LES TRANSFORMATIONS DE LA S AU VETE
territoire le nom de sauveté, en l'assimilant enfin à leurs palais1 comme l'espace compris entre quatre croix était assimilé à une église.
se rencontre sans cesse quand un serf est affranchi au profit d'un couvent qui devient par là son patron. Elle est employée ici par une extension toute naturelle pour marquer que la ville et ses habitants sont libres de toute immixtion étrangère , garantis contre les déprédations et les abus de la force, affranchis, saufs , parce qu'ils sont placés sous la protection, sous le patronat de Dieu, de Saint-Pierre de Gluny et de Sainte-Foi de Morlaas. Pratiquement il pouvait résulter de là un certain avantage matériel pour le couvent, qui était en droit, comme patron , de se faire payer sa protection par des services ou des redevances , mais il en résultait surtout pour l'ensemble de la ville une sauveté précieuse, sans que pour cela elle cessât d'appartenir aux vicomtes de Béarn.
En dehors de cette interprétation je n'en verrais qu'une seule possible; ce serait d'entendre villa Morlensis dans le sens de bourg de l'abbaye de Morlaas. La sauveté aurait été limitée alors au territoire propre de l'abbaye ; les autres groupes de maisons n'y auraient pas participé.
1 Cf. Sancii régis rescriptum (circa ann. 1088) : « Ad prsesens ex autoritate Dei et nostra confîrmamus... quatinus omnia dona quae dedi vobis, quse daturus sum ego vel posteri nostri, ita libéra sint ubicumque, quod neque ecclesiastica persona neque secularis audeat inquietare sicut nostra propria palatia. » (Cart. de la Gr. Sauve, Martene et Durand, Thésaurus Anecdot., I, col. 247).
Sur l'asile des palais voyez déjà le capitul. 806, cap. 7 (Boretius, p. 128) : « Volumus ut quilibet homo peccans et intercessione indigens intra regnum domini sui, vel ad loca sancta, vel ad honoratos homines confugiat et inde justam intercessionem mereatur » et le capit. de Carloman, 883, III, cap. 1-2 : «Volumus ut palatium nostrum, more predecessorum nostrorum ... pacis ordine stabiliatur ... Decernimus igitur ut omnes in palatio nostro commanentes, et illud undique adeuntes pacifiée vivant. » — Dans la chanson de geste d'Ogier le Danois le duc Naismes s'exprime en ces termes sur le meurtre commis par le fils de Charlemagne en plein palais de son père :
« Jejugeroie certes par sairemant Qu'il a la mort cléservi par itant Qu'en pais Tocist, maint chevalier véant, Et en vo cort là où justice apent; Là où cascuns doit estre salvemant. »
v. 10812 suiv., p. 449-450.
Ce sont surtout les chartes de peuplement, cartas paeblas, de l'Aragon et de la Catalogne, chartes dont l'influence sur le midi de la France est hors de doute1, et les fors accordés dès l'onzième siècle aux villes du Béarn qui nous font assister à cette évolution nouvelle de la sauveté.
Dans les chartes de peuplement, le droit d'asile, les dispenses d'impôts, le for privilégié de justice, enfin la concession de droits communaux de pacage, défrichement, etc., sont les principaux appâts présentés par le seigneur aux nouveaux arrivants2.
Le même principe se retrouve en Allemagne. €'est de lui que M. Sohm a fait récemment une des bases de son système sur l'origine des villes, en admettant, comme une fiction constante, l'assimilation des villes aux palais impériaux qu'elles renferment. (Voyez infrà, § 4).
1 Voyez infrà, § 4, chap. VI, la carta populationis de Villefranchede-Conflent en Cerdagne (1095).
2 a Ego Adefonsus Dei gratia imperator facio hanc cartajn firmationîs et liberationis ad totos homines qui sunt in Belgit et in tota illa honore de Galin Sangic populati et in antea ibi populaverint. Mando et affirmo ad totos homines de tota mea terra homicievos latrônes et malefactores postquam ad Belgit vel in illa honore ... venerint populare et ibi populaverint ut non habeant reguardo de nullo homine per nulla malefaeta sed sedeant ibi ingenui et liberi sine ullo cisso malo : et mando ut illos populatores habeant taies foros intus eorum causas sicuthabent illos de super Çaragoça.
Et mando atque affirmo ut sedeant ingenuos et franchos ipsi et filii eorum et domos eorum atque hereditates eorum ut faciant inde tota eorum voluntate , salva mea fidelitate et de omni mea posteritate et de tibi Galinçangîç similiter et de posteritas tua que possedis illa honore per me per secula cuncta. » (Carta-puebla de Belchite , 12 décembre 1119. — P. de Bofarull y Mascaro, Coleccion de documentos inedictos del arehivo gênerai de la corona de Aragon, t. VIII, 7 (Barcelone, 1851), p. 1 et 2).
« Ego Alfonsus Dei gratia rex facio hanc cartam donacionis et confirmacionis vobis populatores qui estis populatos in Asine et qui in antea populaveritis... Dono vobis et concedo Asine cum suo terminato... et insuper dono vobis que abeatis termino tantum quantum in uno die potueritis ire ad vestras laborantas et tornar ad vestras casas por fer vestros estalios et pascant vestros ganatos oves et boves per meos eremos et teneatis vestras metipsas capanas per jaczer de