‹ Les origines de l'ancienne FranceChapitre 173 sur 244 · RÉUNION DU ROYAUME DE BOURGOGNE AU SAINT EMPIRE · texte numérisé non relu

RÉUNION DU ROYAUME DE BOURGOGNE AU SAINT EMPIRE

Qu’y a-t-il donc de vrai? Simplement ceci. Rodolfe II ayant reçu d’Italie, vers 922, une lance que la tradition faisait remonter à Constantin et où étaient enchâssés, disait-on, des clous de la sainte Croix1, puis ayant consenti à céder cette relique à Henri l’Oiseleur, les fauteurs de la domination germanique la firent passer pour la lance de Saint Maurice, insigne de la royauté bourguignonne.

Un autre élément devait donner le change à l’opinion publique.

Nous savons aujourd’hui que le patriotisme allemand est essentiellement un patriotisme de race. Et cela s’explique, puisque le corps politique de l’Allemagne n’a jamais eu dans le passé qu’une existence artificielle, manquant d’une âme vraiment nationale. C’est pourquoi la race a joué de tout temps un grand rôle dans les revendications conquérantes des Allemands. Elle n’a pas manqué d’être invoquée pour justifier la domination germanique sur le royaume de Bourgogne. Les Bourguignons ont été revendiqués comme Germains, quoique, pas plus que les Goths qui leur étaient apparentés, les Burgondes n’aient jamais eu de communauté de race avec les Teutons.

« Lancea Mauricii , reliquis permaxima signis Subicit imperio bello gestata potentes Ex hac césar habet quod sibi régna favent ». (Ibid., p. 273).

« Imperii solium cum maximus Otto teneret Huic rex Boso loquens verba gemendo refert : Trado tibi regmcm, cunctos depono décorés Amodo nostra tibi sacra lancea prestet honores Do tibi Vivarium, Lugduni sede sedebis Reoc ibi Francigenis predia nulla petit.

Lancea Mauricii, mea quam tibi dextera tradit Est capud illorum que nunc mea régna notavi.

Nunc capud imperii lancea sancta dabit Qua Dubius, Sauna, Rodanus Huit, est que Vienn i Cis mare Tirrenum fuerunt JBosonica régna IIuc simul Allobroges et Motienna favent ».

(Ibid., p. 274).

1 Suprà, p. 368, note 2.

1 il

Je ne veux pas traiter ici cette question d’ethnologie, encore qu’il y ait bien des choses neuves à dire sur ce sujet. Mais il est un aspect général du problème qui a été totalement méconnu : l’intervention de la volonté du peuple et de ses chefs immédiats dans la transmission du pouvoir suprême.

Sous l’influence des feudistes et des légistes royaux, puis, de nos jours, en Allemagne, des idées d’omnipotence du prince représentant l’État, c’est à la volonté du prince seule qu’on s’est attaché. Interrogez maintenant les sources directes, comme je m’y suis appliqué, depuis de longues années, pour l’époque où se place la réunion de l’ancien royaume de Bourgogne au Saint-Empire, et vous vous apercevrez qu’à tous les degrés de la hiérarchie sociale, le consentement des intéressés non seulement est essentiel en droit, mais tient en fait une place beaucoup plus grande qu’on ne se l’est figuré.

Ni le souverain, ni le prince régional, ni le suzerain féodal, ni le propriétaire même ne peuvent disposer de leur autorité et de leurs droits en dehors de l’assentiment de leurs grands, de leurs vassaux, de leurs tenanciers libres.

Tel est le point de vue auquel il faut savoir se placer pour juger de la valeur des conventions en vertu desquelles le royaume de Bourgogne aurait été cédé à l’empereur germanique par son souverain Rodolfe III, et alors leur nullité apparaîtra lumineusement de ce chef, aussi bien qu’elle résulte des vices du consentement de Rodolfe lui-même.

Page 1