‹ Les origines de l'ancienne France (volume 4)Chapitre 118 sur 125 · LIVRE III. — TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

LIVRE III. — TROISIÈME PARTIE

ble objet. Etre brave, est Tune1, être fidèle est l'autre2, a Sois preux3 » les résume toutes \

Ainsi encore de la colée ou paumée , du coup donné dans la nuque avec la paume de la main. Elle doit, selon un vieil usage germain qui se laisse suivre jusque dans la loi des Ripuaires% graver dans la mémoire d'une

1 « Chevaliers soies , dist li pères , biaus fix ,

Et corageus envers tes anemis. »

[Ogier, v. 7315-6.)

« Que damedieus qui en la crois fu mis Te doinst pooir contre tes anemis. »

(Auberi, éd. Keller. Romvart , p. 223.)

2 « Garde envers ton seignor, ne weilles meserrer. »

(Ren. de Mont., p. 48, v. 34.)

s « Soiés proudom. »

(Gir. de Viane, p. 21.)

« Soies preus. »

(Ibid., p. 65; cf. Garin le Loherain, II, p. 182.)

4 J'ai dit plus haut la double signification du mot preux.

5 « Lex Ribuaria, cap. 60 : « Gum testibus (2, 6 ou 12)... ad locum tradicionis cum totidem numéro pueros accédât et sic eis prœsentibus prœtium tradat et possessionem accipiat, et unicuique de parvolis alapes donet et torquat auriculas, ut ei in postmodum testimonium prœbeant. »

Le soufflet seul paraît s'être conservé après l'époque carolingienne, comme moyen mnémotechnique. Il se retrouve dans la charte suivante :

« Illo anno quo perrexit Robertus cornes Jérusalem, dédit S. Petro ad Pratellum, ex suo dominio, unam villam quse vulgo Turstinivilla vocatur, pro qua structor ejusdem ecclesise Hunfridus XII libras auri et duo pallia et duos maximi pretii caballos dédit... Huic rei interfuerunt vetulus N. T. qui unum de suprad. caballis a comité Roberto dono suscepit... Hunfridus constructor ejusdem loci cum fîliis suis Rogerio, Roberto, Willelmo, qui etiam a pâtre ob causam mémorise colaphum suscepit. Suscepit etiam aliud colaphum R. de L. qui hosam vini comitis Roberti ferebat; qui cum requireret cur sibi Hunfridus permaximum colaphum dedisset, respondit, quia tu junior me es, et forte multo vives tempore erisque testis hujus rationis cum res poposcerit. Suscepit etiam tertium colaphum H. fîlius W. comitis. » (Vers 1034. Gallia Christ., XI, Instr., col. 201 A).

LA CHEVALERIE

manière ineffaçable le souvenir de la cérémonie d'adoubement et du seigneur qui Ta accomplie1. Elle a besoin d'être énergique pour remplir cet objet : son énergie témoigne en même temps et de l'endurance morale du nouvel adoubé et de sa force de résistance corporelle 2.

Telle est la chevalerie des xe et xic siècles. Elle n'est pas encore une institution distincte, et elle n'a rien à faire avec les sentiments généreux qu'on lui prête si libéralement ou qu'elle a pratiqués plus tard. Les devoirs du chevalier sont tout relatifs. Ce sont les devoirs du soldat, du vassal et, par une réciprocité légale, ceux du suzerain. S'il est question de l'assistance des pauvres, c'est de chevaliers

1 Dans Girard de Viane l'adoubant le dit expressément :

« Et de sa palme .1. grant cop li feri :

— De moi te mambre ! soies preus , Aymeri. »

« El col li fiert .i. molt grant cop plainier :

— De moi te membre: soyez boins chevalier. »

Malgré sa rédaction tardive (xme siècle) et son inspiration si manifestement religieuse et symbolique, YOrdene de chevalerie donne encore à la colée sa signification originaire :

« Ghest li colée. . .

Et dite la senefianche?

Sire , chou est li remembranche De celui qui Ta adoubé A chevalier et ordené. »

[L'Ordene de chevalerie, Paris, 1759, pp 124-125.)

2 « Une paumée ens el col li assist,

Por un petit que il ne l'abatist.

Voit le R. à pou n'enrage vis. »

(Garin le Loherain, II, p. 181.)

<( Il a hauciet le paume , se li done .i. cop tel Por .i. poi ne l'abat et nel fist enverser. Et quant le voit li enfes, le sens quida derver ; Il dist entre ses dens coiement a chelé : . . . Se l'cust fait, .i. autre, ja l'eust compéré. »

(Élie d& Saint -Gille , v. 105 suiv.)

Page 1