CHAPITRE II
maison carolingienne, Arnulf, le roi de la Francie orientale. Ses variations ne manquèrent pas de logique et furent couronnées de succès.
En 888, Charles le Simple est en bas âge, Eudes est un roi adventice, Baudoin II s’attache à Arnulf. U est, avec son parent Rodolphe, abbé de Saint-Vaast d'Arras et de Saint-Bertin, et avec l’archevêque Foulque de Reims, à la tête des Francs qui mandent à Arnulf de venir prendre possession du royaume occidental1. Mais comme le souverain allemand manque d’audace et que la fortune sourit à Eudes, c’est à Eudes que Baudoin s’engage à être désormais fidèle2. Cette fidélité, il essaie presque aussitôt de se la faire payer. A la mort de l’abbé Rodolphe (892), il revendique sa succession et, avec la connivence des châtelains, s’empare du castrum de Saint-Vaast d’Arras, puis demande à Eudes de lui en confirmer la possession. La réponse évasive du roi ne le satisfait pas, il se révolte, se met hors d’atteinte et, l’année suivante, se rallie à Charles le Simple, devenu majeur et couronné à Reims. Mais l’appui se révèle fragile et voici Baudoin revenu à Arnulf, pour nouer alliance avec son fils Zwentibold, le nouveau roi de Lorraine3.
Malgré le succès de ses armes, Eudes est tenu en échec. En est-il meilleure preuve que celle-ci? Aussitôt que le roi, en 89o, a réussi à s’emparer du castrum et de l’abbaye de Saint-Vaast d’Arras, il les restitue à Baudoin et fait la paix avec lui, presque « d’égal à égal », selon la juste expression de son plus récent historien4.
1 « Contulerunt se ad Arnulfum regem, ut veniret in Franeiam, et regnum si Bi debitum reciperet : inter quos erant primi hujus discordiæ Fulcho... et Hrodulfus... nec non et Ralduinus cornas » (Ann. Vcdast., ad an. 888, p. 331-332).
2 « Balduinus, relictis sociis, ivit ad regem Odonem et pvomisit se de reliquo ficlelem illifore... h >rtatus est utin sua proynissione permaneret » (Ibid., p. 332).
:i Ann. Vcdast ., ad an. 893, p. 349-350.
4 Favre, Eudes, comte de Paris (1893), p. 181.
LA PREMIÈRE MAISON DE FLANDRE AUX IXe ET Xe SIÈCLES. 37
Eudes meurt (898), Charles le Simple est reconnu seul roi des Francs occidentaux : Baudoin II se garde bien de se rendre auprès de lui à Reims. IJ se contente de certifier de foin une fidélité vague, telle qu’il est convenable : « Se ilfi fidelein esse sicut dignum erat » 1 . C’était peu dire assurément, et Baudoin entendait moins encore. Il enlève presque aussitôt Péronne, que tenait Herbert de Vermandois, sous l’autorité du roi, et s’il reperd à la fois ce castrum et celui même d’Arras, il ne se décourage, ni ne s’humilie, comme un vassal félon. En toute liberté et accompagné de son allié Zwentibold, il se rend à un plaid, où un traité formel rétablit la paix entre lui et Herbert, entre Zwentibold et Charles, moyennant l’abandon au roi du castrum de Saint-Yaast et de ses dépendances, dont le comte Aumer est gratifié2.
L’année suivante (900), pour rentrer dans les bonnes grâces du roi et obtenir qu’il lui restituât la châtellenie d’Arras, il s’empresse d’accourir au plaid d’été où, sur les bords de l’Oise, Charles avait convoqué son armée et ses fidèles3. Ce n’était point là faire acte de vassalité, mais acte de fidélité, d’autant plus naturel que par la
1 Ann. Vedast, p. 35b : « Missos dirigit qui régi innotescerent se illi (klelem esse, sicut dignum erat » (898).
2 « Pacifîcati sunt Karolus rex atque Zuendabolchus, et reddidit Baldwinus régi castrum et sues exinde t'ecit exire; quem rex dédit Althmaro comili » {Ibid., ad an. 899, p. 359).
3 « B. perrexit ad ipsum placitum, volens sibi regem reblandiri, ut terram quam ei tulerat redderet » (ad an. 900, Ibid., p. 359). — La vie de saint Winnoc nous représente Baudoin, cette année même, comme en grande faveur auprès du roi et obtenant de lui un privilège (aujourd’hui perdu) en faveur de l'église qu’il venait de fonder à Bergues, sous le vocable de saint Martin et de saint Winnoc : « Habuii enim apud ipsum, (.regem) plurimum posse... super eodem loco povilegium regale facile obtinuit » (Mabilton, loc. cit., p. 311). Le fait est attesté déjà dans la première vie de saint Winnoc ,xexie siècle) {Mon. Script, rer. merov., V, p. 782-783) et rappelé indirectement dans une charte de Baudoin V (1067. Miræus , Oper. dipl., I, p. 511) : « ecclesiam... privilegiorum muniticentia, magnificè