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CHAPITRE II

Enguerrand, lors de la disgrâce de ce comte1. Il y a plus. Une coïncidence me frappe. Deux ans après la réconciliation du beau-père et du gendre, en 866, meurt Rodolphe, abbé laïque de Saint-Riquier, l’oncle maternel de Charles le Chauve, et Hariulf nous apprend que ce grand personnage avait obtenu de son royal neveu le comitatus maritimæ provinciæ 2 et le détenait au moment de sa mort3. Ce comitatus , qu’est-il devenu? Hariulf en a perdu la trace et c’est pour cela, sans doute, qu’il a intercalé entre Rodolphe et son fils Guelfon (son successeur immédiat à la tête de la puissante abbaye) deux comtes de Montreuil, Helgaud et Herluin, qui n’ont rien à faire ici, ayant vécu au siècle suivant. En tout cas, Guelfon n’est plus qualifié comte, mais seulement abbé de Saint-Riquier et de Sainte-Colombe de Sens. Ne peut-on pas en conclure que le comitatus maritimæ provinciæ , i[ue Rodolphe possédait, a été par le roi attribué à son propre gendre Baudoin, petit-neveu par alliance de l’ancien comte? A trois ans près, se trouverait ainsi exact le témoignage d’un hagiographe de la fin du xic siècle, qui avait utilisé beaucoup de documents plus anciens, suivant lequel Baudoin reçut, avec la main de Judith, toute la domination entre la mer et l’Escaut4.

1 La vraisemblance augmenterait avec l’hypothèse assez se'duisanle qu’Enguerrand était frère de Baudoin, fils comme lui d’Odoacre (cf. Vanderkindere, le Capitulaire de Servais [Bruxelles, 1897], p. 45- 46). — La privation de ses honores encourue par Enguerrand est mentionnée en 875, quatre ans avant la mortde Baudoin Ier ( Annales de Saint-Berlin, éd. Dehaines, p. 244 : « Ab bonoribus dejecto »).

3 « Quique cum hoc offic o regis precatu functus fuisset, ejusdem regis Karoli, sui scilicet nepotis, dono et preee, comitatum maritimæ provinciæ suscepit quia erat... humanæ prudentiæ peritissimus >; (Hariult, Chronique de Saint-Riquier, éd. Lot, p. 443).

3 « Hruodulfus venerabilis abbas et cornes, postquam per aliquos annos cœnobium cum provinciis maritimis gubernavit »{lbid., p. 4 4 6).

4 « Surrexit illis diebus in regno ex fortissima heroum prosapia Balduinus. . Qui, accepta J udith, fîlia Karoli Cal vi , universum regnum inter mare Gallicum et Scaldem fluvium cum ea, Dei Gratia, sortitus

LA PREMIÈRE MAISON DE FLANDRE AUX IXe ET Xe SIÈCLES. 35

Le noyau du comté de Flandre se trouvait créé, et telle est déjà l’autorité du comte qu’il fait partie de l’espèce de conseil de régence que Charles le Chauve institue auprès de son fils par le capitulaire de Quierzy (877) L

L’année même de la mort prématurée de Louis le Bègue, Baudoin il succède à son père dans les circonstances les plus propices pour étendre sa domination, jeter les assises d’un Etat indépendant, d’une « royauté provincial e »2, prendre rang parmi ces roitelets ( rrguli ) qui surgirent à la mort de Charles le Gros. Carolingien par sa mère Judith, surnommé le Chauve uniquement, paraitil, pour rappeler son origine, il assit sa domination, son < hicntus , suivant l’expression de Reginon3, sa monarclno , comme l’appelle l’hagiographe de saint Winnoc4, sur une base nationale, en groupant la population tioise de la Flandre et du Mempisque, du Boulenois et du Ternois. Il l’étendit ensuite sur la population wallonne de l’Artois, grâce à la rivalité des rois Eudes et Charles le Simple. Une politique de bascule lui permit de se tenir en équilibre entre les deux compétiteurs de l’ouest et de s’ériger presque leur égal, sous la prééminence du chef de la

est » ( Translatio SS. Wandrùgisüi.. MabiHon, t. V, p. 20 1; SS. XV, p. 627).

1 Canit. Carisiac ., cap. 15, éd. Krause, t. II, p. 359.

2 L’expression est sortie de la bouche d’un contemporain de Baudoin II, l'évêque d’Ulrecht Radbod. Dans un sermon sur la vie de sainte Amalberge, il qualifie rex provinciæ un prince qu’il ne nomme pas et que la légende a identifié plus tard avec Charlemagne (MabilFn, Acta SS. Ben., t. III, 2, p. 242).

3 « Qui Balduinus hucusque in Flandris ducatum tenet » (Reginon, ad an. 818, éd. Kurze, p. 73).

4 « Baldewinus, cognomine Calvus... a progenitoribus Flandriæ monarchiam sortitus... etingenio et armis divina humanaque jura ex æquo librare... Tenebat ea tempestate sceptra Francorum Rex Karolus... quem prælatus Flandriarum monarchcs adiens » ( Vie de saint Winnoc, milieu xjc siècle, cap. 16; Mabillon, Acta SS. Bencd., t. III, 1, p. 311. — Mon. Script., t. XV, p. 776-777).

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