CHAPITRE II
quérir sur le lîls de Herlouin, Roger (947) L Montreuil n’ayant pu être pris avec l’aide du roi, c’est à l’aide de Hugues le Grand qu’Arnoul recourt, et cette fois avec succès (948)1 2, sauf à revenir à Louis pour, avec son secours et à la faveur de l’excommunication qui venait de frapper Hugues, s’emparer d’Amiens (949) 3. — Conquête ipie la paix faite entre le roi et le duc (953) devait consolider jusqu'à la mort d’Arnoul.
Louis d’Outremer n’a guère survécu à cette paix et la puissance, l’indépendance du comte de Flandre ne pouvait que s’accroître par le changement de souverain. Lothaire était mineur, il n’avait que douze à treize ans. La royauté était, plus que jamais, dans la dépendance des grands et Arnoul tenait un des premiers rangs parmi eux. Durant les trente-six ans déjà écoulés de son gouvernement, il avait constitué, pièce à pièce, une véritable monarchie flamande, qui s’étendait de l’Escaut à la Canche, que défendaient Garni à l’une de ses extrémités et Montreuil à l’autre, qui, au sud, englobait Arras, Douai et Amiens. Il se tenait en équilibre, entre le roi de la France orientale et le roi de la France occidentale; à l’un et à l’autre, il avait alternativement engagé sa foi et il avait coopéré militairement [avec tous deux. A la rigueur, on aurait pu dire que la Flandre était la marche des deux royaumes.
Est-ce pour cela que son chef n’est appelé, dans les diplômes de Lothaire, ni nos ter cornes , ni nos ter marchio , mais cornes ou marchio, noster fidelis 4? Fidèle, il l’était
1 Flodoard, p. 105.
3 « Arnullus castrum Monasteriolum, favente Hugone principe, capit » (Flodoard, p. 100).
3 Flodoard, p. 121.
4 Diplômes de Lothaire, éd. Halphen et Lot (Paris, 1908) «Fidelis noster Arnulfus cornes » (954, p. 3). — « Venerabilis A. marchio abbasque » (abbé de Saint-Bertin). — « Inclvtus markisus A. noster (idelissimus » (962, p. 34). — « Venerabilis cornes A. » (963, p. 39).
LA PREMIÈRE MAISON DE FLANDRE AUX IX0 ET Xe SIÈCLES, 53
plus naturellement du roi carolingien que du roi saxon. Et par sa propre ascendance et par l’ancien rattachement de la Flandre à la France occidentale, il devait voir en lui son souverain légitime, ne fût-ce que pour bénéficier du lustre de la couronne. Le premier acte de Lothaire que nous possédions est un diplôme qui confirme la restauration, par Arnoul, du monastère de Sainl-Bavon, dont le patron était le patron national de la Flandre1, — mais tout fait croire que c’est à Saint-Bavon même, et non à la chancellerie du roi, que l’acte a été rédigé2. De la sorte, l’autorité comtale était renforcée, sans rien perdre de son indépendance. Et, de même, les libéralités éclatantes faites par Arnoul à la cathédrale et à Saint-Rémi de Reims3 rehaussaient le prestige de sa dignité de carolingien, donnaient une grande idée de son opulence4 comme de sa dévotion aux saints, et témoignaient de sa déférence familiale au roi sacré à Reims.
D’autre part, ses relations avec la Germanie sont pour lui une source constante de force. Files ne pouvaient que lui servir quand, après la mort de Hugues le Grand (17 juin 956), le frère du roi de Germanie Otton, l’oncle à la fois de Lothaire et des fils de Hugues, l’archevêque Brunon, fut appelé à gouverner le royaume et, pendant plus de neuf ans, à y exercer une telle autorité et une telle influence que son biographe contemporain est allé
— « Venerabiiis cornes A. noster videlicet consanguineus et regni no?tri marchio nobilissimus » (964, p. 47).
1 L’auteur de la translation de Saint Liévin (xie s.) l'appelle : « Dominum et patricium patriæ sanctum Bavonem, magnum totius Flandriæ patronum » ( Translatio SS. Livini et Brice ii, sæc. VI, t. I,
2 Diplômes de Lothaire, p. 2, note.
3 Flodoard, ad an. 959, p. 147.
/f La tradition s’en est gardée : « Hoc tempestate Arnulfus marchio dominabatur Flandrensi provinciæ, vir valde opulentus qualibet rerum possessione ...nummatus, et uberioris substantiæ » {.Vie de: Gérard de. Brogne, Mabillon, V, p. 270, SS. XV, p. 669).