LIVRE IV. § VI. - III
et des moines, était en même temps arrière-vassal du roi.
Le successeur de Guillaume Taillefer, Pons, d’accord avec l’abbé laïque Gauzbert soumit, en 1053, l’abbaye (donc l’abbé régulier) à l’ordre de Cluny et plaça cette soumission sous la sauvegarde ou garantie du roi de France et du pape1.
Les moines, il est vrai, comme on le voit par des interpolations et des variantes2, prétendirent faire dériver de leur propre autorité ou consentement, au lieu de la souveraineté royale, les droits des comtes de Toulouse et des abbés laïques sur le monastère. Ce sont là prétentions très fréquentes et qui n’infirment en rien le témoignage si précis des chartes sur la survie, au moins théorique, de la protection du roi.
Voyons maintenant un aspect plus général de cette protection. Le sujet dans son ensemble appartient à l’histoire de la paix de Dieu, que je retracerai au volume suivant. Mais je veux du moins en détacher un épisode qui a été jusqu’ici comme étouffé sous les erreurs d’une chronique apocryphe.
II nous est parvenu par des copies du xvn° siècle, la compilation singulière d’un conseiller clerc du Parlement de Toulouse, Guillaume Bardin3. ÛE uvre d’inspiration et de
cessoribus eorumdem » ( Chronique d'Aymeric de Peyrat, f° 156 v°, 157 r°).
1 « Seniori karissimo domno Hugoni, abbati Cluniensi... secundum regulam sancti Benedicti ordinandam in perpetuum trado coram testibus. Si quis autem... post hanc meam cessionem disrumpere quocumque modo adtemptaverit... papæ Romano nec non Francorum régi, ad quorum tuitionem locus præfatus Moysiacus pertinet, distringendum reiinquo » ( Histoire du Languedoc, V, col. 470-471) ( Charte de Pons).
3 Variante de l’édition de la Charte de Pons dans le Gallia Christ., I, Instr., p. 30 : au lieu de « de manibus regum Francorum », le texte porte : « de manibus abbatum et monachorum » (de même, Chronique d’Aytneric de Peyrat, l'° 167 v°).
3 C uillaume Bardin a été nommé conseiiler-clerc par Charles VII, le 5 juillet 1443. Il lut ensuite régent à l’Université d’Orléans, et
tendances royalistes, elle a été composée aux environs de 1454, et prétend retracer, sous forme d’une chronique rétrospective, les destinées du Parlement de Toulouse depuis ses origines1. Ces origines, l’auteur les fait remonter à l’an 1031, où le premier Parlement aurait été convoqué à Toulouse par le roi de France, en vertu de son droit à T hommage du comte2.
Aucun historien moderne n’a pris ce récit au sérieux, tant est suspecte la compilation entière, — véritable pot pourri de documents frelatés, — tant sont choquants l’anachronisme et l’incohérence des résolutions attribuées au prétendu Parlement. M. Ch. Pfister a cru voir néanmoins un rapport entre le fait avancé par Barbin et le voyage de dévotion que le roi Robert, selon son biographe Helgaud, a effectué dans le Midi et qui l’a conduit à Saint- Sernin de Toulouse3. La pérégrination se placerait en 1031, et le roi, à cette occasion, aurait tenu à Toulouse une grande assemblée pour y rendre justice à ceux qui le demandaient4.
Je ne trouverai là rien que de conforme aux prérogatives royales que j’ai précédemment décrites5, — plus
retourna comme conseiller (1454-1474) à Toulouse, où il écrivit sa chronique. Voy. sur ce document la note de Molinier, Histoire du Languedoc, T. X (note 40), p. 424-436. Le texte en est publié aux Preuves du même volume, col. 1-78.
1 « Historia chronologica parlamentorum patriæ Occitanæ et diversorum conventuum trium ordinum dictæ patriæ... ex registris parlamentariis... arcbivis ecclesiarum et civitatum », etc.
3 « Etiamsi villa Tholosæ et major pars patriæ Occitanæ ad jurisdictionein eomitum Tholosanorum pertinerent, nihilominus Franciæ reges, virtute hominii quo comités erga eos tenebantur, jus habebant indicendi parlamenta in eorum villis et dominationibus, quotiescumque illis bonum videbatur. Indictum fuit Tholosæ parlamentum anno 1031 » ( Histoire du Languedoc , X, col. 3).
3 Helgaud, Vita lioberti regis, H. F., X, 114 E.
4 Plister, Robert le Pieux, p. 295-296.
8 Voy. T. III, p. 356 et suiv., et spécialement Y Appel d'équité , p. 376 et suiv.
F. — Tu me IV. 3 'J