CHAPITRE IL
jusqu’à dire qu’il avait administré la Gaule comme une province que lui avait confiée Ottonb
Je m’étonne que, dans de telles circonstances, un excellent érudit, M. Vanderkindere, ait pu émettre cette étrange proposition : « Le jeune Lothaire, monté sur le trône en 954, avait obligé (en 962) Arnoul à résigner sa ferre entre ses mains; le Fait serait inexplicable, si des motifs graves n’avaient poussé le roi à cette détermination, et l’attitude d’ Arnoul vis-à-vis d’Otton ne doit pas y avoir été étrangère »1 2 3. « Inexplicable », en effet, le fait le serait à tous les points de vue, et par l’inconsistance du motif allégué et par l’impuissance certaine du roi d’imposer une telle résignation au comte. Aussi bien Flodoard ne parle que d’un acte volontaire d’Arnoul Ior3, et pouvait-il parler d’autre chose, à une époque où, non seulement les rapports du prince flamand étaient excellents avec le gouvernement du royaume, mais où son concours était nécessaire dans la lutte engagée entre le roi et Richard de Normandie?
M. Lot l’a parfaitement reconnu, tout en se trompant, selon moi, sur la véritable nature de l’acte. Ce n’est ni un legs4, ni un don5 ou une donation à cause* de mort, sous réserve d’usufruit. Comment comprendre et justifier
1 « Gallia suo juri commissa provincia » (Ruotgeri, Vit a Brunonis, cap. 37; éd. Pertz, p. 36). Cf. Ibid., p. 41-43.
2 Formation des principautés belges, t. I, p. 80, 2° éd. — Cette opinion a été adoptée parle récent éditeur de Flodoard,qn l’accentue encore. M. Lauer y voit une remise de fief au suzerain, constituant « un retour au droit commun de l’époque immédiatement antérieure » (!), à laquelle « Lothaire avait dû être poussé par l’attitude même d’Arnoul trop favorable à la politique ôltonienne » (note 1 sur Flodoard, p. 153).
3 <( Tune ipse princeps omuem terram suam in manu regis dédit, ita tamen ut ipse in vita sua ind-e honoratus existeret » (ad an. 962,
* Lot, Les derniers Carolingiens , p. 420.
r> Lot, Fidèles ou vassaux , p. 11.