CHAPITRE II
nir prédit à la dynastie capétienne? Quoi qu’il en soit, la résistance n’a pas pu être longue, puisque, dès le mois de mars 988, Arnoul II mourait, et que Hugues Capet s’empressa de faire épouser sa veuve à son propre fils Robert, déjà associé au trône. L’occasion même eût été séduisante de profiter du jeune âge de l’héritier du principat pour mettre la main sur la Flandre et la réincorporer au royaume, s'il n’avait pas fallu compter avec la farouche indépendance des chefs flamands.
Rien ne s’oppose donc rationnellement à voir dans une lettre de Gerbert l’allusion à une investiture ou une confirmation faite par le roi en faveur de Baudoin IV. L’esprit de rébellion des milites qui s’y trouve mentionné- nous est attesté par l’auteur de la Vie de saint Bertul/e, mais l’anarchie intérieure1 * 3 qui en naissait devait faire obstacle à un assujettissement étroit vis-à-vis de la royauté française. La signification du donum reginm en ressort. On ne saurait l’entendre d’une concession féodale, d'une inféodation de la Flandre.
De même que les grands participaient à l’élection et à l’intronisation du souverain, de même celui-ci intervenait-il dans la transmission des principats qui appendaient
1 II s’agit de la lettre de Gerbert à l’archevêque de Trêves Ecbert, dont j’ai parlé plus haut. Olleris la datait de 986-987, mais le re'cent éditeur des lettres de Gerbert, Julien Havet a suggéré que le sigle
Ar. devait désigner Arnoul Ier dans ce passage : « Omnia quæ fuissent Ar. fîlium ejus regio rlono accepisse » (éd. Havet, p. 104).
3 « In quo aliud solatiumnon habemus, nisi quod milites pliirimum ab eo dissentire scimus » ( loc . cit.).
3 « Post immaturani Arnulfi junioris marchionis mortem, cujus avus Magnus extitit Arnulfus, Balduinus filius ejus cum matre Rozala derelictus est parvulus... Quæ cum adhuc vidua et Ulius ejus Baiduinus esset infantulus, tanta in regione nostra commanentium facta est perturbatio, ut non tam ad hostile quam intestinum bellum pertraheretur ista dissensio. Multi enim ea quæ a pâtre pueri hujus in beneficium possidebantin bac perturbatione acsi propria essent usurpabant » ( Vita Bertulfi, SS. XV, p. 638. — Mabillon, Acta SS. II. III, 1, p. 60).
LA PREMIÈRE MAISON DE FLANDRE AUX IXe ET X® SIÈCLES. 65
au regnum Francorum , en recevant leur serment (de fidélité. D’hommage féodal, nulle trace, ni à l’avènement, ni au cours du long règne de Baudoin IV, et les historiens qui se représentent la Flandre comme un grand fief, dès •cette époque, en sont réduits à des affirmations gratuites, dont voici un exemple.
En 999, le roi Robert et le comte Baudoin assiègent ensemble Laon, que défend contre eux l'évêque Ascelin ou Adalbéron. Le fait ne nous est connu que par cette laconique mention des petites Annales de Saint-Amand : « Robertus rex et cornes Balduinus Laudanum obsederunt ». Cela a suffi pour avancer que, ce faisant, « Baudoin IV le Barbu remplit ses devoirs de vassal, en fournissant des troupes au souverain » 1 . C’est l’évidence même ! « Baudoin de Flandre, dit le même auteur, amena évidemment son contingent militaire , comme vassal » 2. Avec de telles évidences, on referait l’histoire à sa guise. N’est-ce pas une autre évidence, et autrement forte, que les alliances, en ce temps, se faisaient et se défaisaient au jour le jour? Je ne dirai pas pourtant que Robert et Baudoin étaient évidemment alliés. Mais je m’abstiendrai de tirer une conclusion juridique d’un fait aussi simple que la coopération armée du roi de France et du comte de Flandre contre un ennemi commun, tel que le traître Ascelin.
1 Lot, Fidèles ou vassaux, p. 12.
2 Lot, Hugues Capet, p. 194, note 2.
F. — Tome IV.