‹ Les origines de l'ancienne FranceChapitre 14 sur 244 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

fois contre les Normands ou les Scandinaves1 et contre les Flamands, en vue même peut-être de la conquête du Boulonnais2. Il ne réussit qu’à donner naissance à une dynastie de comtes du Ponthieu sur laquelle Guillaume le Conquérant étendra sa suzeraineté3.

introduit ici, aux dépens, du reste, de l'abbaye de Saint-Riquier : « Quo prirnum tempore Pontiva patriola munitionibus castrorum aucta est, ablatis monasterio Centulo tribus oppidis, Abbatis villa, Scto Medardo, et Inora et his castellis effectis , in eorumque stipendia multis aliis Scti Richarii vil lis et redditibus ab Hugone rege prærogalis, nostra baec provincia non comité utebatur, sed regiis milittbus h inc inde præpositis conservabatur » (Hariulf, éd. Lot, p. 229. — Acide ibid ., pp. 162, 205).

4 Dans la seconde moitié encore du xie siècle, l'imagination populaire ne cessait d’ètre hantée à ce point par la terreur des descentes Scandinaves que de simples bruits se transformaient en panique. Hariulf en cite un curieux exemple (1072-1080) dans la vie de saint Arnoul : « dicentibus quibusdam quod gens Danorum de terra sua emergens totam Franciam in brevi occupatura et deletura esset... compellebat hoc ad credendum, quoniam similia multotiens Danos patrasse referebant historiae di versarum chronicarum » (Mabillon, VI, 2, p. 521). — C'est dans le diocèse de Soissons que cette panique se produisit et on n'en juge que mieux de l'importance comme marche de la Flandre et du Ponthieu.

2 N’oublions pas, en effet, que le Boulonnais était à cheval sur la limite des langues romane et flamande, laquelle coupait même en deux la ville de Boulogne, et qu’Otton de Freising a pu dire de Godefroi de Bouillon : « Tamquam in termino utriusqne gcntis (Franci, Romani, Teutonici) nutritus , utriusque hnguæ scius » ( Chronicon , éd. Perlz, 1867, p. 301). Toutefois, l'élément flamand l’emporta aux xe et xie siècles. Le Boulonnais resta dans la dépendance de la Flandre maritime et ce n’est qu’au début du xme siècle que les rois de France purent y ressaisir une domination effective.

3 Hugues, châtelain royal d’Abbeville et avoué de Saint-Riquier, fit souche des comtes de Ponthieu, grâce à la puissance que lui donnait son château et à la richesse que lui procurait Favouerie de l’abbaye, dont Hugues Capet l’avait investi (Hariulf, p. 206).

Il s’éleva ainsi au-dessus des autres châtelains, et son fils ayant épousé la très noble veuve du comte de Boulogne, tué par lui à la guerre, s’autorisa de la noblesse de sa femme pour prendre le titre de comte : « reliquis paribus suisfortior factusest, quia et castelli freins

LA PREMIÈRE MAISON DE FLANDRE AUX IXe ET Xe SIÈCLES. 45

Nous ne pouvons nous désintéresser des inextricables conflits où les derniers Carolingiens durent, pied à pied, défendre et essayer de ressaisir les lambeaux de l’héritage ancestral. Que l'on' discute à perte de vue sur les quelques termes vagues et ambigus, — committere , recipere, sacramento pacisci , etc., — que, de-ci de-là, les chroniqueurs contemporains appliquent aux rapports du roi de France et des principes , ce sera sans profit. La nature de ces rapports s’en trouvera d’autant moins éclaircie qu’on restera davantage sous l’empire du préjugé traditionnel que le régime féodal était pleinement organisé dès le xu siècle. C’est dans le détail des actes et des événements qu’il faut observer ces rapports, en comparant ce qu’ils furent selon les régions et leurs chefs, en faisant état de leur connexité avec les prétentions de souverains rivaux du roi de France : pactes d’alliance, de fidélité ou de vasselage, rôle d’arbitre joué aussi bien par le princeps que par le roi, élévation progressive du vassal au rang de pair ou cle simple fidèle. Tous ces traits distincts ou confus, essayons de les dégager ou de les reconnaître dans la mêlée désordonnée qui, pendant cinquante ans, s’agite autour du trône chancelant où Louis d’Outremer vient de monter.

En 938, le roi est aux prises avec Hugues le Grand et Herbert de Vermandois, et c’est Arnoul qui négocie entre eux un armistice de quelques mois, ou peut-être impose une trêve aux belligérants par la menace de

munitione absque timoré quælibet efliciebat, et reliqui, si quicl conabantur, non babentes refugium facile succumbebant... Quod sancti Richard... advocatus etiam plurimutn ei contulerat fortitudinis dum, advocitionis obtentu, S. Richard villarum reditu et rusticorum servitio utebatur... successorem habuit filium Angelrannum. Hic quoque nomine advocati conlenlus fuit, dotiec Boloniensem comitem prælio interimens, et ejus reliclam sibi in matrimonio copulans, a comitissa uxove nomen comitis vindicavit... nomen in posteros transmittens... » (Hariulf, éd. Lot, p. 230. — Adrfe, p. 206-207).

Page 1