CHAPITRE V
• — § iv. —
Hugues Capet fit de Verdun 1 et y voir une renonciation quelconque aux droits des rois de France sur la Lorraine. Elle fut tout accidentelle, et, faite sans doute à l’instigation de l’archevêque de Reims Adalberon, elle dut être le prix de l’appui prêté au chef de la nouvelle dynastie pour son accession au trône. Quoique Lorrain, en effet, •Adalberon s’était montré hostile, jusqu’à la trahison inclusivement, à la récupération de la Lorraine par la couronne de France2, non pas qu’il fût partisan de là royauté teutonne, mais parce qu’il poursuivait, comme Gerbert, une restauration de l’empire romain au profit de la dynastie des Ottoniens. N’est-ce pas un fait frappant qu’aussitôt après la mort d’ Adalberon (janvier 989), dès les mois de février-mars de cette année, nous voyons Hugues Capet s’efforcer de rétablir son autorité en Lorraine3?
11 importe maintenant de remarquer, — - M. Parisot l’a constaté comme une circonstance singulière4, — que de 987 à 1002, le duc de Haute-Lorraine Thierry I, cousin germain du roi de France Robert, n’apparaît, ni dans les diplômés ni dans les chroniques, en relations avec Otto n III, tandis que le carolingien Otton, duc de la Basse-Lorraine, figure dans l’entourage de ce souverain.
Cette circonstance rend tout à fait vraisemblable qu’à la mort d’Otton III (janvier 1002), Thierry, au lieu de prendre parti pour l’un des trois compétiteurs qui sé disputaient la couronne de Germanie5, ait reconnu pour
1 Lot, Hugues Capet , p. 4.
iJ Lot, Derniers Carolingiens , p. 238.
~ 3. Lettres de Gerbert , éd. Havet, n° 154, p. 136.
4 Parisot, Haute-Lorraine , p. 372. — Il n’est pas moins étrange qu’une charte de Montier-en-Der soit datée simultanément du règne d’Otton 111 et de Robert : g Actum apud castellum Barrum... imperante Ottone in regno [Saxon um], Roberto in regno Francorum » (1er Cartul. ms. de Montier-en-Dcr , f° 45 r°, cité par M. Parisot, p. 528).
s La succession d’Otton III, revendiquée pcir Henri le Boiteux, duc
souverain le roi de France Robert. El, en effet, une charte de Saint-Mihiel est datée, cette même année, du règne de notre roi 1 .
On objecte, il est vrai, que Henri 11 a été reconnu à Mayence (juin 1002) par des seigneurs mosellans {primatas2) et à Aix-la-Chapelle ^7 septembre 1002) par des Lorrains. Mais la qualification de Mosellans , comme celle de prima tu s 3, • est ambiguë, et les Lorrains réunis à Aixla-Chapelle sont exclusivement des évêques et comtes delà Basse-Lorraine1. D’autre part, Thierry n’est pas nommé une seule fois avant l’assemblée tenue à Thionville (janvier 1003) où Thietmar dit que Hermann, duc d’Alémanie et d'Alsace, l’un des concurrents jusque-là de Henri II, lui a fait hommage, et où le même chroniqueur parle de Thierry et de ce duc en termes tels qu’on voit bien que leur fidélité était plus que douteuse5.
Voyons maintenant ce qui se passe quand Henri I I
de Bavière (fils de Henri le Querelleur) lui était disputée par le Margrave Ekkehard et par Hermann IL duc d’Alernanie et d’Alsace, dont Strasbourg- était la capitale, caput ducatus ('thietmar, V, 12,
1 Charte publiée par M. Parisot, op. cit., p. 526-528. Elle porte la suscription du duc Thierry et du comte de Bar. Une autre charte de Thierry, du 27 décembre 1005, est également datée du règne de Robert ( ibid ., p. 385 et 528).
2 « Francorum et Muselenensium primatus régi manus tune applicans gratiam ejus meruit » (Thietmar, V, 11, p. 114).
3 La présence du duc Thierry n’est mentionnée nulle part, sauf à l’assemblée de Thionville dont je vais parler.
4 Le texte de Thietmar ne laisse aucun doute à ce sujet (Thietmar, V, 20, p. 118-119).
H Le duc Hermann seul fait hommage, ce qui ne l’empêche pas, d’accord avec le duc Thierry, dont pour la première fois il est question, de s'opposer (vainement, selon le chroniqueur) à la tenue d'assises judiciaires : « Herimannus ac Theodericus, solo nomine duces , sed non re, temptabant hoc impedire, sed frustra ». Et ce qui prouve bien à quel point la soumission était précaire, c’est la destruction par le roi du château de Mulsberg, qui appartenait au duc Thierry (ibid.).