‹ Les origines de l'ancienne FranceChapitre 4 sur 244 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

narde, Lille, Douai, Arras. Mais ce ne sont pas seulement, tant s’en faut, des lignes de circonvallation contre les envahisseurs, c’est la chaîne d’un vaste réseau, aux mailles serrées, jeté sur tout l’intérieur du pays et dont les multiples châteaux forts représentent les nœuds.

Le prince est possesseur, ou pour le moins avoué, des grandes abbayes; il se réserve le droit de bâtir des forteresses et fait disparaître dès le xe siècle les comtes des pagi^ . Il tient ainsi le pays dans la main. Ses châteaux forts deviennent le centre d’autant de circonscriptions administratives, judiciaires, économiques, qui occupent en grande partie la place et de la hiérarchie des fiefs, et du système des honneurs régnant dans la France occidentale, et du régime domanial organisé, modelé par le capitulaire de villis. Le château devient le cœur de la cité, il fait office de cour du manoir et de villa ou de chefmanse. Le châtelain est, plus que partout ailleurs, le représentant du comte, le vice-comes’1 2 . L’extension du pouvoir temporel de l’épiscopat se trouva (sauf à Thérouanne) paralysée de ce fait et, à la différence de ce qui arriva en France, où les évêques introduisirent et sanctionnèrent les institutions de la paix et de la trêve de Dieu, le comte seul put en général y tenir la main et assurer la sécurité relative du pays3.

1 Cf. F. Lot, La Frontière cle l'Empire et de la France du ixe au xue siècle (Bibl. de l’École des chartes , janvier-avril 1910, surtout

2 Cf. Pirenne, Histoire de Belgique , t. I, 2e éd. (1902), p. 111 et suiv. — Les Villes flamandes avant le xne siècle (1905), p. 18 "et suiv.

3 Dès 1030, Baudoin le Barbu prend l’initiative de faire réunir à Audenarde les reliques de son marquisat et de faire jurer sur elles la paix de Dieu par le peuple et les seigneurs : « congregatis marchisiæ suœ sanctorum corporum, Bavonis, Wandregisili... cum aliis innumerabilibus sanctorum reliquiis... congregatis totius regni sui primatibus apud Aldenardum pacem ab omni populo conjuratam

LA GENÈSE DE LA NATIONALITÉ FLAMANDE. 25

Voici donc, du ix° au xne siècle, une cohésion toute particulière de l’Etat. Ses ressources en hommes et en biens ne sont pas moins remarquables. Dans cette genèse d’une nationalité vivace, le rôle prépondérant de la Flandre maritime éclate.. De vastes étendues de terres d’alluvions et de terrains tertiaires s’y prêtent aux défrichements féconds. Une population vigoureuse et tenace de libres paysans y est attirée et s’y fixe en qualité d’hôtes. Une agriculture florissante s’épanouit, à côté de pâturages salins où de multiples bergeries 1 prospèrent et fourniront un jour à l’industrie textile sa matière première. La vigne même est introduite par les comtes, auxquels on en fait mérite et gloire2. Source jaillissante

fîrmari fecit » (Sigebert de Gembloux, Auctar. Af/ligemense , ad an. 1030; Migne, 160, col. 281).

Trente ans plus tard, c’est d’après le conseil et à la sollicitation de Baudoin V de Lille et de son fils Baudoin Ier de Hainaut, « utriusque comitis consultu, hortatu et petitione » (Mon. Germ., t. XV, p. 838), que les moines de Lobbes promènent à travers toute la Flandre, et spécialement la Flandre maritime, les reliques de saint Ursmar, et c’est en sa présence et celle de la comtesse que tous les seigneurs du pays font, à Bergues, sur ces reliques un pacte de concorde et de paix (Miracula S. Ursmari, cap. 9 ; ibid. , p. 839- 840).

Sous Robert le Frison, un évêque de la Francie, l’évêque de Soissons, saint Arnoul, vient prêter son concours à l’œuvre pacificatrice (1084). Lui aussi, il parcourt le pays pour y semer la concorde, et si l’hagiograpbe lui en attribue le principal mérite, il n’en laisse pas moins entrevoir le concours actif et nécessaire du comte de Flandre. Il nous apprend même que le comte a fait dresser à Bruges une liste des meurtres qui avaient été commis dans la région, pour faire ressortir que les compositions qu’ils auraient exigées, et qui avaient été économisées par l’intervention de saint Arnoul, dépassaient le chiffre de dix mille marcs d’argent pur (Vita Arnulfi, Mon. Germ.., t. XV, p. 890).

1 Dès 941, Arnoul le vieux donne à l’abbaye de Saint-Pierre de Gand deux bergeries de 120 et 100 moutons ( Liber Traditionnm Sancti Pétri Blandinensis , éd. A. Fayen, Gand, 1906, p. 70).

2 Dans le même acte, Arnoul donne une vigne qu’il a replantée près du monastère : « Vineam quam secus monasterium restruxi » (Ibid.).

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