‹ Les origines de l'ancienne France (volume 4)Chapitre 24 sur 125 · X. lues puet coure .1. destrier crenu · texte numérisé non relu

X. lues puet coure .1. destrier crenu

Les champs sont délaissés \ la population se réfugie et se concentre dans les villages, défendus par des retranchements de terre, dans les enceintes des villes et des châ-j teaux que protègent, à défaut d'obstacles naturels, des fossés et des remparts couronnés de palissades, flanqués de tours de pierre ou de tours en bois 2.

Mais ce sont surtout les invasions étrangères du neuvième et du dixième siècle qui font table rase dans les campa- 11 gnes, provoquent l'afflux vers les lieux fortifiés3, entraînent à leur suite une nouvelle répartition des terres. Leur importance, sous ce point de vue multiple, ne me semble pas avoir été prisée à sa juste valeur. Embrassez-les d'un regard, voyez pendant deux siècles la France envahie coup sur coup par les Normands, les Sarrazins, les Hongrois, observez surtout avec quelle ténacité, avec quel acharnement ces hordes vont, viennent, reviennent, se répandent, et demandez-vous finalement quelle région, si petite qu'elle soit, a échappé à leur action destructive4.

Qui tant de bief n'i troveroit creu, Dont .1. chevals fust .1. jor repeu.

(Girard de Viane , p. 160).

En la terre al cunte Huun , Ne laisserrent charue arant, Maisun entière, coc chantant.

{Roman de Rou, ed. Andresen, Heilbronn, 1877-1879, II, p. 117).

1 Cf. Renaus de Montauban, p. 92, v. 27 suiv. :

Jusk'à .1. liues pou aler errant,

Jà n'i troveroit home borgois ne païsant,

Fors ceus qui ès chastiaus se vont eschergaitant.

2 D'anciens oppida celtiques, des castra, et des castella de l'époque gallo-romaine se prêtèrent tout naturellement à cette mise en défense.

3 Peut-être même vers des demeures souterraines. En divers lieux de France se rencontrent des cavernes avec corridors, chambres, magasins, ayant servi de refuges et remontant soit au neuvième siècle soit plus haut encore. Telle la caverne de Fauroux (canton de Targon, arrond. de La Réole) décrite par M. Léo Drouyn dans la Guienne militaire (Bordeaux, 1865), I, p. x-xi.

4 J'aurai dans les livres suivants à entrer dans plus de détails sur

Toutes les artères naturelles qui circulent à travers la France sont successivement parcourues par les Normands. Ils pénètrent par l'Escaut, la Seine, la Loire, la Garonne. Ce n'est pas le Nord seulement qu'ils ravagent et occupent, c'est l'Ouest et c'est le Centre, c'est le Midi et c'est l'Est. Non contents de dévaster les côtes, la Bretagne, le Poitou, la Saintonge, ne s'enfoncent-ils pas dans la Gascogne jusqu'aux Pyrénées, dans le Languedoc jusqu'à Toulouse et Nîmes, jusqu'à Arles en Provence, jusqu'à Valence en Dauphiné, jusqu'à Clermont en Auvergne? A l'Est, ne les voyons-nous pas, à travers la Champagne et la Bourgogne, pousser jusqu'au Rhin? Une fois même «que la Normandie a été cédée au plus puissant de leurs chefs, leurs invasions ne s'arrêtent pas. La Bretagne devient leur proie de par le traité de Saint-Clair-sur-Epte. Enfin, pendant plusieurs années (924-926), les rives de la Loire jusqu'en Bourgogne sont pour les bandes commandées par Ragnold ou Regnault comme un pays conquis1.

