J, A PATRIE BOURGUIGNONNE
ment associées, comment le fond gallo-romain n’aurait-il pas pris le dessus sur l’élément barbare, tout en oscillant entre l’unité gauloise ou bourguignonne et les entités régionales : éduenne-romaine sur la rive droite de la Saône, séquane et helvète sur la rive gauche.
La noblesse burgonde ( optimus buryundio ) tend à se fondre dans la noblesse sénatoriale ( nobilis romarins), que la loi Gombette place sur le même rang qu’elle1. La première, à l’exemple de ses rois, désarme devant la culture latine, la seconde perd de son raffinement stérile, et travaille efficacement à l’élaboration d’institutions nouvelles. Sidoine Apollinaire admire Syagrius de s’être familiarisé avec l’idiome des Burgondes, et d’être devenu un Solon pour f’interprétation de leurs lois2; il le loue d’enseigner aux Burgondes à mieux parler leur propre langue et de leur faire acquérir un cœur latin 3.
Le résultat fut durable. La nationalité mixte ainsi créée implanta des racines si profondes dans l’âme populaire qu’elles persistèrent à travers les siècles, impuissants à les arracher. Le nom de Bourgogne ( Bnrgundia ), la tradition d’une royauté bourguignonne , glorieuse, bienfaisante, équitable, devinrent comme un signe de reconnaissance et un centre de ralliement pour des régions que les vicissitudes politiques séparèrent, mais dont les liens rompus furent renoués par les grandes abbayes bourguignonnes, foyers à la fois de culture latine, de civilisation chrétienne et d’organisation politique. Leur action régénératrice commence dès le vn° et vm® siècle avec le brillant
1 Til. 26, l.
2 « Quantum stupeam sermonis te germanici notitiam tanta facili-
tate rapuisse Germanorum senectus negotiis mutuis arbitrum te
disceptatoremque desumit. Novus Burgundionum. Solon in legibus disserendis... decernis, audiris » (Sidoine, Lettre 75).
3 « Quanquani a'que corporibus ac sensu rigidi sint indolatilesque, amplectuntur in te pariter et discunt sermonem patrium, cor latinum •> (Sidoine, loc. cit.).