‹ Les origines de l'ancienne FranceChapitre 11 sur 244 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

mort récente d’Arnulf (fin 899) la suprématie carolingienne et franque avait fait retour à Charles le Simple. M. F. Lot a supposé que la restitution du « comté » d’Arras n’aurait pu être faite « qu’à charge d’hommage »L C’est une conjecture toute gratuite. La seule chose certaine est qu’aucune restitution n’a eu lieu, par suite de l’opposition de l’archevêque de Reims Foulque, lequel avait obtenu du roi l’abbaye de Saint-Vaast, puis l’avait cédée par échange au comte Aumer2, et qui détenait, par une concession analogue, faite à la mort de l’abbé Rodolphe, l’abbaye de Saint-Bertin, sur laquelle Baudoin prétendait également un droit héréditaire. Et qu’arrivet-il alors? Foulque est assassiné, à l’instigation de Baudoin, par un chevalier de celui-ci; le meurtrier Winemar est frappé d’anathème; l’instigateur notoire Baudoin reçoit par donation royale ( regia donatione ) l’abbaye de Saint- Bertin qu’il convoitait3. Quant à Arras, c’est le fils de Baudoin, Arnoul, qui, à la mort du successeur d’Aumer, s’en saisira sans coup férir.

Le langage de tous ces faits est clair; le langage des

ditavit ». On peul se demander si c'est de propos délibéré que l’intervention du roi est ici passée sous silence.

1 Fidèles ou vassaux , p. 10.

2 II ressort clairement du récit de Flodoard que rarcbevêque Foulque ne s’était fait concéder l’abbaye de Saint-Vaast et le castrum d’Arras qu'en vue de les échanger contre l’abbaye de Saint-Médard de Soissons que détenait un comte Aumer, et que la concession du roi à ce comte n’a été qu’une ratification de cet échange (Flodoard, llislor. Ecoles, liemensis, IV, 10; Migne, 135, c. 290).

3 « Winemarus... asserebat hoc pro senioris sui fideiitate patrasse, •et icciico fine tenus in ipso peimansit anathemate. Balduinus autem post hæc abbatiam optinuit regia donatione » (Folcuin, Chartularium Sithiense, II, 68, éd. Guérard, II, p. 135). Cf. la Chronique de Jean d’Ypres (H. F., t. IX, p. 74) : « Balduinus... annuente rege Carolo Simplice, cui ipse consanguinitate proximus erat, hanc abbatiam impetravit et regia donatione suscepit, cum omnibus appendiciis •ejus ». — Sur l’ensemble des événements : Flodoard, loc. cit.; iàeginon, ad an. 903, et la Chroirique de Jean d’Ypres, loc. cit.

LA PREMIÈRE MAISON DE FLANDRE AUX IXe ET Xe SIÈCLES. 39

documents contemporains ne l'est pas moins. M. F. Lot ^est obligé de reconnaître qu’il ne s’y rencontre nulle mention d’un hommage du comte de Flandre au roi de France, « qu’il n’y est question que de fidélité »l, fait d’autant plus significatif qu’on était plus près de l’époque où ducs, comtes et marquis étaient encore des fonctionnaires royaux. Le cornes Flandre ns ium devenait un roi adjoint du rex Francorurn, à l’instar des autres princes de la Gaule2.

Cette identification, que nous avons à suivre jusqu’au cours du xne siècle, se manifeste dès la première moitié du xe par une double circonstance : l’indépendance quasi souveraine du successeur de Baudoin II et l’abandon que Charles le Simple offrit à Rollon de ses droits sur les Flandres, comme il avait offert de lui abandonner bénévolement la Bretagne3. On en peut conclure, ce semble, que les droits de la royauté sur les deux pays étaient également précaires.

Baudoin II, en inaugurant, par son mariage avec la fille d’Alfred le Grand4, la série des unions anglo-saxonnes

1 Fidèles ou vassaux , p. 10.

2 C’est l’expression même que je trouve dans un récit du xie siècle delà translation faite en 915 des reliques de Saint-Gerou : a Eo tempore Karolus rex Francorum annum regni sui agebat sextum decimum, Balduinus cognomento Calvus 36 arregnaverat annis in comitatu Flandriarum » (Ex adventu S. Gerulfi, cap. 11; Mon. Script., t. XV, p. 907). — La symétrie parfaite entre les deux membres de la phrase me paraît bien fixer le sens. On aurait pu songer, sans cela, au vieux verbe adregniare, brider, tenir en bride.

3 Dudon, t. II, p. 28 , éd. Lair, p. 1 68-169. — Je discuterai plus loin la valeur de ce témoignage.

4 Elstrude ou Aelfthryth. — Nous avons d’elle une charte de donation de biens situés en Angleterre au profit de Saint-Pierre au Mont- Blandin, près de Gand, en mémoire de Baudoin II, qui venait de mourir, et du consentement de ses deux fils Arnoul et Adolphe, Il septembre 918 ( Cartul . saxonicum, éd. Birch, t. II, p. 337 et suiv. (1887); Van den Haute, Note sur quelques chartes de l'abbaye de Saint-Pierre de Gand, Bull. Comm. histor. de Belgique, 1903, p. 411).

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