LIVRE IV
de filiation entre la Transjurane proprement dite et le royaume primitif des Burgondes. Le cœur même du pouvoir des divers ducs transjurans du ixe siècle que nous connaissons, depuis l’abbé Hubert jusqu’à Rodolfe Iep, n’est autre que la célèbre abbaye de Saint Maurice d’Agaune , fondée en 521 par le roi des Burgondes, Saint Sigismond, le fils de Gondebaud. C’est là que le duc Rodolfe Ier est élu et couronné roi, c’est la résidence préférée des rois et le lieu de leur sépulture, c’est leur Saint-Denis. Comme l’oriflamme de Saint Denis, la lance de Saint Maurice, la sainte lance, est l’insigne royal par excellence, le signe de ralliement des troupes, le talisman du pouvoir royal '. En est-il preuve plus éclatante que le subterfuge à l’aide duquel les Empereurs teutons ont prétendu légitimer et consacrer leur suzeraineté sur le royaume de Bourgogne, la confusion qu’ils ont créée, nous le verrons, entre une sainte lance italienne qu’ils s’étaient fait livrer par Rodolfe II et la lance bourguignonne de Saint Maurice.
Erigé en royaume, le duché n’en demeurait pas moins soumis à la prééminence ou la suprématie carolingienne et gallo-franque. Mais l’avènement du bâtard Arnulf, la minorité de Charles le Simple, l’apparition en France d’une dynastie nouvelle firent obstacle à toute netteté de situation. Il s’y ajoute pour nous le silence des chroniques ou des annales et la pénurie de documents diplomatiques, depuis la fin du ixe siècle jusqu’à la mort de Rodolfe Ier.
Un texte des Annales de Fulde aurait pu nous éclairer s’il avait été précis 1 2. Il ne l’est pas, et c’est
1 « Laneeam sancti Mauricii quod erat insigne regni Burgundiæ » (Hugues de Flavigny, Chron. Virdunense, II, 29; SS. VIII, 401).
2 Annales de Fulde , ad an. 888, p. 116 : « Roldolfus, inito consilio cura primoribus Alamanriorum, sponte sua ad regem urbem Radasbonam usque pervenit, multaque inter illos convenienter adunata ipse a rege cum pace permissus, ad sua remeavit ».