LIVRE IV. CHAPITRE INTERMÉDIAIRE
en décidèrent un grand nombre à entrer dans les rangs du clergé soit régulier, soit séculier, et pour cela à acquérir une culture nouvelle, un esprit nouveau, et à se mêler étroitement à la population gauloise.
Les mariages mixtes étendirent cette fusion, les changements de nom et l’adoption du même costume l’attestèrent et la consacrèrent.
La haute aristocratie germanique fut, par l’ambition et l’intérêt, entraînée sur la même pente, soit pour acquérir autorité et influence sur des groupes urbains ou ruraux, soit surtout aussi pour s’élever aux dignités ecclésiastiques et aux grands offices du palais. C’est de la sorte qu'une aristocratie mixte se constitua et parvint à supplanter la première race royale, qui, sous un vernis de civilisation, avait gardé les vices du barbare germain, la cupidité, la férocité des haines, l’intempérance, et que la débauche avait fini par énerver.
Dans la phase anarchique qui prépara l’avènement d’une dynastie nouvelle, la question de race n’a rien à voir, si ce n’est en ce sens qu’une femme du Midi, au cours même d’une lutte féroce de quarante années, travaille à l’organisation d’un État gallo-franc, et qu’au patriciat gallo-romain sont dues, pour la plus large part, les qualités de tout ordre qui assurèrent l’avènement des Carolingiens.
Brunehaut, a dit un excellent historien, M. Pfister, fut conduite par une idée, au lieu d’être, comme la plupart des barbares mérovingiens, le jouet des caprices et des passions : l’idée de « maintenir, avec l’absolutisme royal, les principes d’ordre et d’administration ».
Si elle succomba, ce fut sous la marée montante de l’anarchie seigneuriale. Sa défaite n’était pas une victoire du germanisme, mais une victoire de l’aristocratie coalisée franque d’origine et gallo-romaine de souche, qui continua la lutte dans les conditions où elle était engagée, c’est-à-dire en restant groupée par région (Est et Ouest
de l’ancienne Gaule). Et quand ces deux groupes régionaux, le neustrien et l’austrasien, cherchent à l’emporter l’un sur l’autre, ce n’est pas un conflit entre Gallo- Romains et Germains, mais une scission de la Francie à laquelle la dynastie nouvelle, gallo-franque elle-même, mettra fin.
Cette dynastie est élevée au trône « in regni solio sublimatns » par l’autorité et la puissance ( imperium ) du pape Zacharie, par l’onction du Saint-Chrême reçu des mains des bienheureux prêtres des Gaules ( per manus beatorum sacerdotum Galliarum) et par le choix de tous les hommes libres de la Francie ( electionem omnium Franchonayi)1 . Elle est essentiellement gallofranque par ses possessions originaires2, et elle soumettra la Germanie par les armes.
1 Clausula de consecratione Pippini (SS. rer. merov., I, p. 465), note contemporaine, conservée dans un ms. du xe siècle du Livre des miracles de Grégoire de Tours, qui avait été insérée dès 767 dans un ms. plus ancien appartenant à l’abbaye de Saint-Denis. Pépin y est qualifié catholicus rex Francorum et patricius Romanorum.
Quand, en 754, trois ans après sa consécration. Pépin fut, avec ses deux fils Charles et Carloman, oint et bénit comme roi et patrice (in rec/em et patricium) par le pape Étienne, le pape bénit en même temps la reine Bertrade et les prince» des « Francs » ( principes Francorum ), et il obligea la nation entière ( omnes ), sous la menace de l’interdit et de l’excommunication, de najamais élire un roi d’une autre famille (de alterius lumbis).
2 Saint Arnoul, l’ancêtre delà ligne paternelle (mort en 641), était évêque de Metz et possédait de vastes domaines patrimoniaux entre l’Oise et la Meuse.
L’ancêtre maternel, Pépin l’ancien (dit de Landen) (mort en 639), était le chef (princeps) de la région la plus occidentale de l’Austrasie, celle qui a dû être le cœur de la région cellico-belge, le territoire des Nerviens, Eburons, Rêmes, entre l’Escaut et la Meuse, entre Tournai et Liège, la région que [les Francs en sortant de la Toxandrie ont occupée, mais d’où ils se sont écoulés vers l’Ouest (Laon) et le Sud- Ouest (Soissons, Reims, Paris).
Le fragment si curieux de la fin du vne siècle, (écrit en un latin pur, et certainement œuvre d’un Gallo-Romain), qui fait un récit élogieux