‹ Les origines de l'ancienne FranceChapitre 12 sur 244 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

que continuèrent et Charles le Simple et Otton le Grand, avait rehaussé le prestige et l’éclat de sa dynastie. A son origine carolingienne s’ajoutèrent de plus pour son fils Arnold les liens d'affinité qui l’unirent aux rois des deux Francies, comme aussi à Hugues le Grand1. Ce fut le tremplin de sa politique d’expansion et d'indépendance quasi souveraine. Les rapports qu’il entretint avec son beau-frère Edouard 1er et son cousin Athelstan lui servirent de point d’appui dans sa lutte contre la Normandie, et il en chercha d’autres du côté de l’est auprès de la maison saxonne. De là une rivalité nouvelle, non seulement avec les ducs normands qui lui disputèrent l’alliance d’Otton le Grand, mais avec Hugues le Grand et Herbert de Vermandois, l’un et l'autre ses proches par mariage2. Arnoul, comme tous ces dvnastes, s’efforcait de réduire le pouvoir du rex Francorum à une suprématie de plus en plus nominale, mais en veillant à ce que la prépondérance ne passât point à l'un des conjurés3, et nul, pour parvenir à cette fin, ne paraît avoir manœuvré avec plus d'astuce et de duplicité qu' Arnoul. Chaque fois que l’équilibre tend à se rompre soit au profit du roi, qui s’allie, par exemple, avec les Bourguignons ou les Lorrains, soif au profit de ses rivaux, le jour où une coalition se noue entre Hugues, Herbert et Guillaume Longue- Epée, on le voit chercher aide et assistance tantôt près d’Athelstan, tantôt auprès d’Otton, ou au contraire sou-

1 Charles le Simple (vers 919), Hugues le Grand (après 925), Otton le Grand (930) épousent trois filles d’Édouard Ier.

2 Arnoul, qui était déjà le cousin par alliance de Hugues le Grand, serait devenu son neveu (ainsi que le neveu du roi Raoul) en épousant (934) la fille de Herbert II de Vermandois, si, comme on l’admet généralement, Herbert était marié avec une soeur de Hugues et d’Emma (la femme de Raoul de Bourgogne).

3 Pour justifier ce terme, je rappellerai les paroles obsédantes que Raoul Glaber prête à Herbert mourant : « Nous étions douze qui avions juré de trahir le roi » — « Duodecim fuimus qui traditionem Caroli jurando consensimus » (Raoul Glaber, éd. Prou, p. 8).

LA PREMIÈRE MAISON DE FLANDRE AUX IXe ET Xe SIÈCLES. 41

tenir le roi de France contre les coalisés, et les amener à traité ou à trêve.

Ce ne sont pas là des luttes féodales, ce sont des compétitions de souveraineté. Aussi M. Ferdinand Lot n’a-t-il pas trouvé, dans tout le demi-siècle qu’occupe le long règne d’Arnoul le Vieux, le moindre texte à alléguer, de près ou de loin, en faveur de sa thèse que le comté ou marquisat de Flandre constituait- dès alors un grand fief de France, et en est-il réduit à se retrancher derrière un aveu d’ignorance : « On ignore au juste, dit-il, la nature des relations entre le marquis de Flandre Arnoul 1er (918- 965) et les rois Charles III, Robert 1er, Raoul, Louis IV d’Outremer » L A mes yeux, au contraire, la nature exacte de ces relations ressort très clairement de la succession des événements et des actes que déroulent devant nous les chroniqueurs contemporains, Flodoard en tête.

En 925, le roi Raoul signifie aux Francs, par proclamation du ban royal, de se préparer à combattre les Normands qui venaient de ravager l’Amiénois et le Beauvaisis. Ce n’était point la convocation d’une ost féodale, mais une levée en masse à laquelle le comte de Flandre devait répondre d’autant plus certainement qu’il était compris encore parmi les chefs francs, puisqu’il commandait à des Franc/, maritimi 1 2 .

Aucune source historique ne fait mention d’Arnoul, lors du rappel, en 936, de Louis d’Outremer, et ce silence paraît étrange quand on songe qu’il était à ce moment maître de Boulogne, où le jeune roi débarqua et où ..s’étaient rendus pour le recevoir Hugues le Grand et les autres seigneurs francs. Qu’il ait figuré ou non soit parmi les ceteri Francorum proceres ou principes dont parle

1 Fidèles ou vassaux, p. 11.

2 Rodultus... ut se acl bellum contra Normannos præpararent Francis banno denuntiat... Arnulfus quoque cornes et ceteri maritimi Franci præsidium quoddam Nordmannorum aggredhintur » (Flodoard, ad an. 925).

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