‹ Les origines de l'ancienne FranceChapitre 237 sur 244 · LIVRE IV. § VI. -III · texte numérisé non relu

LIVRE IV. § VI. -III

étendues même que M. Pfister les suppose, — et un tel exercice de la justice souveraine aurait été propre à aviver le prestige de la royauté aux extrémités de la France. L’hypothèse toutefois me paraît fragile. Il est bien invraisemblable que Robert ait parcouru le Midi quelques mois avant sa mort, quand étaient à peine assoupis les conflits avec ses fils, et Guillaume Bardin ne nomme pas le roi, ni ne signale même sa présence.

C’est dans une autre direction qu’il faut chercher, je crois, le fond de vérité, propre à impressionner l’esprit public1, qui se cache sous des dehors trompeurs. Ce n’est pas à une assemblée royale tenue à Toulouse que Bardin a demandé les titres de fondation du Parlement, c’est à un grand concile dont l’action devait s’étendre à toute la région méridionale et qui se prévalait de l’autorité du roi. Il suffit de mettre en regard la composition du prétendu Parlement toulousain de 1031 et celle du concile de Bourges de cette année-là même pour reconnaître avec certitude que l’une n’est que la transposition, ou mieux Y exploitation, de l’autre2. Et si l’on en rapproche la charte

1 II faut retenir cette observation de M. Paul Dognon, Les institutions politiques et administratives du pays de Languedoc , Toulouse, 1895, p. 379, note 2 : « Bardin n’a pas inventé les légendes qu’il raconte. Elles étaient de son temps et furent par la suite universellement acceptées » ( Archives de la Haute-Garonne, série B, Édits, T. I, t'° 93, 23 déc. 1468).

2 Voici Ja composition du pseudo-Parlement de Bardin : « Nomina electorum ad tenendum boc parlamentum sunt : Ajmo, archiepiscopus Bituricensis, Odo cornes, Amelius, episcopus Albiensis, Giffredus, episcopus Carcassonensis, Asse.nerius, abbas, Hubertus, abbas, Rogerius, miles, Gassiotus miles, Monteleau jurisperitus (!) Pissanus jurispcritus (!) Attardus scriba parlamentarius (!) Hi omnes jurati in manibus regis, per attactum novi Testamenti » ( Histoire du Languedoc, X, col. 3-4).

Pourquoi l’archevêque de Bourges Aymon tigure-t-il en tête? Qu’est ce comteEudes qui vient immédiatement après lui? Et quelle singulière réunion d’abbés et de chevaliers pour un plaid royal tenu à Toulouse!

Tout s’explique quand on relève les mêmes noms et presque dans

additionnelle de l’archevêque de Bourges Aymon, signée par l’évêque de Cahors, suivant laquelle le concile a été convoqué au nom du roi de France Henri1, on découvre sans peine les éléments dont Bardin s’est servi pour imaginer la tenue d’un Parlement royal. 11 lui suffisait d’introduire dans les décisions de cette assemblée le litige entre l’archevêque Guifred de Narbonne et le vicomte Bérenger, dont s’était occupé le concile réuni à Toulouse (et non pas à Arles) en 10o62, pour fixer à Toulouse également le siège du prétendu Parlement3.

le même ordre au bas de la charte de fondation de l’abbaye de Saint- Satur, qui passe pour avoir été fondée an concile de Bourges de novembre 1031 (Cf. Raynal, Histoire du Berry, I, p. 348, p. 379 et suiv.). Là ils sont identifiés et parfaitement à leur place. Bardin les a transposés et en partie démarqués.

Qu’on en juge par les signatures de la charte qui nous a conservé cette fondation :

« S. Aimonis, archiepiscopi, S. Odonis, comitis Palatii (Eudes II, de Blois, l’un des fondateurs)... Gotzfredj, vice comitis... Rogerii, decani... Amelii, Albiensis episcopi,... Acmerii (Azenarji) abbatis Maciacensis (Massay)... Herberti, abbatis Dolensis monasterii (Déols) anno quarto régnante Hainrico rege » (Charte du Carlul. de Saint- É tienne de Bourges; Labbe, Histoire du Berry , Paris, 1647, p. 180- 182; d’Arbois de Jubainville, Histoire des ducs et comtes de Champagne, I, p. 472-473).

1 Additio ad Concilium Bituricensi (Mansi Concilia, T. XIX, col. 507-508) : « Ego Haymo... ad reformandam pacem et res ecclesiarum commode disponere, consilio regis Henrici, et episcoporum ad nostram sedem pertinentium, decrevimus consilium facere in Biturica civitate... Deinde pacem toto nisu corroboravimus... ».

Des doutes ont été émis (Hefele, Conciliengescliichte, IV, p. 692) sur l’authenticité de cet acte, mais non prouvés. En tout cas l’acte a dû être connu de Bardin. Il existe dans le Cartul. original (xme siècle) de Saint-Sulpice de Bourges, A, fos 6-7 et a été publié dans YEssai de reconstitution du Cartulaire, par L. de Kersens, p. 38 ( Mémoires de la Société des antiquaires du Centre, 1912, T. XXXV).

2 Voy. Hefele, Conciliengescliichte, IV, p. 789.

3 Baluze a prouvé que c’est au concile de Toulouse de 1056 qu’a été portée la plainte du vicomte Bérenger contre l’archevêque Guifred de Narbonne (voy. note de Baluze dans Mansi, loc. cit., col. 848).

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