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CHAPITRE II

Grâce sans doute à Adélaïde de Bourgogne, les Ottoniens avaient usé de ménagements relatifs envers la famille rodolfienne, et agi surtout sous son nom. La situation change par l’avènement de Henri de Bavière (1002), bien qu’il fût lui aussi parent, par les femmes, du roi de Bourgogne. Ce sera désormais la poursuite brutale et cynique de la souveraineté.

Henri II commence par mettre la main (1006) sur la cité de Bâle, qu’on a pu dire à bon droit « la clef du royaume de Bourgogne vers l’Allemagne » *. Ses^ apologistes ont prétendu que c’était un gage qu’il prenait ou recevait en garantie d’un pacte sur succession future1 * 3. Rien n’autorise à voir dans son acte autre chose qu’un coup de force inaugurant une conquête par les armes.

Ce que furent les rapports des deux souverains dans les dix années qui suivirent, nous l’ignorons complètement, mais nous voyons, en 1016, Rodolfe III rebelle au joug de l’empereur, puisqu’il s’entend avec les Italiens pour disposer, en dehors de lui, de la couronne d’Italie.

1 Jacob, Le royaume de Bourgogne sous les empereurs franconiens (1038-1125), Paris, 1906, p. 135.

8 C'est une invention pure et simple de l’historien allemand Giesebrecht que Rodolphe III a cédé Bâle à Henri II pour garantie ou pour gage de sa vocation successorale « als Unterpfand der Erbschaft »

( Geschichte der deutschen Kaiserzeit , 5® éd., Leipzig, 1885, t. II, p. 143. CC. ibid.y p. 50).

Cette velléité n’eut pas de suite. Rodolfe presque aussitôt dut faire appel au protecteur germanique contre les principes de son royaume1, notamment contre Otte Guillaume 2.

L’entrevue a lieu à Strasbourg-, en juin-juillet 1016, et, tenant à sa merci Rodolfe III son oncle, qui ne pouvait échapper sans son aide à l’étreinte du comte de Bourgogne, Henri II se fit reconnnaître la suprématie ( prima tus) 3 sur le royaume et confirmer l’expectative de succession au trône que précédemment déjà, au dire de Thietmar de Mersebourg, il se serait fait promettre par serment4 *. En acceptant de se placer sous la suprématie impériale, Rodolfe III s’engageait à prendre conseil de l’empereur pour toutes les affaires d’importance6, mais il ne se dessaisissait pas, à son profit, de ses droits de souveraineté, il ne lui livrait pas son royaume comme pourrait le faire croire le mot traditio dont Thietmar s’est servi6.

L’eût-il voulu, Rodolfe III n’avait pas le droit de disposer de sa royauté, soit entre-vifs, soit morlis causa ,

1 Selon le témoignage contemporain du moine de Saint-Sympborien de Metz, Albert : « Imperator illis diebus in Burgundia, cum exercitu, bac de causa morabatur. Nam Ruodolfus rex Burgundiæ propter mansuetudinem et innocentiam vitæ aquibusdam principibus suis contemptus est, unde et de regno eum expellere temptaverunt. Quel necessitate compulsus ad imperatorem venit illique causam omnem ordine exponit » (Alpertus, De diversitate temporum , II, 14; Migne, 140, c. 478).

2 Thietmar, VIII, 27 et suiv.

3 Sur le sens du mot primatus dans le texte de Thietmar, voy. infrà, p. 416, note t.

4 « Imperator sapienti usus consilio hoc voluit cum hiis id sibi firmius subdere quod longe prius rex predictus ei sacramentis post mortem suam sancierat. Omnem namque Burgundiæ regionis primatum per manus ab avinculo suimet accepit, et de maximis rebus sine ejus consilio non fîendis securitatem firmam » (Thietmar, VIII, 27, p. 2l0j.

* Voy. la note précédente.

6 « Firmata iterum antiqua tradicione » (VIII, 29).

pas plus qu’il n’avait le droit de substituer la suprématie impériale à celle qui régulièrement appartenait aux rois de France. Rodolfe a reçu, raconte Thietmar, une somme indicible d’argent « ine ffcibilem pecuniam », — « amplissimis donis acceptis », dit le moine Albert. Si c’était un prix de vente, il avait vendu ce qui ne lui appartenait pas.

Qui le prouve, mieux que le chroniqueur contemporain que je viens de citer, Albert, moine de Saint-Symphorien de Metz? Son récit, basé sur des témoignages oraux, nous apprend que la convention de Strasbourg a dû être annulée d’un commun accord, par suite de l’opposition irréductible des princes bourguignons.

Ceux-ci, en effet, ont revendiqué énergiquement le droit traditionnel et immuable d’élire et d’instituer le souverain : « legem hanc perpétuant Burgundionum esse , ut hune regem haberent, quem ipsi eligerent atque constituèrent ». Ils se sont déclarés prêts à obéir à Rodolfe 111 pourvu qu’il ne consentît pas que son peuple fût soumis à une domination étrangère : « Ne alterius gentis regem super populum suum dominari pateretur ».

Rodolfe déféra à leur volonté, et obtint de l’empereur la restitution des pouvoirs qu’il lui avait abandonnés. « Peticioni regis annuit , sibique regnum reddidit. ». L’empereur s’y décida, raconte le chroniqueur, parce qu’il lui fallut reconnaître que ce n’était pas de gré, mais de force que le royaume lui avait été livré : « Regnum non tam voluntate quam necessilate addnetum sibi tradidisse » .

Et le chroniqueur a si bien conscience que son récit va à. l’encontre des visées impériales, qu’il éprouve le besoin d’en certifier la véracité, en se couvrant de ses informateurs directs, et en invoquant le fait indéniable que la crainte de la domination impériale a rétabli l’union entre le roi et les princes bourguignons1.

1 Voici d’abord en quels termes Albert relate la convention que Thietmar place à Strasbourg : « Quia laborem et negotia regni diutius

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