‹ Les origines de l'ancienne FranceChapitre 24 sur 244 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

son influence sur les seigneurs de la Flandre wallone1 et prévenir l’anarchie que la minorité d’Arnoul aurait pu provoquer, comme le fit plus tard la minorité de Baudoin IV. En agissant ainsi, le roi servait ses propres intérêts avec ceux de son protégé. 11 s’assurait le concours des Flamands dans la lutte qui durait toujours contre Richard de Normandie, il prenait pied dans le pays, il y était reçu et pouvait y résider comme souverain, il tirait de sa garde les bénéfices et les avantages pécuniaires que procurait régulièrement aux rois l’exercice de leur mainbour, de leur tuilio ou de leur avouerie2.

Si Arnoul 11 a eu moins d’activité et d’énergie que son père (ce qu’au fond nous ignorons)3, il profita des richesses acquises par lui, du prestige qui s’attachait à la dynastie et qu’il accrut par son mariage (vers 968) avec Rozala, fille de Bérenger II, roi des Lombards; s’il n’étendit pas les limites de son comté, il sut du moins les défendre4. Ses rapports avec Louis V sont passés sous

1 Voici en effet, pour clore cette discussion, le texte de Flodoard qui est, ainsi que je l’ai dit, notre seule base historique solide : « Arnulfo principe decedente, terram illius rex Lotharius ingreditur , el proccres ipsius provintiæ, mediante Roricone præsule 1 audunensi eidem subiciunl ur régi » (éd. Lauer, p. 156).

2 Cela suffit largement pour expliquer que Lothaire ait pu trafiquer de l’abbaye de Saint-Arnaud en faveur de Rathier, revenu d Italie les poches garnies d’or. « Venit ille, afferens secum auri et argenti non dicam pondéra, sed, ut ipsius verbis utar, massas et acervos. Ex quibus a Lothario rege mercatus est sancti Amandi abbatiam; qua vix una nocte potitus, eani, ut erat miræ levitatis vir, derelinquens... » (Folcuin, Gestes des abbés de Lobbcs , cap. 28 ; Aligne,

3 M. Pfister l’a accusé à tort de lâcheté et de faiblesse (p. 44). Voy. la note 1 de la page suivante.

4 M. Lot vient de faire justice de la légende que c'est dès le xe siècle et notamment grâce à la faiblesse d’Arnoul II qu’aurait été créée la Flandre impériale (La frontière de la France et de l'Empire du ixc au xiii0 siècle. Bibl. de l’Ecole des chattes , t. LXXI [1910], p. 5 et sui v. ).

LA PREMIÈRE MAISON DE FLANDRE AUX IXe ET Xe SIÈCLES. 63

silence par les chroniqueurs, et il est assez notable qu’il ne soit pas nommé ou signalé parmi les principes regni qui élurent et intronisèrent Hugues Capet. Peut-être n’est-ce pas sans quelque fondement que s’est perpétuée, dans les chroniques flamandes, la tradition qu’Arnoul 11 avait refusé de reconnaître le nouveau roi1. En soi, le fait n’est point invraisemblable, de la part d’un descendant de Charlemagne, qui ne devait pas voir seulement dans le Capétien un souverain illégitime, mais surtout aussi l’allié et le beau-frère du duc de Normandie, l’adversaire qui avait, en 980, envahi le Ponlhieu et (qu’il lui eût ou non enlevé à ce moment Montreuil)2 l’avait obligé, les armes à la main, de restituer les reliques de saint Valéry et de saint Riquier, patron de la région. Ne s’expliquerait-on pas de la sorte le rapport que la légende établit, au xi° siècle, dans la vision fameuse de Hugues Capet, entre la victoire remportée sur Arnoul II et l’ave-

1 II n’y a pas lieu, en tout cas, de faire état du récit de Guillaume de Jumièges (t. IV, p. 19) suivant lequel Hugues Capet se serait emparé d'Arras pour punir Arnoul de lui avoir refusé le service militaire. Ce récit (M. Lot la reconnu, Derniers Carolingiens, p. 219, noie 1) n’est qu’une transposition en 987 du conte imaginé par Dudon.

2 Ce point reste, à mes yeux, douteux. Hariulf ne parle que d’une démonstration armée pour amener Arnoul à la restitution des reliques, et l’auteur de la translalio de Saint-Valéry, qui raconte la prise de Montreuil avec des détails miraculeux (Mabillon, Acta SS. Dcned., V, p. 558; SS. XV, p. 695), écrivait au xie siècle, à une époque où cette place était devenue depuis longtemps la possession incontestée des Capétiens. La seule chose certaine est, en effet, que Montreuil se trouvait aux mains de Robert II quand il répudia Rozala-Suzanne, vers 992, et qu’il le retint indûment malgré cette répudiation. Était-ce un douaire que Robe t lui avait constitué? Était-ce une dot qu’elle avait apportée, pour l’avoir reçue jadis en douaire de son premier mari? M. Lot tient pour la première opinion ( op . cit., p.219, note 2). M. Plister ( Robert , p. 45) pour la seconde. Le texte de Richer (III, 87), le terme notamment de dos dont il se sert, se prête aux deux interprétations.

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