V. -VI CHAPITRE
souverains allemands s’en prendront successivement à l’un et à l’autre des deux royaumes, dans le but de les grouper ensuite à leur profit, de les unir sous leur domination.
Telle fut la politique qu’on peut suivre à la trace depuis le début du xe siècle jusqu’au milieu du siècle suivant.
Les premières mailles du filet qui devait enlacer la Bourgogne et la Provence, c’est, on s’en souvient, le roi saxon Henri l 'Oiseleur qui les a ourdies. Il tenta de créer, en sa faveur, les apparences d’une investiture du royaume de Bourgogne jurane, par la remise prétendue de la lance de Saint Maurice, laquelle a joui dans ce royaume d’une vénération analogue à celle de la couronne de Saint Etienne dans le royaume de Hongrie.
C’était le vrai moyen d’égarer l’opinion populaire. Et elle a été égarée. Une légende s’est formée, que nous retrouvons chez Godefroi de Viterbe, à la fin du xii'* siècle, et suivant laquelle le fondateur du royaume de Provence, Boson, en personne, aurait donné l’investiture de ses États par la sainte lance à Otton le Grand b Or, Boson est mort en 887 et Otton est né en 912.
Leibniz, je l’ai dit plus haut, suivi par une foule d’historiens, s’y est trompé différemment. Il a cru à une reconnaissance symbolique par la môme lance de la suzeraineté d’Otton Pp sur la Bourgogne.
1 « Iste Henricus rex sacram lanceam imperii, que coram imperatoribus fertur, a Rodulfo rege Burgundie minis extorsit. Alii dicunt a Bosone rege Provincie fuisse eam ad imperium tempore primi Ottoms imperatoris translatam >•>. (Gotifridi Viterbensis Panthéon , SS. XXII, p. 233).
Cette sainte lance, le chapelain allemand l’appelle plus loin la lance de Saint Maurice, et il raconte comment l’autorité sur lé royaume de Bourgogne-Provence a été transmise par elle à Otton le Grand :