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CHAPITRE II

C’est à qui, de Louis et de Hugues le Grand, dépouillera le jeune Richard, sous couleur de le protéger, et se rendra maître du pays. Pour mieux atteindre le but, ils commencent par unir leurs efforts, en même temps qu’Arnoul est attaqué et vaincu par le comte Herlouin de Montreuil, à qui Louis avait confié la garde de Rouen. Mais l’union entre le roi et le duc n’a aucune chance de durer et chacun d’eux cherche à attirer le comte flamand à son alliance. Hugues prend les devants en lui faisant obtenir le pardon du roi pour le meurtre de Guillaume, et peutêtre en lui facilitant l’acquisition de Douai'. Et puis, ce sera au tour du souverain de réconcilier Arnoul avec Herlouin de Montreuil, moyennant l’abandon qu’il fait à ce dernier de la ville d’Amiens, en compensation de ce que Arnoul lui avait enlevé dans le Ponthieu2. C’est que Hugues a levé le masque, lié partie avec les chefs normands, formé une coalition nouvelle avec les fils d’Herbert de Vermandois, détaché même Otton 1er de son beaufrère le roi de France. Arnoul prend la tête d’une expédition en Normandie, dans le dessein évident d’aider le roi à reconquérir la souveraineté effective et avec l’espoir secret d’obtenir, en récompense, une extension de ses frontières occidentales dans le Yimeu et le Talou. C’est près d’Arques, précisément, qu’Arnoul a le premier engagement avec les Normands. Le roi et Herlouin viennent à la rescousse, Rouen est pris, le pays subjugué. L’affaire pourtant finit mal. L’année suivante (945), Louis est fait prisonnier par les Normands et livré à Hugues, qui semble toucher au but de son ambition, la royauté, comme jadis Herbert de Vermandois quand il détenait Charles le Simple.

1 Vanderkindere présume que la prise de Douai par Arnoul se place en 943 ( Formation territoriale des principautés belges, t. I, p. 59, Bruxelles, 1902).

2 Richer, du moins, le laisse entendre : « Erluino Ambianum in recompensatione amissorum pro Arnulfo concessit » (Richer, II, 40).

LA PREMIÈRE MAISON DE. FLANDRE AUX IXe ET Xe SIÈCLES. 51

Hugues le Grand est, de fait, le vrai maître du royaume. 11 tient des assemblées solennelles ( conventu s publicus ) avec les principes ou primates regni !, et procède finalement avec eux à une nouvelle intronisation du souverain. C'était proclamer sa déchéance du trône et son rétablissement par la seule volonté des grands, c’était réduire leur serment de fidélité à un vrai simulacre qui ne laissait au souverain que le nom (Flodoard le dit en termes exprès) 1 2 et leur réservait à eux-mêmes le pouvoir. Et ce sont ces grands, ces primates ou principes que les historiens parent pompeusement du titre de grands vassaux, ce sont leurs possessions qui auraient constitué des grands fiefs! Singulière féodalité qui réduit le suzerain au seul prestige du titre royal, du titre de successeur de Charlemagne !

Qu’Arnoul ait participé à tous ces actes, cela ne saurait être douteux, et son pouvoir, comme chef d’un État autonome de la nation flamande, n’a pu que s’en accroître. Mais il ne lui importait pas moins de sauvegarder son indépendance à l’encontre du duc des Francs qu’au regard du roi. Louis était trop affaibli, Hugues trop puissant; il fallait rétablir l’équilibre. Rien de plus naturel donc qu’il se soit mis du côté du roi et se soit joint à lui pour assiéger Reims, de concert avec une armée de secours amenée par Othon 1er. II n’agissait pas plus en vassal de l’un que de l’autre des deux souverains3, mais en « ami juré », en allié, en partisan.

Aussi voyons-nous, pour prix de son concours, le roi l’accompagner au siège de Montreuil, qu’il voulait recon-

1 « Idem princeps proinde convenlus publicos eum nepotibus suis aliisque regni primatibus agit » (Flodoard, ad an. 946, p. 101).

2 « Qui dux Hugo, renovans régi Ludowico regium bonoreni vel nomen, ei sese cum ceteris regni committit primoribus » (Ibid.).

3 Kalcksteinl’a représenté, sans fondement, comme vassal probable du roi de Germanie, « warscheinlich sein vassal » (Gesc/iic/ite des Franzôs. Kônigthums , Leipzig, 1877, p. 254).

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