‹ Les origines de l'ancienne FranceChapitre 3 sur 244 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

sauce d’une nationalité nouvelle, la nationalité flamande, d’un Etat nouveau, le comté, la monarchie de Flandre, sans que fût rompu, mais seulement relâché, le lien qui unissait la population si mêlée de cet Etat à la nation dominante, de son chef au rex Francorum.

Le spectacle est d’autant plus saisissant et renseignement qui en ressort d’autant plus expressif que, par sa position maritime et fluviale, par son chevauchement sur les trois Francies originaires, par le caractère fruste et rude de ses habitants, par l’expansion de sa vie économique et l’essor précoce de son esprit de liberté, l’État flamand nous montre l’élément ethnique faisant échec à l’élément féodal jusqu’au point de l’emporter sur lui.

Le détachement de la Francie n’a été que progressif, progressive aussi et en quelque manière parallèle la constitution d’un Etat flamand. Des obstacles naturels y aidèrent, — telle la barrière de l’Ardenne, — mais deux causes en apparence contradictoires en furent les chevilles ouvrières : la situation privilégiée de la Flandre maritime, qui la rendait propre à devenir un centre de gravité et un foyer de vie sociale, le rôle d’avant-poste contre les incursions normandes dévolu au pays.

Doint d’arrivée des grandes voies de commerce qui faisaient communiquer l’Italie et l'Allemagne avec la mer du Nord et que son trafic maritime prolongeait jusqu’en Angleterre, la Flandre maritime devint le noyau d’une nation de marchands et de marins, antagoniste de la société seigneuriale et féodale qui occupait la France, et rivale de la domination normande. Mais, ouverte à l’envahissement des flots de pirates nordiques, elle dut pourvoir à sa défense par des digues militaires, par une armature puissante. Ne cherchez pas ailleurs le trait distinctif de la nation qui éclôt et qui s’implante entre la Germanie et la France. Il est tout entier dans l’intensité de sa vie municipale, que l'agriculture nourrit, que le commerce alimente et que le chfiteau fort sauvegarde.

LA GENÈSE DE LA NATIONALITÉ FLAMANDE

Château fort et ville sont les deux assises essentielles de la nation flamande. L’un assure la sécurité, l’ordre politique et l’autorité du prince, l’autre procure le bien-être et l’aisance, qui, de proche en proche, se répand sur la campagne, et qui donne à la population urbaine et rurale la conscience de sa force. C’est plus qu’un mariage de raison qui unit le château, la cité et la, plaine, c’est un syncrétisme de la nature.

Les sites les plus propices à l’établissement de ports ou d’entrepôts de commerce, de marchés ou de foires, comme à la, protection des campagnes d’alentour, étaient les mêmes qu’à défaut de collines ou de crêtes, la nécessité de l’occupation militaire, l’ intérêt du moine, du seigneur ou du prince avaient par avance choisis et fortifiés.

Etablis, au ixe siècle, sur les fleuves et les rivières, à leur

confluent ou près de leur embouchure, puisque c’étaient les voies que suivaient les envahisseurs normands1; nés de postes militaires romains qui dominaient les grandes routes ou à proximité de villes qu’avaient détruites les ravages des îv® et ve siècles, et dont les ruines pouvaient servir de carrière ; transformations des grandes abbayes qui, après la conquête franque, avaient colonisé le pays et jeté leur dévolu sur les emplacements les plus favorables à leur sécurité, à l'extension et à la mise en valeur de leurs possessions, les castra formèrent une double ou triple enceinte, des rivages de la mer jusqu’à l’Ardenne : Ardenbourg, Bruges, Fûmes, Bergues, Bourbourg, — Gand, Ypres, Cassel, Saint-Omer, — Grammont, Aude-

1 Voy. ce que la deuxième vie de saint Winnoc (milieu xie siècle) raconte de Baudoin II : « Qui suspicione irruptionis... ductus, fines Flandriæ facile usque ad id temporis accessibiles et pervios hosti castris munieral omnique in reliquum impugnationi clauserat » (Mabillon, Acta SS. Bened., t, III, p. 311). Cf. la Chronique de Jean d’Ypres, ad an. 902 (H. F t. IX, p. 75). Les miracles de saint Winnoc (xe-xie siècles) parlent de la fondation de Bergues par un princeps pagi « ad munitionem et tuitionem populi » [Mon. Germ. Script. Meroving., t. Y [1910], p. 782).

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