Dans le même temps, les Sarrazins sont fixement implantés en Provence. Ils s'y sont établis à demeure vers 889; ils y ont construit, dans une position formidable, le château de Fraxinet ou Fressinet {Fraxinetum, sur le territoire

ces invasions. Gomme ouvrages généraux on peut toujours encore consulter avec fruit : sur les invasions normandes : Depping , Histoire des expéditions maritimes des Normands (Paris, 1843) (ajoutez surtout Steenstrup, Études préliminaires pour servir à l'histoire des Normands et de leurs invasions, Caen, 1880, et pour le Midi la note des nouveaux éditeurs de Y Histoire du Languedoc, II, p. 363-364);

; sur les invasions arabes : Reinaud, Invasions des Sarrazins en France (Paris, 1836) (pour le Mid:, nouv. édit. de YHist. du Languedoc, II, p. 549 suiv.); sur les invasions hongroises : Dussieux, Essai

'■ historique sur les invasions des Hongrois en Europe et spécialement en France, Paris, 1839, 2 parties; Sayous, Les origines et l'époque païenne de V histoire des Hongrois (Paris, 1874), p. 93 suiv.; Dom Vaissette, Hist. du Languedoc, nouv. édit., III, p. 98 suiv.

1 Le pays nantais leur fut cédé en 927 pour obtenir la paix. « Concesso sibi pago Namnetico, pacem pepigere Francis. » (Fro-

. doard, Chron., D. Bouquet, VIII, p. 184).

de la commune actuelle de la Garde-Freinet, Var, arr. de Draguignan). De ce repaire, ils subjuguent et la Provence et le Dauphiné, et la Savoie et la Suisse. Et cela dure près d'un siècle entier. Ce n'est qu'en l'an 975 que le château de Fraxinet tombe aux mains de Guillaume, comte de Provence, et que tombe avec lui la domination sarrazineJ

Les Hongrois, enfin, coopèrent, cinquante années durant (910-955), à ce dépiècement de la France. Du Midi au Nord, de l'Est au Centre, ils amoncellent ruine sur ruine. L'Alsace et la Lorraine, la Flandre et le Hainaut, la Provence et le Languedoc, la Bourgogne, la Champagne, l'Orléanais, la Franche-Comté et le royaume d'Arles sont bouleversés, ravagés, incendiés par eux.

Voulons-nous connaître dans son vif l'état où le pays se trouvait partout réduit, consultons chroniques et chartes, nous verrons à quel point leurs témoignages s'accordent en un lugubre concert.

Voici d'abord Dudon de Saint-Quentin qui, par la bouche des Normands eux-mêmes et de leur chef Rollon, nous apprend que la terre où ils vont s'établir à demeure et qui prendra leur nom est abandonnée, déserte, sans habitants, sans culture et sans troupeaux1.

Même tableau dans toutes les parties de la France. Le ton seul du narrateur diffère, car ce ne sont plus les vainqueurs, ce sont les victimes qui parlent. — Prenons des exemples aux quatre points cardinaux, la Flandre et l'Artois, la Bretagne, la Guyenne, la Provence.

Pour la Flandre, l'Artois et la région circonvoisine, le tableau se déroule d'un bout à l'autre des annales de

1 « Terra hœc penitus clesolata, militibus privata, aratro non exercita... si fuerit frequentia hominum usitata , valde erit fertilis et uberrima, nobisque ad habitandum suffîciens et congrua. » — « ... inculta est vomere, pecudum et pecorum grege omnino privata hominum que prsesentia frustrata. Non habetur in ea unde possit vivere, nisi rapina et prsedatione. » (Dudo, De moribus et actis prim. Normanniœ ducum, II, cap. 26, cap. 28. Ed. Lair, p. 166-168).

3aint-Bertin et de Saint-Vaast. J'en détache un seul trait sur mille. En 880, les Normands brûlent la ville et le monastère de Saint-Vaast avec le viens qui y était attenant; ifs brûlent toutes les villas dans le pays d'alentour, ils tuent es habitants1.

