LIVRE IV. § VI. - III
tacle d’un véritable mouvement national, qui, sous le coup de la dévastation et par crainte de la conquête étrangère,
l'ait pour les autres vassaux du comte de Toulouse, jusqu’aux petits ehfitelains, et il en reconnaît l 'extrême importance (p. 65). Mais il a eu le tort de n’en chercher la justification que dans l'avenir et non dans la tradition du passé (Voy. cependant ce qu’il avait dit lui-même, p. 57).
De même fait-il pour le sentiment national ou le patriotisme de la Gaule, dont le nom semble l’effaroucher comme s’il constituait un anachronisme.
De quel droit pourtant affaiblir la portée d’un témoignage aussi éloquent que la superbe lettre de la vicomtesse de Narbonne, Ermengarde dont M. Luchaire a traduit quelques passages? Est-il protestation plus largement et plus fièrement conçue au nom de l’intégrité et de l’indépendance du royaume de France et de l’attachement des populations du Midi pour la royauté nationale, à l’heure précise où l’hommage du comte de Toulouse au roi d’Angleterre compromettait l’un et violentait l’autre? Le texte tout entier mériterait d’être cité; j’en donne l’essentiel :
« Reverentissimo domino Ludovico, Dei gratià Francorum régi illustrissimo, Ermingardis Narbonensium vicecomitissa ejus fidelis et humilis femina, salutem et Karoli Regis magnanimitatem.... Si protectionis vestræ dextera arma et scutum apprehenderit, et exsurget in adjutorium Tolosæ, constantiùs et libentius sequar vestigia armorum vestrorum. Doleo siquidem non solum ego, sed et omnes Compatriotæ nostri ineffabili tabescunt mœstitiâ, quia partes nostras, quibus Francorum regum strenuitas insignia contulit libertatis , deléctu vestro, ne dicam culpâ, sub alterius dominio, ad quod minimè spectant, devenire videmus.
» Non vestræ sit molestum altitudini, carissime domine, quia ita audacter vobiscum loqui præsumo; quia quanto coronæ vestræ femina sum specialior, tanto molestiùs fero cùm eam a statûs sui culmine video inclinari. Non enim ad solam Tolosam, sed ad omnes partes nostras a Garona usque Rodanum, sicut adversariorum vestrorum est, jactantia obtinendas sentio festinari, ut, membris sub servitute redactis, caput ipsum faciliùs queat labefactari .
» Assumât ergo virtutem strenuitas vestra, et in brachio forti partes nostras ingrediatur, ut et hostium vestrorum reprimatur audacia, et amicorum spes digna habeat solatia. Sicque fiet, ut tam partium nostrarum prælati quam principes, qui omnes si audeant vobis cupiunt famulari.... Tolosam tueantur... Rogo itaque, et pro eodem suppli-
pousse la population languedocienne dans les bras de la royauté française *, fait réapparaître dans tout son éclat et
cant cæteri, ut ad expensarum gravamen non respiciatis, quia pro una marcha centum recuperabitis, et insuper nomen vestrum, quod apud nos obscuratum est, apud omnes exaltabitis » (Duchesne, IV, 574; H. F., XVI, 158-159).
1 Dans l’intervalle de la délivrance de Toulouse en 1159 (suivie bientôt [1160] du traité de paix conclu par Louis VII avec Henri II), à la reprise des hostilités entre les deux souverains (1167), période où le Languedoc ne cesse d’être menacé de l’invasion étrangère, les protestations de loyalisme envers le roi de France sont aussi nombreuses qu’ardentes, spécialement pendant les années 1163-1165. Elles émanent de toutes les classes et de tous les rangs.
1159. Lettre de l’évêque Pierre de Rodez (Duchesne, IV, 699; H. F., XVI, 18-19) : « Excell. domino suo Ludovico régi Galliæ... Ubicumque simus vestri sumus et vos fkleliter diligere, vestræque voluntati in omnibus parère semperoperam dabimus ».
1163-1164. Lettre du commun conseil de Toulouse (Duchesne, IV, 713 ; H. F., XVI, 68-69) : « Ludov. D. g. Régi Francorum, magnifico domino suo, diligendo et amplectendo, commune consilium urbis Tolosæ et suburbii... ad t epost Deum utpote dominum bonum et defensorem et liberatorem currimus... nos qui tui sumus ».
1163-4. Lettre du même (Duchesne, IV, 714; H. F., XVI, 69). « Sacratissimas literas vestras nuper vidimus. Unde gratias omnip. Deo agimus qui vos nobis vestræ ditioni subjectis, condescendere fuit : ita quod per vestræ serenissimæ majestatis scripta, etc. ».
1164. Lettre des citoyens de Toulouse ( civiurn Tolosæ ) (Duchesne, IV, 718; H. F., XVI, 119). « Lud. D. gr. Francorum Régi domino suo dilectissimo urbani ac suburbani Tolosæ.
» Quas gratias tuæ Majestati reddamus, nec cor concipere, nec lingua promere valet... Post Deum namque liberationis nostræ spes est tua protectio (racontent que l’archevêque de Bordeaux « non militans Christo sed régi Angliæ » a dévasté leur pays jusqu’aux portes de Toulouse. Le comte est absent). « Unde tuam benignam celsitudinem supplices exoramus quatinus Tolosam, quæ tuaest, et nos qui fui sumus, et terram quæ tua est et de tuo regno, ulterius non patiaris deleri. — Cf. 1165. Duchesne, IV, 720; H. F., XVI, 127.
1164. Lettre de Guillaume de Montpellier (Duchesne, IV, 716; H. F., XVI, 83 : « Excell. domino suo Lud. Régi Francorum (requête au roi, pour qu’il fasse respecter l’interdiction faite par lui de la levée d’un péage) « quia vestrum est has et alias injustitias de regno