LA PREMIÈRE MAISON DE FLANDRE AUX IX° ET X° SIÈCLES
qu’Arnoul eût déshérité son petit-fils? Il est vrai que des •essais de l’expliquer ont été tentés , mais combien insuffisants ou factices !
M. Lot s’était demandé d’abord si le nepos et homonyme d’Arnoul que, dans le même passage., Flodoard nous montre léconcilié par le roi avec le comte de Flandre, ne serait pas son petit-fils, qu’un fratricide lui aurait aliéné1, mais il a reconnu depuis qu’il s’était trompé et que le nepos dont il s’agit était un neveu d’Arnoul, né de son frère Allou, le comte de Boulogne, et brouillé avec son oncle parce que ce dernier avait fait périr, pour cause d’infidélité, un autre fils d’ Allou2.
Et quelle est alors la clef de l’énigme? La reconnaissance, a-t-on dit, envers Lothaire3, ou le découragement provoqué dans l’âme d’Arnoul Ier par la mort de son fils Baudoin, et aggravé par l’inimitié de son neveu Arnoul4. Remarquez d’abord que cette dernière cause de découragement prenait fin par la réconciliation, mais songez surtout aux invraisemblances qui s’accumulent. Prêter tant de générosité et tant de faiblesse à un prince qui a fait preuve, au cours de sa longue existence, de tant de
1 L’éditeur de Flodoard, M. Lauer, a accepté l’identification avec le petil-fils d’Arnoul et iJ en a fait même l’assassin de son grandoncle Allou, le propre frère de son grand-père (mort donc en 933 !). — Tant il est vrai que les meilleurs érudits peuvent se laisser égarer par des hypothèses décevantes.
2 M. Lot se rallie ainsi à l'opinion, sur ce point, de Leibnitz et de Vanderkindere. Voyez son article sur la « Mesnie Hellequin », Romania, XKXI1 (1903), p. 427.
3 Article de M. Loi cité à la note précédente : « Lothaire fit la paix entre les deux Arnoul et le vieillard qui venait de perdre son fils unique Baudoin III témoigna sa reconnaissance au souverahi en lui léguant ses États (962) ».
4 « Le vieil Arnoul, découragé par la mort de son fils aîné Baudoin et attaqué par son neveu Baudoin (?) de Boulogne, fit don de ses domaines au roi de France Lothaire, à charge d’en conserver l’usufruit » (Lot, Fidèles ou vassaux, 1904, p. 1 1). — Baudoin de Boulogne est un lapsus évident pour Arnoul de Boulogne.