LIVRE IV. § VI. - III
Ce qu’il y a donc au fond du récit de Bardin le voici. Le roi de France (Henri Ier et non pas Robert II) s’est érigé ou a été érigé en arbitre de la paix de Dieu, pour arrêter et apaiser les conflits. Par là a été ouvert, en principe, un recours à sa justice, un appel à son pouvoir d’équité et à sa protection, si l’une des parties demandait à mettre fin à des luttes armées (guerre privée, duels, etc.) telles que le conflit violententre le vicomte et l’archevêque de Narbonne.
C’est donc sous une forme rénovée de l’appel au roi, appuyé du concours de l’Eglise et des jurés de paix, que la souveraineté royale a pu être invoquée. Le caractère sacré de la suprême justice que la royauté représente1 s’est en quelque sorte retrempé dans l’institution de la paix de Dieu.
Si la majesté royale bénéficiait par là d’un surcroît de vénération idéale ou de lointain respect, l’unification du principat de Toulouse-Narbonne, son élévation en dignité et en puissance ne pouvait faire que de plus en plus obstacle à une subordination féodale et ne laisser place qu’à une haute suprématie de la Couronne.
Cette unification s’est accomplie après l’extinction de la branche de Rouergue, en 1066, par la mort, à cette date, de Berthe l’unique héritière du comte Hugues. Les fils de Pons, Guillaume IV et Raymond de Saint-Gilles l’emportent définitivement en 1079 sur le mari de Berthe, le comte Robert d’Auvergne, qui leur avait disputé l’héritage de leur cousine, et, vraisemblablement par un accord passé entre eux, le Rouergue et le duché de Gothie sont attribués à Raymond2. Quand ce prince enfin, au mépris des
1 T. III, p. 358 et suiv.
3 Une charte du 15 décembre 1066 porte déjà : « Ego Almodis nutu (Dei) comilissa et filiusmeus Raymundus cornes Rulenensis, et Nemosensis, Narbonensiumque nobilissimus » ( Histoire du Languedoc , V, c. 542).
Voy. ensuite : « Stephanus abba Conchacensium venit in partibus Gothiæ , et fecit querimoniam Raimundi Ruthenensium comiti et
droits de Philippie, s’empare du Toulousain après la mort de son frère Guillaume IV (1093), l’État languedocien est né, s’étendant de la Gascogne à la Provence, et absorbant le duché de Gothie. C’est le chef de cet État, à la fois comte palatin de Toulouse1 et duc de Narbonne , qui prendra rang au xm6 siècle dans la pairie de France 2.
Biterrensium vicecomitisse Hermengardi » ( Cartul . de Conques , ch. 20, p. 25; Histoire du Languedoc, V, c. 642).
1085 : « Ego R. Ruthenensis, Gabalitanus [Ucejtiensis, Nemausensis, Agathensis, Biterrensis, nec non Narbonensis cornes » ( Histoire du Languedoc, V, c. 697).
« In anno incarnationis Domini MLXXXVIII (ne faudrait-il pas lire MLXXXXIII?) ego R. cornes Tolosæ, dux Narbonæ, marchio Provinciæ ( Ibid ., c. 707 et c. 708).
1095 (juin) : « R. Tolosanus cornes, dux Narbonnæ, et marchio Provinciæ » {Ibid., c. 739).
1096 : « Ego R. permissione Dei cornes dictus Tolosanorum et Ruthenensium, dux Narbonnæ, marchio Provinciæ » {Ibid., c. 743).
1 « Tolosanorum Pontio palatino comité » { 1060, Histoire du Languedoc, V, c. 502). « Palatini comités Pondus et ejus fîlius Willelmus (1063, Ibid., c. 523). Monnaie de Raymond IV de Saint-Gilles, portant sur l’un des côtés, autour de la croix de Toulouse : R. comes . Palatii, et au revers, autour d’un croissant et d’une étoile: Dux Marchio PV (Provinciæ) (Ducange, Glossaire IV, Planche XXV, n° 119).
2 La plus ancienne liste connue des pairs de France, et qui pourrait être du début du xme siècle, met le comte de Toulouse au premier rang des pairs laïques avec le titre de « dux Narbonne ». Elle figure parmi les miscellanées (xui-xiv® siècle) qui se trouvent en tète du MS latin 4991 de la Bibliothèque nationale (f° XI r°). Elle est ainsi conçue :
Hii sunt XII pares Francies :
Archiepiscopus remensis dux Episc. Lingonensis dux Episc. Laudunensis dux Dux Narbone Dux Aquitanie Dux Burgundie Dux Normannie Episc. Gathalonensis comes Ep. belvacensis comes Ep. novionensis comes Cornes Campanie Comes Flandrie.