‹ Les origines de l'ancienne FranceChapitre 126 sur 244 · CHAPITRE INTERMÉDIAIRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE INTERMÉDIAIRE

actuelle, s’efforce d’englober la partie méridionale de la région, l’ancien royaume de Boson, puis est assujetti à l’empire germano-romain. Cette domination toutefois reste beaucoup plus nominale que réelle : la vitalité nationale tient en échec la force conquérante. — Dans la Bourgogne transjurane, l’autonomie des populations jurassiques et helvètes donne naissance au comté de Bourgogne , qui deviendra la Franche-Comté. Dans la Cisjurane l’élément autochtone et l’élément latin (Provence) s’assurent chacun une existence propre, et ce dernier par d’étroites attaches se relie à l’Aquitaine.

Tous ces principats, toutes ces patries régionales sont entraînées par un courant d’affinités naturelles et de relations sociales, de traditions historiques et d’intérêts matériels, dans le sillage de la France. Et ainsi se perpétue virtuellement la grande unité gauloise que la convergence profonde de séculaires tendances finira par restaurer un jour.

Pour retrouver la source vive de cette oeuvre d’unifiçation, qui semble tenir parfois du prodige, il faut dégager d’ambiguïtés sans nombre le fond commun primitif d’où elle a émergé, pénétrer jusqu’à l’essence des entités sociales qui y ont coopéré.

« La Gaule, ai-je dit1, n’avait cessé, malgré des divisions profondes, de constituer un grand corps de nation, d’avoir le sentiment, plus ou moins conscient, de son unité ethnique ».

Si ce sentiment a été transformé en une réalité concrète c’est avant tout — j’en ai fourni déjà d’abondantes preuves — grâce à la suprématie franque. Or de celle-ci nous avons trouvé le centre et le foyer dans la région du Nord de la Loire que séparent du Midi, à travers tout le Moyen âge et bien au delà, l’idiome, les lois, les mœurs, le tempérament populaire.

Cette circonstance semble, à première vue, donner raison à l’opinion commune qui attribue l’existence de ces deux grandes divisions ethniques de notre pays à un dualisme des origines germaniques et des origines romaines de la Gaule.

Cela pourrait être vrai, en effet, si, par suprématie franque, il fallait entendre une suprématie germanique, et l’on en reviendrait à la doctrine, qui a tant faussé notre histoire, de la Gaule conquise et régénérée par la race germanique.

Avant donc cl’aborder la région méridionale, il importe d’écarter toute méprise à ce sujet. Pour le faire, il me suffira presque de réunir en faisceau les données que j’ai fournies dans les précédents volumes1, sauf à les préciser et à les compléter sur quelques points.

§ 2. — Le caractère gallo-franc de la suprématie royale.

Voici d’abord une observation essentielle. Si je me suis servi parfois du terme de race franque pour désigner la nation, c’est au même titre qu’on dit race royale pour dynastie. J’ai voulu exprimer la prééminence quasi dynastique de la nation née sous le vocable Franc, d’une fusion de la minorité dçs envahisseurs germains avec l’immense majorité des Gallo-Romains en un corps politique animé d’une conscience commune.

Les Francs, en effet, ont entamé à peine le tréfonds gaulois, tout imprégné et fécondé de civilisation romaine. Leur seule action directe a été d’infuser aux cités gauloises du nord de la Loire, où ils substituèrent de force leur domination à l’autorité romaine, quelque chose de

1 Voy. notamment au T. III, p. 127 et suiv., 158 et suiv., 199 et suiv., 218 et suiv., etc.

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