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LIVRE III. — TROISIÈME PARTIE

sance éternelle pour les armes qu'il a données, pour les cadeaux qui s'y joignent, pour la dot souvent qu'il constitue au nouvel adoubé *.

La cérémonie de l'adoubement met en scène tout aussi clairement Je caractère biparti de la chevalerie primitive.

L'éphèbe qu'on arme chevalier doit être solide, habile aux armes, excellent cavalier : il doit en faire ses preuves publiques, en lançant son cheval au galop et frappant la quintaine2. Voilà le premier aspect. Voici le second. L'adoubé devient le filleul, le fils adoptif du seigneur qui

1 Un adoubement fait par le comte d'Anjou Geoffroi Martel nous en présente un frappant exemple. Le fils puîné du seigneur de Château-Gontier sert le comte puis, armé chevalier par lui, obtient un don de terre, à titre de fils adoptif : « Comiti serviens, cupidus glorise, aggressus est consulem, precibus suorum, ut eum militem constituerez et causa filiolationis modicum terrœ ei largiretur quo posset eum gratiosius et aculantius servire... » (Chronique des comtes d'Anjou, p. 124).

Bernier, dès qu'il a été armé par Raoul de Cambrai, se reconnaît son homme lige :

« Devant Raoul s'asiet a genoillons. « Sire, dit-il, biax est li gueredons; Vostre hom sui liges, si m'ait S. Symon. »

(R. dz Cambrai, v. 627 suiv.)

2 « Fait .1. eslais a loi dome saichant. »

{Ibid., v. 512.)

« — Sire B, dist R. li senez En la quintaine por moie amor ferrez , Si qe le voie Loeys Tadurez. »

(Ibid., v. 600 suiv.)

Je juge inutile de multiplier les citations. M. Léon Gautier, dans son beau livre La chevalerie (Paris, 1884), basé sur les chansons de geste, a très bien reconnu que l'adoubement au xie siècle était une cérémonie purement militaire sans intervention d'aucun symbole religieux (p. 269-271). On peut voir les dix-huit exemples d'adoubement qu'il a réunis (p. 285, note 3) et y ajouter notamment celui du Couronne/ nent Louis, v. 1651 suiv.

LA CHEVALERIE

l'adoube. C'est donc ce seigneur lui-même qui, comme un père, présidera à son armement et attachera tout au moins à son flanc la pièce capitale , l'épée 1 ; c'est lui qui le fera revêtir d'habits seyant à sa qualité nouvelle, du bliaud de soie , du manteau garni de fourrures, de vair et de gris ou de peaux de martre 2. Par les armes qu'il reçoit le nouveau chevalier est associé à la fortune militaire de son père adoptif ; par les étoffes précieuses et les pelleteries dont on le couvre il prend son rang à la cour féodale. Tels sont vêtus ceux qui courtoient et siègent au conseil3.

Les exhortations faites à l'adoubé ont de même un dou-

1 Le ceinturon était chez les Romains l'insigne militaire par excellence. Prendre le ceinturon (sumere cingulum, cingulo insignirï), quitter le ceinturon (déporter e cingulum), était synonyme de devenir soldat et cesser de l'être. (Voy. Daremberg et Saglio, Dictionn. des Antiquités, v° Cingulum, II, p. 1178, col. 2). Sous le Bas-Empire, il fut, en outre, le signe distinctif du fonctionnaire civil. (Ibid., p. 1181, col. 2). Les expressions romaines s'adaptaient donc parfaitement à l'adoubement du chevalier et devinrent typiques. Elles purent contribuer ainsi à mettre au premier plan Pacte de ceindre l'épée; mais, au xie siècle, le rôle de l'adoubant ne s'y borne pas. Il pose le heaume sur la tête, comme il ceint l'épée au flanc :

« L'erme li clone. . .

Desor la coife de l'auber doublentin Li a assis. . . »

(R. de Cambrai, v. 472 suiv.)

2 « Vous me déistes, plus Foirent de mil,

Que je seroie chevaliers, sans respit. » — « Vous le serez, li Loherens a dit, Or vous alez baigner un seul petit, Et vous avez et le vair et le gris. »

(Garin le Loherain , II, p. 179.)

3 Dans le conseil tenu par Charlemagne, Ganelon qui y siège :

« De sun col getet, ses grandes pels de martre E est remés en un sun blialt de pâlie. »

(Ch. de Roland, v. 281-2.)

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