LES RAPPORTS DE L 'AQUITAINE AVEC LA ROYAUTÉ
nous permettent de ramener à ses justes proportions la soumission plus apparente que réelle de Guillaume le Jeune à Raoul. M. Lot y a vu un hommage du duché d’Aquitaine L C’est, en réalité, un traité de paix par lequel fidélité est promise au roi, en échange de la restitution du Berry.
Le terme de committere dont Flodoard use fréquemment n’a pas, sous sa plume, une signification technique; il désigne un engagement personnel variable1 2. Dans le cas particulier, on peut songer à un hommage, à raison du Berry, on ne saurait, pour le duché d’Aquitaine, l’induire. d’un texte imprécis puisqu’il n’y a pas d’exemple formel, dans cette période, d’une telle investiture à charge d’hommage.
Raoul, dans une charte donnée presque immédiatement après à l’église du Puy, a pu appeler Guillaume II « son fidèle comte Guillaume » 3 4 ; il n’aurait pu l’appeler son vassal.
Richer ne s’y est pas mépris. Il se borne à relater que le prince et le roi se sont mutuellement engagé leur foi '% c’est-à-dire qu’ils ont fait un traité de paix.
Tout se ramène, en définitive, à une reconnaissance de Raoul pour souverain, après que celui-ci eut fait réparation à Guillaume d’une usurpation violente.
Depuis ce moment, en effet, des chartes d’Auvergne sont datées du règne de Raoul5, mais le défaut de sin-
1 Fidèles ou Vassaux , p. 53.
* Voy. plus haut, p. 46-47.
3 C’est le diplôme qui octroie le comitatus à l’évêque du Puy. Il y est dit : « Consentiente fideli nostro Guillelmi comité » (8 avr. 924, Histoire du Languedoc , V, c. 146-7).
4 « Rex... exercitum in Aquitaniam adversus ejus principem Wilelmum parat, eo quod subdi sibi contempneret.. . Tandem... fidem utrimque pacti, a se diseesserunt » (Richer, I, 48).
3 Durant les principats de Guillaume le Jeune et d’Acfred (juillet 918 à octobre 927), le Cartulaire de Brioude ne nous présente que treize chartes du règne de Raoul, dont aucune ne porte la formule « rege Francorum et Aquitanorum » (la charte n° 58 pouvant être posté-
cérité de la reconnaissance nous est prouvé par les formules de protestation que, dès le printemps de 926, nous y voyons apparaître, et dont l’énergie ira croissant. Le successeur de Guillaume, Acfred, les prendra résolument à son compte1.
rieure à la mort d’Ac.fred). Une seule a la formule « rege Francorum » (n° 104, janvier 925) et trois (nos 155, 63, 137 ; novembre 926, féviier et avril 927) la formule « rege Aquitanorum » (ce qui implique au moins une réserve). Toutes les autres ont simplement « Rodulpho rege », et toutes ensemble sont entrecoupées par des protestations expresses. Nous pouvons dresser ainsi un tableau où se reflètent, comme en un miroir, les fluctuations imprimées par les événements à l’attitude des chefs du principat.
I) Unecharte de juillet 924 (n° 169) et cinq de janvier 925 à janvier 926 (inclusiv.) : janvier 925 (nos 104 et 236) ; 5 septembre 925 (n° 112); 25 septembre 925 (n° 73); janvier 926 (n° 224).
Formule de protestation (16 févr. 926, n° 39).
II) 2 chartes du printemps 926 : mars 926 (n° 255) ; juin 926 (n° 123).
Formule de protestation (11 oct. 926, n° 315).
III) 2 chartes de l’automne 926 : octobre 926 (n° 291); novembre 926 (n° 155).
Formule de protestation (8 déc. 926, n° 327).
IV) 4 chartes du printemps 927 (sous Acfred) : février 927 (n° 63); avril 927 (n° 137); mai 927 (nos 111 et 174).
Formule de protestation (11 oct. 927, n09 CDXXXIII et CDXXXIV du Cartulaire original, manquant dans l’édition Doniol).
I Voici la série des formules de protestation : Jl 6 février 926 : « Anno tertio quo Karolus rex per infidos Francos dehonestatus est » ( Cartul . de Brioude, n° 39, p. 63).
II octobre 926 : «Anno quarto quo Francidæ inhonestavemait (ou deinhonestaverunt) regem suum Karolum et contra legem sibi Rodulfum in regem elegerunt » (Charte d’Acfred, en qualité de comteabbé : « Sign. Acfredi illustris comitis qui hanc cessionem bono animo seribi et firmari curavit » ; Cartul. de Brioude, n° 315, p. 320).
8 décembre 926 : « Anno quarto quo infidèles Franci principetn suum Karolum propria sede exturbaverunt , et Rodulphum elegerunt, Roberto interfecto » ( Cartul . de Brioude, n° 327, p. 332).
11 octobre 927 : « Anno V° quo Franci deinhonestaverunt regem suum Carolum et contra legem elegerunt Radulphum sibi in regem » (Dispositions testamentaires d'Acfred :« Sign. Acfredi Deo auxiliante Comitis sive Ducis Aquitanorum ») (Charte n° CDXXXIII du Cartul.