La Bretagne a été transformée, dans le premier tiers du dixième siècle, par l'action simultanée des invasions et des guerres privées, en une vaste solitude, en un vaste désert. Villes, châteaux, églises, monastères, maisons ont été livrés aux flammes2. Plus d'habitation humaine, plus d'hommes 3. C'est la destruction de tout un pays \

1 « Nortmanni cum infinita multîtudine monasterium nostrum ingressi 7 kal. januarii, ipsum monasterium et civitatem, exceptis ecclesiis, et vicum monasterii et omnes villas in circuitu 5 kal. jan., ÎDterfectis omnibus quos invenire poterant, igne cremaverunt, omnem que terram usque Summam pervagati sunt » {Annales Vedastini, éd. Dehaisnes, 1871, p. 306-307). — Les environs de Marchiennes eurent le même sort : « Ecclesiis circumquaque destructis> villuliset aliis civitatibus non pepercerunt... Marchianense cœnobium ... accolis terrée fugatis vel interfectis, deletum est » (Miracula sanctœ Rictrudis, D. Bouquet, IX, p. 152).

2 « Dissentibus inter seipsos Britannis , beilaque intestina gerentibus; aforis autem piratis Danorum universam Britanniam longé latèque depopulantibus... Itaque Britannia... eo tempore tam a suis quam ab extraneis, crudeli modo vastabatur. Civitates, castella, ecclesise, domus, monasteria virorum atque sanctimonialium igni tradebantur, donec in solitudinem et vastum eremum omnino regio tota Dei judicio redigeretur » (Vie de saint Gildas publiée par Mabillon, ActaOrd. S. Bened., Seec. I,p. 147-148). — Cette vie a été' écrite par un moine de Ruis vers l'an 1030, d'après des traditions encore vivantes et des documents puisés dans les archives de son couvent, lequel fut, lui aussi, victime des Normands (Voyez A. de la Borderie, Études historiques bretonnes, Paris, 1884, p. 355-356).

3 « Nulla ibi tune habitationis domus erat, nulla hominis-conver- ' satio » (Ibid., p. 149).

4 « Vir Deo plenus Catvallonus... perrexit ad quendam probum virum Gurki nomine, qui in insula quee vocatur insula S. Gutuali morabatur, quam ipse, post destructionem Britanniœ , edificaverat, quœ a Normannis destructa fuerat » (Charte de 1037, Cart. de Redon, ch. 373, p. 326).

Agion, abbé de Vabres en Rouergue (895-922), plus tard évêque de Narbonne, nous dépeint l'état de la Guyenne de 860 à 906. Dans presque tous les pagi, le long de l'Océan, les églises|et les villes sont dévastées, les monastères détruits. Les habitants émigrent vers l'Est, abandonnant leurs domaines, les terres paternelles. Ceux qui ne peuvent s'y résigner n'échappent à la mort qu'en se mêlant aux barbares, qu'en rivalisant de cruauté avec eux. Des bois épais recouvrent jusqu'au faîte les églises abandonnées. La terre reste inculte; il est rare de rencontrer un homme ailleurs que dans les châteaux les plus sûrs et les mieux fortifiés. Les uns se sont enfuis au loin, les autres sont morts ou font cause commune avec les barbares; ceux qui ont échappé à ces cruelles alternatives se sont enfermés dans des lieux de refuge *.

Une nation barbare, nous dit en 1003 Ponce, évêque de Marseille, avait fait irruption dans le royaume de Provence. Elle s'était répandue partout, elle avait dominé

1 « Per omnes pene pagos juxta Gallicum Oceanum dispersa? surit ecclesise urbesque depopulatœ atque monasteria abjecta... Nonnulli equidem christianorum torvissimam experti persecutionem, relinquentes praedia et paternos abjicientes fundos, partes Orientis se incolatus dedere. Multi denique elegerant magis cuspidibus occumbere potius quam incolumes paternos linquere lares. Àlii nempe plures... paganorum iatebrosas diligentes astutias, illorum se fœdari... truculentis manibus proximorum gaudebant fundere cruorem...

Tamdiu persisterat sevissima atque truculentissima Marcomaniorum atrocitas quatenus ecclesiae quae nobili fuerant constructione éditée in heremum redigerentur et summa cacumina parietis lucus densissimus cooperiret.

