‹ Les origines de l'ancienne France (volume 4)Chapitre 25 sur 125 · LE CHATEAU FORT REMPLACE LA VILLA COMME RÉSIDENCE DU MAÎTRE · texte numérisé non relu

LE CHATEAU FORT REMPLACE LA VILLA COMME RÉSIDENCE DU MAÎTRE

Le propriétaire, au lieu de résider alternativement dans ses villes, s'assure une demeure fixe qui lui serve de boulevard contre les invasions du dehors, de place de guerre pour braver ses ennemis personnels, de bastille pour maintenir dans l'obéissance et le devoir tous ceux qu'il astreint à des redevances ou des services, de repaire après les expéditions aventureuses, les coups de main et les razzias \ Il commence par transformer quelqu'une de ses villas en place forte, puis il construit de préférence soit au cœur même d'une villa ou d'un village, soit à la crête d'un coteau escarpé ou sur le versant abrupte d'une montagne, un château, castellum, castrum y mwiitio , turris, etc., qui, derrière une double ou triple ceinture de défense, englobe les logements, les magasins, les ateliers, les écuries ou élables les plus indispensables de l'ancienne villa.

L'architecture est loin d'être indifférente ici. Elle est peut-

1 J'ai mis assez longuement le premier mobile en lumière pour n'avoir pas à y insister. Quant aux autres ils sont fort bien résumés, en ces termes, par l'hagiographe du xne siècle que je cite plus loin : m Ut ab hostibus eo modo maneant tutiores , et potentia majore vel vincant pares, velpremantinferiores. » — Voyez du reste t. I, p. 318 suiv., p. 445 suiv., et ajoutez ce passage de la Chronique de Bèze (Dachery, Spicilegium , II, p. 420) : « Ipso eodem tempore quo rex Rotbertus monarchiam regni tenebat, cum audisset in partibus istis quosdam existere, qui circumquaque res aliénas violenter diripientes, ut liberius impuneque retinerent, fir mitâtes et castella nova sibi construxerant... »

F. — Tome II.

être même le miroir le plus fidèle où se reflète la supplantation de la. villa par le château ou par la demeure fortifiée.

Le château est-il construit dans la plaine, trois éléments essentiels le composent : l'enceinte extérieure, la motte, le donjon.

Dans l'enceinte extérieure, défendue par des palissades et des fossés, se groupent toutes les bâtisses, en bois et en pisé, nécessaires à l'entretien du seigneur, de sa famille, de ses compagnons, de ses hommes d'armes : bou- ! langerie, pressoir, forge, ateliers de toute sorte; souvent un moulin, quand le fossé d'enceinte est un cours d'eau; les huttes pour les gens de service, artisans, valets ou serfs1. Parfois, cette agglomération préexiste. Elle peutêtre alors plus considérable et donner rapidement naissance soit à un bourg, soit à une ville. Il suffit de supposer que le château est construit dans un village ou sur l'emplacement d'un ancien castelhim.

Au centre ou à l'une des extrémités de la première enceinte, la motte (motta) s'élève 2. C'est une colline factice,

1 Je cite comme exemple l'enceinte extérieure de La Tusque, à Sainte-Eulalie-d'Ambarès , canton du Carbon -Blanc (Gironde), telle qu'elle a été reconstituée par Viollet-le-Duc {Dictionnaire d'architecture , v° Château, III, p. 63. Adde, L. Drouyn, La Guienne militaire, I, p. xn).

2 La description la plus complète et la plus précise que nous ayons d'une motte de cette époque me paraît fournie par Jean de Colmieu (sous son vrai nom, Gautier de Térouanne) (xie-xne s.). Dans la vie de l'évêque Jean de Commines cet hagiographie nous offre, à propos du château de Merchem (Merckerghem , dép. du Nord, arrond. de Dunkerque, canton de Wormhoudt), le type des châteaux forts élevés dans le nord de la France à une époque déjà 1 lointaine du moment où il écrivait (a multis rétro annis).

Voici sa description : « Erat autem secus atrium ecclesiœ munitio quaedam (quam castrum vel municipium dicere possumus) valde excelsa, juxta morem terrae illius, a domino villae ipsius a multis rétro annis extructa. Mos namque est ditioribus quibusque regionis hujus 1 hominibus et nobilioribus, eô quod maximè inimicitiis vacare soleant exercendis et caedibus, ut ab hostibus eo modo maneaut

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