‹ Les origines de l'ancienne FranceChapitre 168 sur 244 · V CHAPITRE · texte numérisé non relu

V CHAPITRE

si sérieux, si bien reconnus de tous que les rois français, malgré leur faiblesse, ne cessèrent de les faire valoir et que les princes bourguignons [plus exactement les souverains allemands], quoique se fondant sur leur force , crurent devoir s’assurer par une cession une province que sa position naturelle et ses tendances rattachaient à la France.

» Ce sentiment et le souvenir de ces luttes vivaient encore, ce semble, quand, au xiv° siècle l’assemblée des Trois ordres du Lyonnais déclarait à l’unanimité que le Lyonnais n’avait jamais cessé d’appartenir au roi de France. Ainsi, soit au point de vue de nos idées actuelles et de celles des contemporains, soit sous le rapport géographique, le Lyonnais a toujours appartenu à la France, et le droit qu’y avaient les rois, quoique violé de fait , n'a jamais cessé d’être reconnu, sinon par les princes, du moins par les populations »L

Le prétendu traité de Visé-sur-Meuse n’a été qu’un rétablissement de la paix entre les deux souverains et beauxfrères, Louis d’Outremer et Otton 1er. Il a bien pu avoir pour résultat, je l’ai dit plus haut, que Conrad ait été reconnu par Hugues le Noir pour les possessions que celui-ci avait en Bourgogne jurane, mais rien n’autorise à y voir une renonciation par Louis IV aux droits de la Couronne.

Si Conrad parvient à exercer, en partie, l’autorité réelle dans les anciens duchés de Hugues d’Arles, c’est grâce aux empiétements progressifs, que le roi de Germanie avait réalisés sous son nom à l’encontre de la souveraineté du rex Francorum.

Otton Ier pratique déjà le système tentaculaire. If enlace le royaume de Bourgogne dans un réseau d’intrigues qui lui permettent de s’interposer entre le souverain bourguignon et le roi de France. Ses successeurs continueront son œuvre.

Quand, en 940, dans sa lutte contre Hugues le Grand,

annexion des marches viennoise et provençale. 401

Louis IV demanda à Conrad, en même temps qu’à Otton, une aide militaire, Otton s’empressa d’aller au-devant du contingent amené par Conrad, afin de se présenter au roi de France accompagné du roi de Bourgogne1 comme d’un vassal.

La mainmise germanique sur la Bourgogne s’étendit, du reste, au royaume de France lui-même. Le jeune Lothaire, après la mort de son père, est placé sous la tutelle de Brunon, frère du roi de Germanie, et détourné ainsi de faire valoir ses droits sur les régions méridionales, de même qu’il est écarté de la Lorraine'2.

Otton Ier épouse la sœur de Conrad, Adélaïde, veuve de Lothaire, roi d’Italie, belle-fille de Hugues d’Arles; il donne asile à Berthe de Souabe, sa mère; il s’attache Conrad par des concessions de domaines faites à lui-même ou à ses proches, en Germanie et en Alsace3; il l’attire

1 fl importe de rapprocher et de compléter Pun par l’autre les textes de Richer et de Flodoard.

Richer, II, 53 : « Ottoni régi per legatos ereptionem suam demonstrat... unde et amico auxilium conférât.... Otto benignissime legationem excipiens, cum copiis in regis auxilium se iturum spondet. Legati redeunt ac mandata referunt. Nec minus et ab rege Germanorum Conrado, copias petit et accipit »; — 54 : « Interea Otto rex cum, Rlieno transmisse, exercitum per Belgicam duceret, obviât régi Conrhado, qui tune ab Alpibus egressus, cum multa expeditione Ludovico succurrere accelerabat. Juncti ergo ambo, cum multo equitatu gradiebantur ».

Flodoard, ad an. 946, p. 102 : « Qui (Otho) maximum colligens ex omnibus regnis suis exercitum, venit in Franciam, Conradum quoque secum habens, Cisalpinæ Galliæ regem. Quibus rex Ludovicus obviam profectus, satis amicabiliter et honorifice suscipitur ab eis ».

2 Voy. suprà , p. 281.

3 Indépendamment des domaines dont Conrad est gratifié en Germanie, Otton donne à sa mère Berthe l’abbaye d’Erstein ( Contin . Beginon., ad an. 953, p. 166), et à son frère Rodolfe les domaines alsaciens confisqués sur Gontran (Diplom. Reg. et imp. Germ., I, n° 201,

F. — Tome IV.

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