‹ Les origines de l'ancienne FranceChapitre 239 sur 244 · LIVRE IV. § VI. - III · texte numérisé non relu

LIVRE IV. § VI. - III

Dans tout le cours du xie siècle et durant une grande partie du xn°, l’absence de rapports des chefs de ce grand principat avec le roi de France continue à prouver l’inexistence de tout lien de vassalité.

Le roi Philippe Ier n’intervient en rien dans les grands différends du fils de Raymond, Bertrand, avec le pape Pascal (1 101-1 108), à propos de l’abbaye de Saint-Gilles l. Entre Alfonse-Jourdain Louis VI et Louis VII (1112-1148) on ne relève qu’une seule rencontre et toute fortuite2. Ce fut à Limoges, aux fêtes de Saint-Martial (juillet 1137). Alfonse-Jourdain y était venu pour prendre part aux solennités religieuses, Louis VII traversa la ville le 1er juillet pour se rendre en grande pompe à Bordeaux où il devait célébrer son mariage avec Aliénor3 4. Geoffroi de Vigeois dit expressément que le duc ignorait même l’arrivée du roi L

L’expédition tentée en 1141 (juin à septembre) par Louis VII contre Toulouse5 6 prouve combien le roi prenait ombrage de l’indépendance du comte. Mais son but n’était pas d’imposer l’hommage à Alfonse-Jourdain en vertu des droits de la Couronne. Quand il se mit en campagne, il

1 Cf. Fliche, Philippe Z*r, p. 381 et suiv.

2 Dans ses Annales de la vie de Louis VI , M. Luchaire remarque (p. CXI) : « L’histoire n’a laissé aucune trace de relations directes entre les comtes de Toulouse et le roi de Paris ».

8 Suger, Vie de Louis le Gros, p. 128.

4 « Aldefonsus... ad diem testum, de Regis adventu ignarus, adve-

nerat » (H. F., XII, 435 A).

6 u Ludovicus juvenis Francorum rex ingentem exercitum congregavit, ac ad festivitatem Johannis Baptistæ- Tolosam obsidere perrexit, et in consulem Andefonsum Raimundi fîlium præliari contendit » (Orderic Vital, XIII, 43, T. V, p. 132-3). — Layettes du Trésor des chartes, n° 148, I, p. 78-79. Enquête à Toulouse : « Et hoc fuit tempore quo rex Francie venit in partibus istis ». — (Cf. ibid., n° 75, p. 53). — Pierre le Vénérable :« Ecce rediit rex; Marte succincti duces jam domesticos lares revisunt; apparatus bellicus conquievit » (aoûtseptembre 1141) (H. F., XV, 636 D).

voulait, comme le dit William de Newborough, s’emparer de Toulouse au nom des droits de sa femme b

Ce n’est qu’après la mort d’Alfonse-Jourdain, sous son fils Raymond V de Saint-Gilles, que s’opéra un rapprochement avec la Couronne, provoqué par la redoutable imminence d’un danger commun. Le roi d’Angleterre Henri II, ayant épousé Aliénor en 1152, prétendit revendiquer contre le comte de Toulouse les droits de la grand’mère de sa femme, de Philippie la femme de Guillaume IX 2 , ce qui équivalait à se proclamer le maître de tout le Midi de la France.

Seule une étroite alliance entre le souverain et le comte de Toulouse pouvait faire barrière à une telle entreprise.

Raymond V épouse Constance, sœur de Louis le Jeune, et quand, en 1159, Henri II mène contre lui une expédition formidable3, ce n’est que dans le roi de France qu’il peut mettre son espoir. Il l’appelle à son aide. Louis VII accourt, entre dans Toulouse et par sa résistance oblige le roi d’Angleterre à lever le siège. Mais, ligué avec le comte de Barcelone et d’autres seigneurs du Midi (le vicomte de Béziers Trencavel, etc.), Henri II n’abandonne pas ses desseins de conquête, et dans les années suivantes, nous assistons à un spectacle saisissant qui n’a pas été en général jugé à sa valeur par les historiens4 — le spec-

1 « Rex uxoris nomine Tolosam repetiit » (Guillelmus Nenbrigensis, H. F., XIII, 105 C).

2 « Magna contenlio inter regem Francorum, et Anglorum pro Tolosa civitate » (1157), Brevis ad Sigebert. chronicon Appendix (Labbe, Nova Bibl. MSS ., I, p. 391, Paris, 1657).

3 Histoire du Languedoc, III, p. 810 etsuiv.

4 Je fais exception pour M. Luchaire qui a été très frappé d’un phénomène qu’il a grand peine à s’expliquer et qui, à vrai dire, est inexplicable si l’on s’en tient à la conception féodale de la royauté, telle qu’elle est devenue classique dans nos livres d'histoire. « On dirait, remarque-t-il avec étonnement, que la ville de Toulouse relève immédiatement de la Couronne et que le comte de Toulouse n’existe pas » ( Histoire de Lavisse, III1, p. 64). M. Luchaire constate le môme

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