‹ Les origines de l'ancienne FranceChapitre 217 sur 244 · VI. -IL-. CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

VI. -IL-. CHAPITRE IV

Dans le Languedoc, nous rencontrons une protestation contre l’avènement de Robert1, et une fidélité constante a Charles le Simple se fait jour, par la datation d’après les années de son règne (avec la seule qualification, du reste, de rex), et cela jusqu’à la mort de l’infortuné souverain. A partir de ce moment, si des chartes sont datées de Raoul, elles ne font commencer son règne qu’en 929 2.

Juin 927. — Charte de Noaillé : « Anno IV regni Rodulfi régi Karolo in custodia tenentem ». Nous ne possédons de cette charte que des copies qui semblent fautives (Moreau, V, f° 16; Fonteneau, XXI, p. 239). Les sigles de la charte de décembre 925 ( suprà ) ont été maladroitement déformés en un alphabet approximatif.

1 Charte de l’évêque d’Agde, Étienne, du 19 août 922 : « XIV Kal. septembris anno quo regnavit ftobertus fraudulenter (Catel, Mémoires de l'histoire du Languedoc, Toulouse, 1638, p. 969).

2 .Je prends pour types principaux les cartulaires de Conques et de Nîmes et la collection de chartes de YHistoire du Languedoc.

Cartul. de Conques. I) Années du règne de Charles le Simple : novembre 923 (n° 121); février 924 (n° 92); mars 924 (n°5); octobre 927 (n° 231 J; octobre 928 (n° 143).

II) Années de Raoul, comptées de- la mrt de Charles : 22 avril 930 : « Anno I quod liarolusrex ohiit a sæculo et Rodolfus rex cepit regnare » (»° 291,; avril 930 : « Anno I régnante R. rege » (n° 6) juin 932 : Anno III quod R. rex cepit regnare » (n° 208); décembre 933 : « Anno V regn. Rod. rege », etc.

Cartul. de Notre-Dame, de Nîmes. I) Années de Charles le Simple 9l3 (n°* 22-23) : « Anno XXV regn. Karlo rege post obitum Odoni »

. n°,24 ! 92° a 928 (n°3 25 a 33)' 0n re trouve encore une charte i atee du régné de Charles trois ans après sa mort (anno XXXIII regn. Karlo rege) (n° 36).

II) Années de Raoul, comptées delà mort de Charles : 932 , ?q'30^ : “ Ann° 111 re®nante Radulfo rege »; 933 (n° 37); 934

^11 o o j j G Le*

Chartes de C histoire du Languedoc. I) Années de Charles le Sim-

P 1 “ V *eTPtembre 924 (charte par Raimond III Pons) :

« Anno XXVII, regn. Karolo rege » (V, n° 50, col. 147-150)- 11 décembre 925 (V, ri» 51, c.150-10); 28 septembre 926 (V, n» 52, C.15R,

Années de Raoul, comptées de la mort de Charles : H mars •3. I laid devant l’archevêque Aimeri et Raimond III Pons :

<■ < nno JRI regn. Rodulpho rege post obitum Karoli regis (V, n» 57,

LES RAPPORTS DE l’aQUITAINE AVEC LA ROYAUTÉ. 529

D’autres vont plus loin : elles constatent un interrègne 1 .

Combien de temps cet interrègne a-t-il duré? 11 semble bien que ce soit jusqu’en 932. Je ne connais pas de charte languedocienne postérieure qui y fasse allusion2, et c’est précisément à cette époque que Flodoard nous apprend la soumission à Raoul de Raymond 111 et d’Ermengaud3.

De ce que nous ne trouvions pas de mention d’un interrègne analogue dans les chartes poitevines, il ne faudrait pas conclure qu’Ebles se soit soumis dès la mort de Charles le Simple. La royauté de fait de Raoul ne pouvait

col. 160); 19 mars 933. Testament de l’évêque de Béziers, même formule (V, n° 58) ; janvier 934. Charte d'Ermengaud : « anno V, vegn. R. rege » (V, n° 59). De même, 934 (février) à 935 (juillet) (Y, nOB 60 63).

