LA VILLE NEUVE ET LE BOURG NEUF
Des seigneurs veulent fonder des villages sur leurs Lerres pour en tirer meilleur parti, ou des bourgs importants dans le périmètre de leurs châteaux forts. Ils créent alors des lieux francs. Ils déclarent libres de tout service arbitraire, de toute exaction, dispensés d'impôts pour une période de temps plus ou moins longue, soustraits à toute justice autre que celle du lieu les hommes qui s'y établiront1. C'est la ville neuve proprement dite ou le bourg
1 Cartul. du Ronceray, 3e roui. (ch. 58, D. Housseau, IIb, no 623, après 1060) : « donavit (le comte d'Anjou)... ut viculus... liber et quietus et absolutus foret in perpetuum ab omnibus servitiis et exactionibus, et si qua alia pertinebant ad comitem secundum consuetudinem regionis illius... omnibus utique scientibus quod aliter non posset quibusiibet pauperibus locum illum incolere. » — Il s'agissait d'un village à créer in loco inculto et aspero.
Cartul. de Lérins, f° 35 (Ed. de Flammare, p. 119) : « Ego Berengarius Raimundi cornes Merguriensis et Marchio Provincie in manu domni Fulconis abbatis... laudo et confîrmo castellum qui olim dicebatur Marcellinum liberum et immune esse ab omni invasione comitis et ut nullus ibi ospitetur, vel aliquam redemptionem querat. .. Propter quam libertatem volo ut deinceps appellatur Franc... » (1131).
Renaus de Montauban, p. 110-111. Fondation par Renaud du château et du bourg de Montauban : — (Montauban doit, en effet, son origine à Une ville neuve. Celle-ci fut fondée en 1144 par le comte de Toulouse Alfonse I à proximité et aux dépens du village de Montauriol qui appartenait à l'abbaye de Saint-Théodard. Voyez Histoire du Languedoc, nouv. éd. III, p. 731 suiv., p. 774 suiv.).—
« Le palais et la sale fisent premièrement , A cambres et à votes et à rice ciment , Et li mur de la vile à rice fondement. IIII. portes i ot faites avenanment.
neuf, \e bourg franc seigneurial ou la ville franche, la liberté [liber tas) ou franchise (francitas) 1 . C'est un territoire auquel les principaux avantages de l'immunité sont garantis et par là une sorte d'asile relatif2.
Des privilèges analogues étaient accordés par les seigneurs aux établissements religieux pour leur permettre de créer des bourgs, ou de développer ceux qui s'étaient spontanément formés 3.
Sus en la maistre roce ki contreval descent , Iluec furent fait le plus haut casement.
Il le fisent savoir au pule et à la gent , Que au noviel castiel prengent herbergement ; Ses cens et ses costumes li paient bonement ; Entresci à VI ï. ans ne prendera noiant. V. c. borgois i vinrent de grant aaisement Et puplent le castiel maitre communaument.
Li cent sont tavernier et li. c. sont pestror,
Et li cent sont bouchier et li. c. pesceor
Et li. c. marceant duske Inde major
Et. III. c. en i ot ki sunt d'autre labor ;
Gardins , vignes , commencent à force et à valor. »
— Cf. aussi plus loin le for d'Oloron et les chartes de peuplement de l'Aragon et de la Catalogne et au § 4 celle de Villefranche-de-Conflent (1095). Dans la charte d'Asin (infrà, chap. vu) je relève, comme dans la chanson de Renaud, une dispense de service pour une période de sept ans.
1 Cf. la charte de Raymond Bérenger (1025) en faveur de Barcelone (Marca hispanica, App. col. 1038-1039).
2 Voyez, à la note suivante, la charte des seigneurs du château de Bazoches.
3 a Ego... dePuteacio... addoquod liceateis (monachis Sancti Martini) edificare burgum in terra quam donavit eis Gilduinus filius Raimbaldi et consuetudines ejusdem burgi ita absolute eis concedo ut sicut ego habeo burgum meum et burgenses meos quietos ita habeant suos excepto quod in dominio meo retinui. » (Cartul. de Saint- Martin des Champs, MS. f° 25 v°).
«Ego... Willelmus Anglorum rex, Nomannorumet Cenomannorum princeps, trado ecclesiae Sancta? Trinitatis de Cadomo.... partem de