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LA CONQUÊTE ROYALE ET LA DYNASTIE DUCALE

remettre le gouvernement dans la main directe du roi ou des siens.

Qu’après la victoire finale, Robert II ait conféré le titre de duc à son second fils Henri1, qui n’avait que neuf ans, l’exercice de la pleine souveraineté royale en Bourgogne ne s’en trouva aucunement entravé. Tout autrement en fut-il quand, en 1031, devenu roi de France, Henri investit son frère Robert du duché de Bourgogne2. C’était l’ancien principat qui renaissait, c’était la succession d’Eudes-Henri, dont le roi Robert II s’était emparé par les armes, qui allait passer au duc Robert. Frère du roi régnant, comme Eudes-Henri l’avait été de son temps, appuyé sur l’esprit national ou particulariste des seigneurs bourguignons, le nouveau duc ne pouvait que renouer la tradition, reprendre, au regard de la Couronne de France, la position que son prédécesseur avait tenue pendant de si longues années.

La meilleure preuve en est qu’un érudit d’une valeur aussi éprouvée que M. Lot n’ait pas découvert, malgré les recherches que lui imposait la défense de sa thèse, un seul document, — soit pour le duc Robert, qui régna près d’un demi-siècle (1031-1076), soit pour ses successeurs

1 « Constituerai autem secundum (filium) Burgundiæ clucem, Heinricum nomine » (Raoul Glaber, III, 9, 34, p. 84).

2 « Henricus namque rex, paternis rebus potitus, germanum suum Rotbertum constitua Burgundiæ ducem » (Raoul Glaber, III, 9, 37, p. 85). — « Alter liberorum, patri æquivocus..., postmodum a fratre Austrasiæ ducaminis fastigio donatus » ( Miracles de Saint Benoît , VI, 15, éd. Certain, p. 240) (Nous verrons plus loin que le terme d’Austrasie [France de l’Est] a servi au xi® siècle à désigner la Bourgogne, soit duché, soit royaume). — « Rege Francorum Henrico féliciter sceptra tenente, ejusque germano ducatum Burgundiæ utcunque administrante » {Ibid., y III, 1, p. 277). — Diplôme duduc Robert (1053) : « Rotbertus superni arbitri cuncta regente ac disponente potentia, post obitum patris mei Roberti, regis Francorum, Burgundie regnum, ejus desti natione, ducis auctoritate adeptus. .. » (Petit, Histoire des ducs de Bourgogne, I, Preuves, n° 35).

immédiats, — d’où ressorte la prestation d’un hommage féodal ou l’assimilation de la Bourgogne à un grand fief.

Par contre , les indices habituels de la suprématie royale se retrouvent d’autant plus abondants que la parenté avec le souverain était plus étroite : date de l’année du règne, confirmation platonique de chartes par le roi, présence du duc dans les grandes solennités, contingent militaire amené ou fourni dans les luttes nationales du roi de France contre l’Angleterre ou l’Allemagne1.

Il faut descendre jusqu’au début du xn° siècle, jusqu’à la mort de Philippe Ier (1108) pour rencontrer, ne fût-ce qu’une tentative de la royauté de réclamer l’hommage du duc de Bourgogne, en même temps que du duc d’Aquitaine, dont l’indépendance était analogue à la sienne2. Et quelle en fut la réplique? une rébellion, une révolte ouverte, un refus à main armée de faire hommage à Louis VI, et des ducs eux-mêmes et de beaucoup d’autres seigneurs surbordonnés au roi ( multi alii cotisâtes qui sunt sub rege Francorunï) 3 * * * * * * * il.

1 C’est tout ce que M. Lot a pu découvrir pour le xie siècle ( Fidèles

ou vassaux, p. 40, 41). Il a dù se contenter de dire : « Les textes, malgré leur rareté, montrent cependant que les ducs continuent à remplir leurs devoirs de conseil et d’aide » (devoirs qui n’impliquaient aucunement une suzeraineté féodale).

3 M. Ch. Pfister a écrit avec une exactitude parfaite : «. Les ducs

de Bourgogne ne tardèrent pas à vivre d’une vie propre et indépen-

dante, et les rois de France conservèrent simplement sur eux un droit

de suzeraineté analogue à celui qu’ils exerçaient sur les ducs d’Aqui-

taine » (Robert le Pieux, p. 270). Voy. pour l’Aquitaine, infrà ,

le § VI.

3 M. Lot reconnaît que « ce serait peut-être un indice que le duc de Bourgogne était indépendant et ne prêtait point hommage au roi

de France » (p. 42). Mais il pense ou « que Clarius s’est trompé » —

il était pourtant strictement contemporain — cc ou bien que si le duc de Bourgogne a participé à la révolte, il a été du nombre des grands qui ont finalement prêté l’hommage qu’ils devaient ». Pourquoi pas du nombre de ceux qui ont conclu une trêve?

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