LIVRE IV
Guillaume le Pieux, obtenir de Charles le Simple le duché de Gothie parce « qu’ils lui furent toujours très attachés » 1 c’est ne rien dire. L’étaient-ils plus que les ducs d’Aquitaine? Telle serait la question et encore faudrait-il admettre a priori que Charles le Simple se trouvait en mesure de faire un choix et de disposer d’un duché malgré l’état de faiblesse extrême où il était réduit en 918; acte de disposition dont, au surplus, il n’y a pas l’ombre de trace.
En ce qui concerne l’attachement à la dynastie légitime, la balance pencherait plutôt pour la maison d’Auvergne. Nous avons vu, dès 898, Guillaume le Pieux faire acte de fidélité à Charles le Simple, et rien de semblable n’apparaît du côté d’Eudes de Toulouse. La datation des chartes est à peu près la même de part et d’autre 1 2, sauf que nous possédons pour l’Auvergne une série beaucoup plus continue que pour le Languedoc d’actes datés du règne de Charles le Simple, et que nous pouvons mieux juger ainsi de la régularité de la datation royale3. Quant aux
1 Histoire du Languedoc , IV, p. 26.
2 Ni en Languedoc, ni en Auvergne, Charles le Simple n’a été reconnu avant la mort d’Eudes. Il y a bien une charte du Cartulaire de Brioude, antérieure à 891, qui est datée anno II 0 rcgn. Karolo rege Francorum et Aquitanorum (n° 297), ce qui supposerait pour point de départ la mort de Charles le Gros. Mais il est assez vraisemblable, comme le suggère M. Bruel ( Chronologie du Cartul. de Brioude , Bibl. École des Chartes , 1866, p. 468) qu’il faut lire Odone au lieu de Karolo.
3 Nous avons une mine très riche dans le Cartulaire de Brioude, qui demanderait seulement à être mise au jour sous une forme plus parfaite. L’édition Doniol, publiée d’après le seul ms. latin 9086, est dépourvue de toute chronologie et ne contient que 341 chartes, alors que le cartulaire original en renfermait 467. L’original, il est vrai, est perdu, mais M. Bruel ( loc . cit.) en a retrouvé 66 chartes, soit aux Archives, soit dans le ms. nouv. acq. lat. 2042. S’il est regrettable qu’il n’en ait publié que quatre, nous avons du moins la possibilité de reconstituer un ensemble de 407 chartes allant de septembre 756-766 à mars 1060-1108.
successeurs immédiats de Guillaume le Pieux, ses neveux Guillaume II et Acfred, ils ont donné les preuves les plus fortes de leur fidélité à la royauté carolingienne, dans la crise terrible qu’elle allait traverser jusqu’à l’avènement de Louis IV d’Outremer.
Cette crise s’ouvre précisément en 918 par la coalition qui se forma pour renverser le favori du roi, Haganon. Charles le Simple subit une première captivité dont le délivre l’archevêque de Reims. La rébellion bat son plein au mois d’avril 922. Le 30 juin, le duc Robert est couronné et un an plus tard la défaite de Soissons porte le coup de grâce au roi carolingien. Devenu le jouet des ambitions rivales1, il est, après le couronnement de Raoul (13 juill. 923), saisi comme un gage par Herbert de Vermandois et tenu par lui, jusqu’à sa mort 2 (7 oct. 929), dans cette captivité humiliante qui révolta la conscience publique.
Il est très important, au point de vue de l’héritage de Guillaume le Pieux, de faire le jour sur l’attitude au regard de la royauté des dynastes qui furent appelés successivement à recueillir tout ou partie de cet héritage. Pour la rivalité surtout de la maison de Poitou et de la maison de Toulouse, c’est là ua élément essentiel à mettre en ligne.
Sur ce nombre, une cinquantaine se rapportent à la période de 898 à 918, et le nom de Charles le Simple figure dans 46 d’entre elles, avec la qualification, pour les deux tiers, soit de R ex Francorum seu Aquitanorum (c’est la formule la plus fréquente), soit de Rex Francorum, tandis que les chartes du Languedoc s’en tiennent pour l’ordinaire à la simple date Karolo rege.
1 Voy. T. III, p. 508-509.
2 Sauf un court intervalle de 927 à 928, durant lequel il demeura, du reste, sous la dépendance de son geôlier qui le traînait à sa suite et le faisait servir d’instrument à ses desseins.