Sed maxime vero juxta mare tellus inculta manebat accessusque hominum illo rarus inerat, nisi in tutissimis ac munitissimis castellis, quia sicuti suprataxavimus ineolae et clade ingruente aut aliis regionibus transvexi sunt aut qui remanserant pene omnes mterfecti aut vîdelicet barbaris sunt commixti. Geteri qui evaserant in variis degebant praesidiis » (Hist. du Languedoc, nouv. édit., t. Il, Preuves, col. 323-324).

\ violemment. Occupant les postes les plus formidables, lelle avait tout ravagé, détruit les églises et la plupart des monastères. Les lieux les plus enchanteurs n'étaient plus qu'un désert; les hommes avaient disparu, les bêtes sauvages avaient pris leur place *.

, La conclusion qui découle de ce faisceau de témoignages2, d'une concordance si parfaite, est claire. Le système des villes était brisé, les fermes étaient brûlées 3, les limites

.perdues4, les tenanciers ou tués ou réfugiés dans les villes et les villages fortifiés.

Quand le mal fut arrivé à son comble, mais aussi à son terme, quand les invasions furent refoulées ou triomphèrent, il s'opéra une nouvelle prise de possession du sol, il s'introduisit dans les campagnes un régime nouveau.

1 « Gens barbarica in regno Provincise irruens, circumquaque diffusa, vehementer invaluit, ac munitissima queque loca optinens , et inhabitans cuncta vastavit, ecclesias ac monasteria plurima des- ► truxit; et loca quae prius desiderabilia videbantur, in solitudine redacta sunt, et quse dudum habitatio fuerat hominum, habitatio postmodum cepit esse ferarum. » (Charte de 1005, Cart. de Saint- Victor de Marseille, ch. 15, I, p. 19).

I 2 Ajoutez-y comme témoignage général pour les états de Charles le Chauve l'édit de Pistes de 862 : « Terra nostra déserta est... habitatores terrée occisi et fugati sunt... ecciesiee et villae incensse sunt » etcomme description hyperbolique, ce passage de la chanson d'Ogier le Danois qui peut s'appliquer à l'ensemble des invasions :

D'Arle le blanche dusc' à Ais au perron, Dès Loheraine desi à Besenchon, Dès Normandie à Saint Michel en Mont N'i a remeis ne castiel ne doignon , Bore ne recet, cité ne fort maison, Mostier n'abie, gent de relegion , Que tôt ne metent en fu et en carbon, En France entra la maisnie Mahon ; Des cres tiens font grant confusion, Ocient femes , maint petit enfanchon ; Et uns et autres ochient habandon.

(Ogier, v. 9834-9844.)

3 Les détails sur ce point abondent.

4 L'évêque de Fréjus, Riculphe, déclare après l'expulsion des Sarrazins (975-990), qu'il ne lui reste que son titre nu d'évêque,

En Normandie, Rollon partage la terre au cordeau ou au sort1 entre ses compagnons, et il y attire des étrangers pour la repeupler et la remettre en culture 2. C'est la colonisation d'un sol redevenu vierge. Les avantages offerts aux cultivateurs appelés du dehors, l'indépendance farouche et l'esprit de guerre et d'aventure des nouveaux maîtres du pays lui donnent sa structure et ses traits distinctifs. Une classe rurale plus libre dans son groupement et son exploitation agricole, si libre même que dès le commencement du onzième siècle elle prétend vivre à son gré et jouir sans restriction des forêts et des eaux3; au-dessus d'elle des seigneurs qui sont bien moins des administrateurs et des propriétaires fonciers que des chefs militaires. Des châteaux forts où des tours leur servent de demeure,

qu'il ne lui est plus possible de reconnaître les limites de ses domaines, ni de justifier de ses droits de propriété :

« Civitas Forojuliensis... acerbitate Sarracenorum destructa, atque in solitudinem fuit redacta, habitatoresque ejus interfecti, seu timoré longius fuerunt effugati; non superest aliquis qui sciât, vel praedia, vel possessiones quae preefatse ecclesise succedere debeant; non sunt cartarum paginée, desunt regalia prsecepta , privilégia quoque, seu alia testimonia, aut vetustate consumpta, aut igne perierunt , nihil aliud nisi tantum solo Episcopatus nomine permanente » (Ruffi, Hist. des comtes de Provence, p. 52; Gallia Christiana, I, Instruira., p. 82).