Dans le Cartul. cl'Elne, dont l’original du xne siècle a disparu, mais dont nous avons de nombreuses copies, la datation est analogue. Voy., par exemple : 925, « regn. Karolo rege filio Ludovici « (Moreau, IV, f° 135); de même, 927 [ibid., Y, fos 6, 9, 19); 928 ( ibid V, fos 36, 43, 45); 929 (f° 60).

En 930, après les chartes d’interrègne que je cite plus loin, on date déjà du règne de Louis IV : 31 décembre 930, « Imperante domno Ludovico filio Carloni » (Moreau, V, f° 75); 932 (14 mars) : « Anno 111° regn. liadulfo rege {ibid., f° 102), et ainsi de suite (fQS 105, 108, 130, 132, 138), etc.

1 Abbaye de Caunes, charte du temps de Raoid : « Deo régnante et regern expectante Gallia » (Mabillon, [Annales Ord. S. Bened., Paris, 1706, III, p. 372).

25 juillet 931. Donation à Saint-Hilaire de Carcassonne : « Anno 11° Carolo rege migrante a sæcnlo, filio Ludovici » ( Hist . du Languedoc, V, n° 53, col. 154).

Cart. d’Elne, 930 (28 janvier) : « Anno 1° quod obiitCarolus rex, Christum regnantem , regem expectantcm » (Moreau, V, f° 68). Formule analogue : 15 et 18 mars 930 [ibid., I’03 70 et 72); 10 avril 931 ( Marca Ilispanica, c. 845-846, Hist. du Languedoc , V, n° 54).

2 11 y a pourtant à tenir compte des chartes que nous ne pouvons dater qu’approximativement.

3 « Ragemundus et Ermingandus, principes Gothiæ, régi se Rodulfo committunt » (Flodoard, ad an. 932, p. 53).

F. — Tome IV.

être méconnue par les rédacteurs de chartes d’un pays limitrophe de la Francie. La résistance d’Ebles semble, même avoir été persistante. Flodoard est muet sur toute soumission de sa part à Raoul. Il dit bien qu’ après l’expédition dirigée par le roi, en 930, contre les Normands, les Aquitains se soumirent à lui1, mais ce furent des Limousins qui venaient de l’aider à combattre l’ennemi commun2. Et quand le chroniqueur relate que Raoul se rendit l’année suivante au-devant d’ Aquitains qui étaient en conflit (discordantibus)3 , tout laisse supposer qu’il s’agit des compétitions de la maison de Toulouse vis-à-vis d’Ébles, encouragées et soutenues, suscitées même peutêtre par le roi pour faire échec à ce dernier. Raoul a dû prendre ainsi parti entre les deux maisons devenues rivales, et la soumission de Raimond III et d’Ermengaud en fut la suite presque immédiate.

Je vois dans cette circonstance une des clefs de l’énigme de la succession d’Auvergne, dont il va falloir déterminer le caractère vrai. L’autre, et la principale, je la trouve dans la nature du duché d’Aquitaine dont il est essentiel de.se faire une idée juste.

1 « Rodulfus rex Nordmannos de Ligeri, qui Aquitaniam deprædationibus infestabant, in pctgo Lemovicino uno proelio pene delevit, et Aquilanos si bi subditos fecit » (Flodoard, ad an. 930, p. 45).

s Rieher, I, 56-57 : « Rodulfus rex, pyratas Galliam Aquitanicam irrupisse per legatos comperiens eamque hostiliter debacchantes, vim inferre cogitabat... usque Lemovicas procedit. Ibique... pyratæ... ab Aquitanorum legione repulsi sunt.... Itaque factum est, ut Aquilani gratias régi rcdclenles, multa ei benivolentia subdi voluerint , ac jure sacramenti in fîdem fîrmissimam concesserint ».

3 Flodoard, ad an. 931, p. 51.

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