‹ Les origines de l'ancienne FranceChapitre 228 sur 244 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

ports entre le roi et le duc ont été plus fréquents1. A cela s’ajoute que Guillaume le Grand tient tête, en face, au roir dans le conflit ecclésiastique où il soutient l’archevêque de Bordeaux contre l’archevêque de Bourges2, et que, pour obtenir l’aide du roi contre de puissants adversaires, il ne s’adresse pas à lui comme suzerain féodal, mais lui fait offrir ainsi qu’à la reine de l’argent et des vêtements précieux, en échange de son concours3.

Le caractère national du principat est aussi manifeste que son caractère royal.

Ce qui frappe d’abord, c’est l’amplitucle de vision qui s’étend jusqu’aux confins de l’Aquitaine primitive. N’estce pas pour faire rayonner jusque-là son pouvoir et son influence que Guillaume le Grand épouse successivement, (après Aumode la fille de l’ancienne reine d’Aquitaine Adélaïde), d’abord Brisque de Gascogne, puis Agnès de Provence, celle-ci fille d’Otte-Guillaume et belle-sœur du comte de Provence Guillaume Y. Les multiples et étroites relations du duc avec Cluny, celles qu’il noue ou entretient dans ses voyages annuels à travers le Midi pour se rendre, soit à Rome, soit à Saint-Jacques de Galice, sont comme un réseau jeté sur la vaste région aquitanique.

Guillaume le Grand est bien le chef commun de cette population que mœurs et langue différencient de la France proprement dite et dont Raoul Glaber déplorera l’intrusion dans le Nord et dans l’Est, à la suite de la reine Constance4. L’attitude de neutralité expectante qu’il observe entre le roi et la reine, alors que Robert II, pour conso-

1 Cf. le texte C d’Adémar : « Francorum regem amicissimum habens, præ ceteris ducibus in ejns palatio honorabatur » (Éd. Cbavanon, p. 163, note z ).

2 Sur ce conflit célèbre (1024) : Pfister, Robert, p. 196 et suiv.; Richard, I, p. 180 et suiv.

8 C’est par l’entremise du comte d’Anjou, Foulque Nerra, vassal de Guillaume que cette offre est faite. Voy. suprà, p. 295.

4 Raoul Glaber, III, ix, 40, p. 89.

lider sa dynastie vis-à-vis des principes , veut associer au trône son second fils Henri *, prend sa vraie signification quand on la rapproche de l’esprit d’indépendance du Midi que dénote la réplique fameuse prêtée au comte de Périgord Audebert : Qui t’a fait roi? — authentique ou non, peu importe — puisqu’elle est prêtée à ce seigneur aquitain par un document contemporain 2.

L’effort principal des princes poitevins a été visiblement de constituer un grand Etat méridional, sans que leur principat cessât d’être modelé et appuyé sur la royauté gallo-franque. Guillaume le Grand, ainsi que plus tard son fils Gui-Geoffroy 3, procura à cet État une structure résistante, en se soumettant énergiquement ses vassaux immédiats4', tels que ce Hugues de Lusignan dont un

1 Voy. sur la résistance des grands, Pfister, p. 76 et, sur l'attitude de Guillaume V, ibid., p. 77.

2 Le mot se trouve déjà dans le texte H, que M. J. Lair considère comme antérieur à la chronique d’Adémar et où M. L. Delisle voit même « un reste de la première rédaction » (Les MSS. originaux d’Adèmar de Chabannes , Paris, 1896, p. 95). Il est donc antérieur à 1028, et voici ses termes : « Nequaquam rex Ugo vel Rotbertus, filins ejus ausi sunt eum provocare ad bellum, sed hoc ei mandaverunt : « Quis te, inquit, comitem constituit? » et Aldebertus remanda vit eis : « Quis vos reges constituerunt » (éd. Chavanon, App., p. 205). Une version analogue est dans le texte C, qui avait été pris à tort pour une interpolation : « Nequaquam rex Francorum ausus est eum provocare ad certamen, sed hoc ei mandavit : « Quis te comitem constituit? » Et Adelbertus remandavit ei : « Quis te regem constituit •» (éd. Chavanon, p. 156, note t).

3 Pour Gui-Geofï'roi, voici le témoignage de la Chronique de Montier-Neuf de Poitiers : « Ita cervicositatem Aquitanorum procerum sibi subdiderat, ut ad ejus solum intuitum, si cui iratus erat, proterva mens dissiparetur : tanto terrore cunctos perfuderat, ut nec in ipsis hominibus illi tyrannicès potestatis jure auderent, ut prius soliti erunt, grassari. Tanta pace tune regnum Aquitaniæ potiebatur, ut nunquam auditum sit uspiam viatorem aut ruricolam eô venientem disturbatum fuisse » (H. F., XI, p. 120-121).

4 « Sane multoties, qui ei rebellare conati sunt Aquitanici primores, omnes vel edomiti vel prostrati sunt » (Adémar, p. 165).

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