1 Suivant M. Steenstrup (p. 157 suiv.), l'expression « funiculo divislt » employée par Dudon n'aurait pas d'autre sens que celle de « sorte dedi » dont il se sert au livre suivant (Cap. 38, p. 182).

2 « Securitatem omnibus gentibus in sua terra manere cupientibus fecit. Illam terram suis fidelibus funiculo divisit, universamque diu desertam reœdifîcavit, atque de suis militibus advenisque gentibus refertam restruxit » (Dudon, De moribus et actis Norm. Ducum, liv. II, cap. 31, p. 171).

3 « Nam rustici unanimes per diversos totius Northmannicœ patrise comitatus plurima agentes conventicula , juxta suos libitus vivere decernebant quatenus tam in silvarum compendiis quam in aquarum commerciis, nullo obsistente ante statuti juris obice legibus uterentur suis » (Willelmi Gemmet. Hist. Northm.,N, 2. Migne, t. 149, col. 823).

les guerres de champ d'activité, les impôts et les tributs, le butin et la solde de ressources permanentes. Ce régime s'étend même aux anciens domaines, aux anciennes villas qui ont échappé au naufrage. Les seigneurs normands s'en emparent et s'en font un point d'appui de leur domination guerrière1.

En Bretagne, les grands domaines qui, du septième au neuvième siècle, avaient pu se constituer aux mains des machtiem (chefs de clan héréditaires) et des corps religieux furent disloqués. Machtiern et moines prirent la fuite2 et furent remplacés par des Normands3. Tous ne revinrent pas quand la Bretagne eut été reconquise4; et ceux qui revinrent durent, pour repeupler les terres et les mettre en valeur, se plier aux exigences du régime seigneurial triomphant.

1 En voici un exemple tiré de la Chronique de Saint-Bertin rédigée par Jean d'Ypres : « Post hoc bellum cruentissimum et Normannorum conversionem , miles quidam de Danorum reliquiis, qui hoc monasterium et patriam cum Danorum exercitibus fréquenter affligendo destruxerat, nomine Sifridus Dacus, cum sua turma hue rediît, etGhisnas villam et patriam occupans, a nobis abstulit, sibimet usurpavit, sedem suam in ea posuit, tuitionem et castrum in ea construxit, et se Ghisnarum dominum appellavit. . . Gumque a domno abbate nostro cornes Arnulfus frater suus fuisset requisitus, ut rem suam sic violenter ablatam, eo juvante, recuperare posset, A. cornes non solum non reddi fecit; sed ipsum Sifridum in facto suo penitus sustinuit , et eum ad fidelitatem et homagium de terra Ghisnensi recepit » [Ex Chronico Sithiensi , D. Bouquet, IX, p. 76).

2 « Fugientesque inde prse timoré Normannorum territi Comités ac Mathiberni dispersi sunt per Franciam , Burgundiam et Aquitaniam » (Ex Chron. Namnetensi, D. Bouquet, VIII, p. 276 a).

3 « Pauperes vero Britanni terram colentes, sub potestate Normannorum remanserunt absque rectore et defensore » ( Ex Chron. Namn., D. Bouquet, VIII, p. 276 b;.

4 « Comités, Vicecomites et Mathiberni fugitivi, et adhuc tune temporis superstites... fugatis Normannis, occurrerunt... valde lsetificati » (loc. cit., p. 276 e). — Adde Loth , L'émigration bretonne, p. 194-195.

Si du Nord-Est nous passons au Sud-Est, nous assistons à un spectacle analogue.

