VI. -11-. CHAPITRE III
tion de Cluny 1 et qui est, dans une charte de 919, qualifié successor comitis majoris 2, qualité qui s’oppose à son nom de junior. On ne voit aucune bonne raison pour que Guillaume le Jeune ne soit pas entré en possession de l’ensemble de cette succession, y compris le duché de Gothie, sur lequel je reviendrai plus loin. Rattaché au Midi par son père Acfred, comte de Razès, qui avait épousé la sœur de Guillaume le Pieux Adelinde, comment aurait-il renoncé à ce duché? D’autre part, que son oncle l’eût ptrivé de cette portion de son héritage au profit d’un étranger, fût-ce même d’un parent plus éloigné (s’il y avait quelque fondement à l’hypothèse toute gratuite d’un lien du sang s entre les maisons de Toulouse et d’Auvergne3), cela paraît totalement inadmissible, dans le silence des textes à ce sujet, et étant donné l’étroitesse de leurs relations.
Tout aussi inacceptable est la supposition que Charles le Simple aurait pu gratifier du duché de Gothie le comte
1 « Sign. Willelmi comitis, nepotis ejus (domini comitis) '» (41 sept. 910) {Chartes de Cluny , n° 112, p. 128).
2 « Sacro sanctæ Dei eeclesiæ Juliani... ubi in Christi nomine Guillelmus gratia Dei cornes, successor Guillelmi majoris, ... rector præesse videtur » (30 sept. 919, Cartul. de Brioude, n° 318, p. 322).
Nous retrouvons le même qualificatif de Guillaume le Pieux dans un diplôme du roi Raoul confirmatif de la fondation de Cluny : « Wilelmus ille major et sui temporis vir magnificus » (9 sept. 927) ( Chartes de Cluny , n° 285, I, p. 281). .
3 M. Lot ( Fidèles ou Vassaux , p. 113) a cru voir un indice de cette parenté dans la charte de fondation de l’abbaye de Chanteuge en Auvergne ( Cartul . de Brioude, n° 355) où le fondateur déclare que sa libéralité (oblatio) a été faite entre autres « pro anima Willelmi ducis atque nepotum ejus , Willelmi et Acfredi, et pro anima Claudii scilicct avi mei ». Mais ce fondateur, ce n’est pas, comme le dit M. Lot, « le marquis de Toulouse et Gothie Raimond III Pons », c’est le prévôt de Brioude Cunibert qui a fait seulement intervenir Raimond à titre de garant ou de protecteur. Le comte de Toulouse n’a donc rien à voir ni avec Guillaume le Pieux ou ses neveux, ni avec l 'ancêtre Claude qui est, bel et bien, l’ancêtre de Cunibert.
de Toulouse aux dépens de l'héritier légitime. S’expliquerait-on alors la bonne intelligence qui a subsisté entre Guillaume le Jeune et Raimond II? Ne les voyons-nous pas en 923 combattre ensemble les Normands? Et comment se fait-il que Flodoard, en relatant cet événement, ne donne aucun titre à Raimond? tandis qu’il appelle Guillaume dux Aquitanorum 1 et qu’il qualifiera neuf ans plus tard Raimond IÏI Pons et Ermengaud principes Gothiæ2 .
M. Lot s’est prévalu, il est vrai 3, de la charte du 16 juin 918 que j’ai citée plus haut et où le titre de marchio est donné à Raimond II. Mais ce titre par luimême prouve d’autant moins qu’il avait été porté de longue date par les comtes de Toulouse 4 *, et dans le cas particulier, il ne saurait avoir la moindre valeur probante puisque sa signification est strictement limitée. Il correspond au . titre de marchio in Alsona , sous lequel Eudes figure clans une charte de décembre 898 3. Dans les deux cas, il s’agit d’un plaid au territoire d’Alzonne qui avait été détaché du Carcasses pour être réuni au Toulousain 6. De sorte que le comte de Toulouse était intitulé marchio à raison d’une seigneurie qu’il possédait dans la marche de Gotliie.
Dire, comme l’a fait dom Vaissète, que les comtes de Toulouse, soit Eudes, soit ses fils, ont pu, à la mort de
1 « Nordmanni Aquitaniam Arverniamque deprædantur, contra quos Willelmus dux Aquitanorum, et Ragemundus pugnaverunt et cæsa sunt ibi ex Nordmannis Xli » (Flodoard, ad an. 923, p. 12).
2 Flodoard, ad an. 932, p. 53.
3 Fidèles ou Vassaux, p. 116-117.
4 Déjà dans Vordinatio regni de 817, le Toulousain est appelé marka Tolosana (capit. éd. Boretius, I, p. 271).
3 « Veniens Raidulfus abbas Scti Joannis monasterii castrum Malasti (Montolieu), in præsentia Atone vicario Odone comité Tolosæ civitatis, et marchio in Alsona , ubi se proclamabat, etc. ( Histoire du Languedoc, V, n° 21, c. 97-98).
6 Cf. Molinier, Géographie du Languedoc, Ibid., XII, p. 147, 202, etc.