CHAPITRE INTERMÉDIAIRE
La structure sociale de la France, telle qu’elle apparaît dès l’époque romaine, et telle qu’au fond elle persistera à travers toutes les phases de notre histoire, repose sur quatre assises ethniques que j’ai appelées les groupes primordiaux1, le groupe celtique, le groupe belgique, le groupe aquitain, le groupe provençal au sens originaire du mot.
Ces assises sont profondément implantées au sol et protégées par des fleuves et des montagnes. Elles correspondent finalement aux quatre grandes régions de la France : les bassins de la Loire et de la Seine, ceux de la Meuse et du Rhin, le bassin de la Garonne, enfin les bassins de la Saône et du Rhône. Autant et plus peut-être que la nature, c’est le caractère ethnique, la communauté séculaire d’habitat, de traditions et de mœurs qui délimitent ces régions. Philippe le Rel déjà l’affirmait à propos de la Bourgogne, en un langage digne de mémoire : « Les fleuves, disait-il, ne marquent pas toujours les frontières des États ; elles sont tracées aussi par les nationalités et les territoires constitués dès l’origine en patries et en dominations distinctes »2.
Rien n’explique mieux que les royaumes qui se sont
1 Voyez T. III, p. 21 et suiv.
2 « Nec enim fines regnorum semper per talia fluvia distinguntur, sed per nationes patriæ atque terras, prout cuilibet regno ab initio fuerint subjecte ».