En Dauphiné, Févêque Isarn (vers 976) introduit de toute pièce le régime seigneurial dans ses domaines dépeuplés. Aux nobles qu'il attire des contrées lointaines il donne des châteaux à charge de foi et d'hommage, aux bourgeois et aux paysans des terres à charge de services et d'impôts *.

En Provence, enfin, quand les Sarrazins sont chassés, la terre est, en quelque sorte, à la merci du plus fort et du premier occupant. Il faut que le comte de Provence, Guillaume Ier, procède à une nouvelle répartition du sol et assure à chacun ses limites2. Le même comte, après sa victoire , avait distribué de vastes étendues à ses vassaux militaires, à ses compagnons d'armes3.

1 « Post destructionem paganorum, Isarnus, episcopus. . . quia paucos invenit habitatores in predicto episcopatu, collegit nobiles, médiocres et pauperes, ex longinquis terris..., deditque predictus episcopus illis hominibus castra ad habitandum et terras ad laborandum,in quorum castra sive in terras episcopus jamdictus retinuit dominationem et servitia , sicut utriusque partibus placuit » (Cart. de Saini-Hugues de Grenoble, ch. 16, p. 93). — Sur cette charte voyez T. I, p. 398-399.

2 K Gum gens pagana fuisset e finibus suis, videlicet de Fraxeneto, expulsa, et terra Tolonensis cœpisset vestiri et a cuitoribus coli, unusquisque secundum propriam virtutem rapiebat terram, transgrediens terminos, ad suam possessionem. Quapropter, illi qui potentiores videbantur esse, altercatione facta, inpingebant se ad invicem, rapientes terram adposse, videlicet Wilelmus vicecomes et Pontius de Fossis.Qui Pontius pergens ad comitem, dixit ei : «Domine cornes, ecce terra, soluta de vinculo paganae gentis, tradita est in manu tua, donatione régis. Ideo rogamus ut pergas illuc, et mittas terminos inter oppida et castra et terram sanctuariam , nam tuae potestatis est eam terminare et unicuique distribuer e quantum tibi placitum fuerit. » Quod ille ut audivit, concessit, et continuo ascendens in suis equis perrexit. Cumque fuisset infra fines Gâtedre villae , cœpit inquirere nomina montium et concava vallium et aquarum et foncium » (v. 993, Cart. de Saint -Victor de Marseille, ch. 77, I, p. 104-105).

3 Voyez, par exemple, la donation des côtes de Saint-Tropez,

Ainsi, de quelque part qu'on dirige les, yeux, le régime oncier a subi une refonte. Il sort du creuset adapté aux onditions nouvelles de la société renaissante. Toutes les villse furent-elles donc décomposées ou débites par l'effet direct des invasions étrangères et des guerres privées? Assurément non; mais toutes en ressentent le contre-coup irrésistible. Déchoir ou se transforuer devint leur lot. C'est ailleurs, en effet, que la vie ■ociale se concentre, c'est dans les villes et les villages lont l'importance corporative grandit et s'étend chaque our, c'est dans les châteaux (castella), les maisons fortes firmitates), les couvents fortifiés, qui prennent la place de a villa comme centre de gravité de l'organisation domaîiale.

aite àGibalin de Grimault : « Cumitaque Giballinus de Grimaldis... îostris in omnibus contra Agarenos et Mauros sive Sarracenos asnstens agressionibus, invasionibus, fugationibus et periculis, siîum maris Gambracium, qui communiter rivus Scti Torpetis appelatur, propria virtute, ab eisdem... abstulerit, ejusque taie facinus Deculiari principis munifîcentia recognosci debuerit. Nos Guillelmus iomes... prsefato G. de G. preefatum sinum maris... cum toto tractu ît circuitu damus, donamus et ad possidendum integrum et deffenlendum contra Aragenos et Mauros, sive Sarracenos tradimus... » 980. Ruffi, Hist. des comtes de Provence, p. 51).

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