CHAPITRE INTERMÉDIAIRE
De sa nature gallo-franque témoignent encore ses traits de caractère1, son parler bilingue2 comme son physique3 et sa généalogie4.
En réalisant, par Charlemagne, une renaissance impé-
de la carrière de Pépin le Gros (dit d’Héristal) jusqu’en 689, et nous donne quelques détails sur ses ascendants, s’exprime ainsi au sujet de Pépin l’ancien : « Pippini præcelentissimi principis, qui populum inter Carbonariam silvam et Mosam fluvium, et usque ad Fresionum limites vastis limilibus habitantem justis legibus gubernabat » (H. F., II, p. 677).
1 Déjà le fragment que je viens de citer louait en Pépin le Gros le sentiment de la justice, l’intrépide constance et la modération (justitiæ rigor, fortitudinis invicta soliditas et temperantiæ moderamentum ). — Louis le Débonnaire était si peu Germain de sentiments qu’il prit en aversion les vieux chants populaires des Francs : « Poetica carmitia gentilia, quæ in juventute didicerat, respuit, nec legere, nec audire, nec docere voluit » (Thegan, Vita Hludovici, cap. 19). Nous verrons plus loin qu’il mit beaucoup de zèle à favoriser la culture latine en Aquitaine.
a Charlemagne parlait, au témoignage d’Éginhard, aussi couramment le latin que sa langue maternelle, « æquè ilia (latina lingua) ac patria lingua orare esset solitus ».
3 Charlemagne était brachycéphale ( apice capitis rotundo, dit Éginhard), et son père Pépin était « bref », c’est-à-dire de petite taille.
4 Non seulement Saint Arnoul et Pépin l’ancien appartenaient à des familles gallo-franques, mais, d’après une série de documents hagiographiques, le premier par son ascendance, Pépin par son mariage avec Itta, la mère de Sainte Gertrude, paraissent se rattacher à l’Aquitaine. A l’objection de la science d’Outre-Rbin que cette généalogie a pu être fabriquée au ix* siècle pour glorifier les Carolingiens, et notamment leur faire honneur d’une parenté avec de saints évêques du Midi, Fustel de Coulanges a répondu, pour la ligne paternelle, par un dilemme irréfutable : « De deux choses l’une, ou la généalogie est vraie, et alors Charlemagne descendait en partie d’une grande famille de l’aristocratie romaine, ou elle est fausse, et alors Charlemagne prétendait ou croyait en descendre... », « et il faudrait, se demander pour quel motif Charlemagne ou ses contemporains auraient imaginé et fabriqué une généalogie qui, au lieu de le faire descendre des Germains , le rattachait à une famille romaine » ( Transformations de la royauté y p. 142).
riale, politique et littéraire, d'inspiration gallo-romaine et chrétienne, elle mit le sceau à la fusion ethnique. Elle fonda définitivement la nation française en reliant étroitement à la Francie les autres régions de la Gaule. Ce lien subsista après que se fut rompu celui qu’avait créé la conquête des pays voisins, Germanie, Italie, Espagne, etc.
Des figures presque surhumaines, comme celles d’Alexandre, de Charlemagne, de Napoléon, creusent dans l’âme des peuples un sillon que rien n’effacera plus et y déposent des semences indestructibles. Alors même que la féodalité eut mis l’État en pièces, l’empreinte persista. Le prince et le seigneur apparurent comme des images réduites et subordonnées de la majesté royale, le compagnon ou le communier comme un concitoyen de l’ancien empire des Gaules. Et ainsi, du roi et du prince au peuple, à tous les degrés de l’échelle sociale, sous les formes infiniment variées de la fidélité, de la foi, l’idée unitaire et la conscience nationale se conservèrent dans leur germe et évoluèrent, à travers tous les obstacles, jusqu’au plein épanouissement.
Nous allons étudier ce phénomène dans les rapports de la royauté et des grands principats à l’Est et au Sud de la Loire, en commençant par la Bourgogne. Nous le retrouverons plus tard dans le tableau d’ensemble de l’état social de la France.