LES RAPPORTS DE L’AQUITAINE AVEC LA ROYAUTÉ
Un revirement complet paraît s’être produit à cette époque, par suite des graves difficultés qui paralysaient Raoul, blessé au début de cette année dans une lutte contre les Normands et ayant à faire tête ensuite à une incursion des Hongrois. Guillaume, nous dit Flodoard, a abandonné le parti du roi (« rege desciverat ) ; son frère Acfred défend contre le roi la cité de Nevers1. Une expédition est dirigée contre eux, probablement en été ou en automne, quand Raoul eut fait la paix avec les Normands et fut guéri de sa blessure, mais elle n’aboutit à rien. Les troupes royales [furent rappelées en France par une nouvelle invasion hongroise 2.
Le duc Guillaume et après lui son frère réussirent donc à maintenir leur indépendance, tout en restant fidèles nominalement à leur souverain captif. Dans le court espace d’un an à peine qu’il demeura à la tête du principat, Acfred ne manifesta que des sentiments hostiles à l’usurpateur Raoul. 11 leur donna expression dans les deux chartes qui contiennent ses volontés testamentaires et qui datent de la veille même de sa mort (octobre 927) 3.
original de Brioude, Collection Duchesne, XXII, f° 13, publiée par Baluze, Histoire génêal. de la maison d' Auvergne, 1708, II, p. 20).
1 1 octobre 927 : « Anno V quod infidèles Franci regem suum Karolum dehonestaverunt et Rodulphum in principem elegerunt » (Autres dispositions testamentaires d’Acfred : « Sign. Acfredi comitis, Aquitaniæ que ducis. »... « Ragnibertus sacerdos... præcipiente Acfredo scripsit ») ( Cartul . de Sauæillanges , n° 13, p. 50-51; Chartes de Cluny, n° 286, I, p. 287).
1 « Exercitus ex Francia Burgundiaque cum Rodulfo rege et Heriberto comité proficiscitur super Ligerim, et acceptis obsidibus, ab urbe Nivernerisi, quam frater Willelmi contra regem tutabalur, in Aquitaniam ad persequendum Willelmum qui a rege forte descwerat , transeunt » (Flodoard, ad an. 926, p. 35).
a « Insequunturque fugientem donec rumor infestationis Hungarorum, quod iterum jam Rhenum transissent, exercitum in Franciam repedare coegit » (Ibid.).
3 Voy. la note ci-dessus. M. Richard (p. 65), comme M. Lot (p. 55,
Nous venons de voir la position prise par la maison d’Auvergne au regard de la Couronne. L’attitude des deux principats qui devaient se disputer sa succession commença par être la même. Ni le comte de Poitou, Ebles, qui aurait pu prendre, à l’exemple de son père Rannulfe, le titre de duc d’Aquitaine et qui paraît s’en être abstenu par déférence pour la maison d’Auvergne, dont il était l’héritier le plus proche, ni les fils d’Eudes de Toulouse, Raimond II et Ermengaud, puis, après la mort du premier, Raimond III Pons, ne reconnurent soit Robert, soit pendant longtemps Raoul, et Raoul ne tenta pas de sérieux efforts pour se faire reconnaître par eux.
Dans l’Aquitaine poitevine, dans le comté de Poitou surtout, des chartes ne cessent d’être datées de Charles le Simple1. Il y a beaucoup plus. Des protestations continues et très vives sont élevées contre sa détention, et nous pouvons, à l’aide des chartes, en reconstituer une bien curieuse série 2, en dissipant l’extraordinaire erreur qui a été commise quand on a fait dire à un acte signé du comte Ebles que les partisans de Charles le Simple étaient des traîtres et que lui-même méritait sa captivité, alors que cette charte stigmatise ses geôliers
note 3), place la mort d’Acfred peu après le 1 1 octobre 927. Il ue laissait pas de descendants, et la maison d’Auvergne s’éteignit avec lui.
1 Cartul. de Saint-Hilaire de Poitiers , 923-924 (avril) « XXVI anno regn. Karolo rege » (n° xiv, p. 19); Cartul. de Saint-Cyprien de Poitiers, 925 (n° 236, p. 154); 927 (n° 237, p. 155); 927 (n° 240, p. 158). Je ne trouve pas, dans ce cartulaire si riche, de charte datée de Raoul avant l’année 928.
Cartul. de Noaillé (original perdu), 923 (Fonteneau, t. XXI, p. 219; Moreau, IV, f° 103); 923(charte d’Ebles, Fonteneau, XXI, p. 223; Moreau, IV, f°98) ; 924 (mars) (Fonteneau, XXI, p. 231 : Moreau, IV, f° 109).
Cartul. de l’église d’Angoulcme, 923 (n° xxvir, p. 28), etc.
2 La première formule de protestation est dans une charte du Cartul. de Saint-Hilaire de Poitiers , du mois d’août 924, datée ainsi : « Anno II regni Rodulfî régi, quando Karolus in enstodia tenebatur » (ch. xv, p. 20). La protestation semble encore voilée, mais elle prend toute sa force quand on remarque que le rédacteur