LIVRE IV
s’étendait bien au delà de l’Aquitaine et que, notamment, il était duc ou marquis de Gothie. S’il y avait donc, comme je le pense, un duc de l’Aquitaine occidentale et un duc de l’Aquitaine orientale ou supérieure1 2, ce dernier était un præcipuus dux ou dux maximum, on pourrait dire un archidux. Nous verrons ce qu’il en sera après la mort de Guillaume le Pieux.
Quant aux rapports avec la royauté, ils furent identiques au fond pour les chefs des deux principats. Sous Charles le Simple il n’y a nulle trace d’un hommage proprement dit fait par l’un ou par l’autre, mais des actes de fidélité ou de reconnaissance de la souveraineté royale 3. Et si les successeurs de Guillaume le Pieux résistèrent plus ouvertement à Raoul, Ebles, de son côté, ne parait jamais s’être rallié sans réserve au fils de son ancien compagnon d’armes Richard le Justicier, et il ne lui ménagea pas les signes d’hostilité. Cette attitude seule peut rendre raison de l’appui que Raoul donna après la mort d’Acfred à Raimond 111 Pons de Toulouse, pour faire
1 Tel était le sentiment de Mabillon, dont les érudits modernes ont eu tort, suivant moi, de s’écarter et auquel je me tiens fermement. Mabillon disait : « Vuillelmus ipse in suo testamento se comitem ac ducem absolute dicit, ab aliis non paucis cornes item et Dux Aquitanorum appellatus, eodem lempore quo Ebolus (II) Aquitaniæ Dux praeerat ».
« Dux Aquitanorum dictus est Vuillelmus, quod esset superioris Aquitaniæ, id est Arvernorum Dux uti Acfredus ejus nepos, ex Adalinde sorore, eumdem sibi titulum tribuit — Nam et Ducatus apud Arvernos censebatur... et Arverni dicebantur Aquitani » [Acta SS. BenccL, T. VII, Sæc. V, p. 77).
2 Voy. suprà, v° Dux la charte de l’évêque Étienne.
3 Voy. pour Guillaume le Pieux, dès 898, les Annales de Saint- Vaast (p. 35G) : « Rothbertus cornes, frater régis Odonis, venit ad regem;quem rex honorifice suscepit, ejusque fidclis effectus rediit ad sua. Similiter fecit et Rikardus, insuper et Wilhelmus ».
Ebles a dù faire de même après sa réintégration dans le principal paternel. Les chartes de la région, datées du règne de Charles le Simple après l’avènement de Robert et de Raoul, en font foi.
passer entre ses mains, à charge cl’une fidélité plus étroite, ou même à charge d’hommage, le ducatus qui avait appartenu à la maison d’Auvergne et pour évincer, si possible, la maison de Poitou du sien.
Nous voici placés en face du litige de la succession d’Auvergne.