‹ Les origines de l'ancienne FranceChapitre 16 sur 244 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

aux deux siècles suivants % ce sont des « princes » qui s’unissent et se soumettent à un roi.

Si Guillaume de Normandie et Arnoul de Flandre ne renouvelèrent point, en 940, leur serment à Otton Ier, ce n’est certainement pas pour avoir été retenus par quelque hommage prêté au roi de France. De ce que le premier, sous le coup d’une victoire des Bretons, se fut, dès le début de la même année 940, réconcilié avec Louis d’Outremer1 2, cet engagement de sa foi et les belles protestations dont Richer l’agrémente3 ne l’empêchèrent pas de faire, quelques mois plus tard, cause commune avec Hugues le Grand et Herbert, pour s’emparer avec eux de Reims, sur l'archevêque Artaud, que Louis venait d’y installer, et pour mettre le siège devant Laon, la capitale même du roi. Quant à Arnoul, il paraît s’être tenu dans une neutralité habile entre les deux souverains; il ménagea le roi de France qui venait de reperdre la Lorraine et put se prévaloir, par exemple, de son autorisation pour remettre une grande abbaye en possession de biens usurpés4; il participa aux conciliabules que tinrent les coalisés à la fin de l’an 941 et dont les résolutions furent portées à Otton par Herbert de Vermandois 5.

La position, du reste, n’était pas la même pour Hugues et pour Herbert que pour Guillaume Longue-Epée et Arnoul. Les deux premiers poursuivaient la dépossession des Carolingiens au profit des Robertiens (depuis que Herbert avait abandonné l’idée de la poursuivre pour son

1 Voy. sur ce point essentiel Origines, t. III, p. 414-418.

2 Flodoard, ud an. 940 ( inilio ), éd. Lauer, p. 75.

3 « Tanto dei consensu alligatus est, ut jamjamque aut sese moriturum, aut régi imperii surnmam restiturum proponeret » (II, 20). — Emprunt évident à Dudon, qui ne cesse de représenter le roi de France comme l’humble protégé du duc des Normands (voy. par exemple éd. Lair, p. 199).

4 8 juillet 941 . Diplômeen faveur de Saint-Pierre de Gand(éd. Fayen, p. 68 et suiv.).

s Flodoard, éd. Lauer, p. 83.

LA PREMIÈRE MAISON DE FLANDRE .AUX IXe ET Xe SIÈCLES. 49

propre compte *), tandis qu’Arnoul et Guillaume voulaient à la fois élargir le champ où s’exercait leur autorité et s’élever autant que possible au niveau de la souveraineté royale.

Une sorte de revirement venait de s’opérer (942) en faveur de Louis, grâce à une intervention inattendue du pape Etienne VIII, qui, par deux bulles successives, avait, sous peine d’excommunication, enjoint à tous les principes du royaume et à tous les habitants de la Francie et de la Bourgogne de reconnaître Louis d’Outremer pour leur légitime souverain et de ne plus porter les armes contre lui1 2. Rien prouve-t-il mieux que les rapports des principes regni avec le roi étaient de la même nature que les rapports des habitants du royaume, que c’étaient des rapports de souveraineté et non de suzeraineté féodale, de fidélité et non d’hommage contractuel ? — L’impression produite par les. injonctions pontificales paraît avoir été profonde sur Guillaume Longue-Épée. Il reçut Louis en souverain (reg aliter) à Rouen, puis avec son beaufrère Guillaume Tête-d’Étoupe et des ' chefs bretons il l’accompagna sur l’Oise3. Il réussit même à réconcilier le roi avec Otton Ier. Autant d’actes qui inquiétèrent Arnoul dans sa politique de bascule, le firent se rapprocher de Hugues le Grand, le poussèrent à l’assassinat de Guillaume.

Et voici que, par la subite disparition de son chef, la Normandie devient un champ de bataille pour la royauté et le principat, pour le roi qui voudrait ressaisir son autorité directe, pour les « princes » qui, les uns défendent leur autonomie, les autres s’efforcent d’étendre leur domination, ou de mettre la main sur la couronne.

1 Voy. Origines, t. III, p. 508 et suiv.

- « Ad principes regni cunctosque Francise vel Burgundiæ habitatores, ut recipiant regem suum Ludowicum; quod si neglexerint et eum amplius bostili gladio perseeuti Puerint, excommunication is depromissurum interminationem » (Flodoard, ad an. 942, p 8.'!).

8 Flodoard., Ibid., p. 84.

F. — Tome IV.

Page 1