LES RAPPORTS DE L’AQUITAINE AVEC LA ROYAUTÉ
comme des traîtres et des fous. Ce n’est guère qu’à l’époque où le roi carolingien paraît définitivement déchu,
de la charte, Adalbert, est le même que celui de la charte suivantej et surtout quand on la retrouve dans les chartes de Noaillé, accompagnée des signes cabalistiques dont je parlerai tout à l’heure.
La protestation se poursuit, en s’accentuant, dans les chartes suivantes :
28 avril 925. — Plaid devant le comte Ébles, à Poitiers : « Anno XXX (sous-entendu regni Karoli regis) quando fuit Rarolus detentus cum suis infidelibus ( Cartul . de Sainl-Maixent , n° xi, I, p. 25). Le sens de la locution cum suis infidelibus n’est pas douteux, bien qu’elle ait été généralement mal comprise. Sui infidèles est une expression fréquente dans les capitulaires comme synonyme de « regis infidèles » et cum ne peut vouloir dire qu 'auprès ou par.
Décembre 925. — Charte de Richard, trésorier de la cathédrale de Poitiers : « anno III regni Rodolfi régi quando Rarolus in custodia tenebatur » (Fonteneau, XXI, p. 235; Moreau, IV, f° 139).
Il est d’autant plus regrettable que nous ne possédions l’original ni de la charte ni du cartujaire de Noaillé où elle était insérée que la date était suivie d’une inscription énigmatique où je ne puis voir qu’une écriture secrète. Le copiste de la collection Moreau et celui de la collection Fonteneau l’ont reproduite de leur mieux, le premier avec plus de soin que le second.
Sa figuration est celle-ci.
En laissant de côté les derniers signes qui me paraissent une signature tironienne, et en m’aidant d’une suggestion de la collection Moreau, je crois pouvoir lire :
AB C(OMITE) A DEF(ECTIONE) GAL(LORUM) HIRBER(TO) (AD)IM(P)TUS.
ABC ÆP EfV AL Hl KP)ER
après être retombé clans une captivité plus étroite, que la datation du règne de Raoul apparaît fréquente, pour devenir régulière après la mort de Charles le Simple (7 oct. 929).
Nous aurions cette formule : a Quand Charles était détenu en prison, enlevé par le comte Herbert, grâce à la défection des Gaulois ». Nous rencontrerons la même cryptographie dans la charte ci-dessous de Noaillë (juin 927), mais entièrement déformée, comme si le scribe ne l’avait pas comprise et y avait vu un alphabet.
Janvier 926. — Charte d’Adeielmeau profit du chapitre de Sainte- Radegonde de Poitiers, signée par Ébles. Charte que Besly avait publiée (p. 225) d’après les archives de Sainte-Raclegonde et dont il avait transcrit ainsi la date :
« Anno III, regni Radulfi Régis. Kal... cum suis infidelibus mente captis ».
L’original de la charte a été acquis récemment parla B i b 1 . nationale (nouv. acq. lat., n° 2306, f° 2), et deux archivistes éprouvés, M. Alfred Richard ( Hist . des comtes de Poitou, 1903, I, p. 64) et M. Lauer ( Robert Ier et Raoul, 1910, p. 16) ont abouti à la transcription suivante :
Anno 111, regni Radulfi regis, liarolo cum suis infidelibus mérité captus (sic) (Lauer, p. 16, note 1). Et M. Richard a traduit : « alors que Charles était à bon droit en prison avec ses infidèles ».
Après un examen minutieux du document, il m’est impossible d’accepter cette lecture.
Au lieu démérité, il faut lire à coup sur mente ; après quoi, il y a,, non pas captus, mais captas, de la façon la plus lisible. La première lecture se démontre par le corps même de l’acte où l’on trouve comme point de comparaison le mot méritas et où tous les r passent régulièrement sous la ligne. Quant à captas, c’est une inadvertance ou bien pour capta (mente) ou pour captis. Je serais même très porté à croire, d’après l’accentuation des deux derniers traits dumof, que le scribe, ayant commencé à écrire capta , s’est repris et a corrigé tant bien que mal en captis. J’ajoute que les proportions exceptionnelles données au monogramme Karolo, par rapport au nom de Rodolfe, soulignent le dévouement au roi légitime et l’animosité contre ses geôliers. Voy. en regard la reproduction photographique.
Nous avons en définitive :
« Data in rnense januario Anno III regni Radulfi régi Karolo cum suis infidelibus mente captis ».
« Donné au mois de janvier de la troisième année du règne de Rodolphe, le roi Charles (étant) auprès de ses infidèles pris de folie ».