure2, la résistance à la fatigue, la force physique qu'il exige3. Le vrai chevalier est le guerrier modèle. Etre brave c'est défendre ses armes*.

En même temps la chevalerie est la parfaite fidélité** le dévouement, jusqu'à la mort, au chef qui vous a initié au métier des armes , revêtu de l'armure , ceint de l'épée , monté d'un destrier, au chef qui a droit à une reconnais-

1 « Pois, sunt muntet sur leur curanz destriers;

Adubet sunt à lei de chevaliers,

E de bataille sunt tuit apareilliet. »

(Ibid., v. 1142 suiv.) - « De vasselage fut asez chevaliers. »

{Ibid., v. 25.)

Cf. Ren. de Montauban , p. 211, v. 20 suiv.

<( Li Arcevesques est mult bons chevaliers : N'en a meillur en tere desuz ciel, Bien set ferir et de lance e d'espiet. »

(Ch. de Roland, v. 1673 suiv.)

« Itel valur deit aveir chevaliers Ki armes portet e en bon cheval siet ; Deit en bataille tels estre forz e fiers , 0 altrement ne valt quatre deniers. »

(Ibid., v. 1877 suiv.)

Faire du butin est la grande vertu du chevalier :

u Bien doit on chevalier et loer et prisier, De quel part que il voise , qu'il sache gaaigner. »

(Ren. de Montauban, p. 56, v. 25-26.)

« Vassals est bons pur ses armes défendre. »

(Ch. de Roland, v. 3785.)

Le chevalier abattu était dépouillé de ses armes et de son cheval, pratique qui s'est conservée dans le combat judiciaire. Du reste, le seigneur sous les ordres duquel il combattait devait l'équiper à nouveau. (Voy. Ren. de Montauban, p. 141).

5 « Li quens Rollanz unkes iramat cuard ,

Ne orguoillus n'hume de maie part , Ne chevalier, s'il ne fust bons vassals. »

(Ch. de Roi., v. 2134 suiv.)

Page 1