‹ Les origines de l'ancienne FranceChapitre 33 sur 244 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

termédiaire d’Eustache de Boulogne et du frère de celui-ci,, le chancelier Godefroi. Pas la moindre allusion n’est faite à une investiture qu’il aurait octroyée au comte Robert. C’est par les patriæ pares que Robert est élevé à la charge de consul patriæ *, investi du comté. Le frère d’Arnoul, Baudoin de Mons, doit se contenter du Hainaut.

L’harmonie est rétablie entre les deux groupes de population de la Flandre, malgré quelques tentatives de révolte que Robert le Frison aura encore à réprimer2. Entre la royauté et le principat, sont renoués de même les liens de fédération et d’amitié ou d’alliance que nous avons vus exister dans le passé. D’hommage au roi, nulle trace. M. Lot, en quête d’un étai pour sa théorie du grand fief, en a été réduit à un texte qu’il avoue luimême être « malheureusement peu sûr »3. C’est une interpolation de la Flandria generosa , si grossière et de date si postérieure qu’elle a été rejetée de l’édition des Monnmenla’' . Elle est condamnée, au point de vue qui nous concerne, aussi bien par le cours des événements (pie par les témoignages contemporains. Non seulement Orderic Vital ne parle que d’amitié5 et Grégoire Vil d’un

'■ « Convenerunt omncs pares patriæ... et... Robertum comitem in consulem patriæ rcstituerunt » (Galbert, loc. cit., p. 113).

2 Voy. Hariulf, Vie de saint Arnoul, SS. XV, p. 886-887. — Cesont peut-être ces dissensions qui ont amené les troubles et les inimitiés que le même chroniqueur a drcrits (Galbert, éd. Pirenne, p. 144-115).

3 Fidèles ou vassaux, p. 13.

4 C’est tout une étrange histoire que l’interpolateur raconte :

« Imperator Frisonem penes se arrestat. et pro rege Francorum mandans, qui Moguntiæ vcnicns, paccm inter regem Franciæ et Frisonem Robertum imponens, cuncta suntindulta et pax facta, ita quod Friso a rege veniam petit ut homagium de domino Flandriæ faciat, et Ricbildi indulgeat, etc. » (De Smet, t. I, p. 65).

B « Rodbertus Fresio totam sibi Flandriam subegit... amicitiamque Pbilippi regis Francorum facile promeruit » (Orderic Vital, t. Il* p. 236-7).

LA TRANSMISSION DU POUVOIR COMTAL

serment de fidélité1, mais Lambert de Hersfeld, qui écrivait presque à l'heure même (1077-1088), insiste sur la foi réciproque : « Robert, dit-il, rentra en grâce auprès du roi de France, et les torts effacés, il s’en fît un ami constant et fidèle »2. Puis il conclut : « Sic Ruotbertus deinceps Flandriæ principatu in securilate potiebatur ».

La base de l’amitié ou de l'alliance ainsi restaurée, puis continuée sous les successeurs des deux princes, est, si l’on y prend garde, aisée à reconnaître. Elle gît tout entière dans la rivalité commune du roi de France et du comte de Flandre avec la royauté anglo-normande. Étroite et intime quand la lutte est vive entre les deux camps hostiles, elle se relâche jusqu’à la rupture quand le danger est momentanément suspendu.

Tant qu’ils ont en face d’eux, comme formidable adversaire, Guillaume le Conquérant, le lien entre le souverain français et le comte flamand, qu’a scellé, dès 1072, le mariage de Philippe Ier avec la belle-fille de Robert, semble une chaîne d’acier. Robert le Frison ne cesse de harceler Guillaume par des incursions en Normandie3; il soutient, de concert avec Philippe, la rébellion de Robert Courteheuse, tandis que, de son côté, Guillaume appuie

1 Lettre à Robert (1081) : « Ergo qui te audivimus admonitu fidelitatis quam régi Philippo fcccras, ad id periculose esse inductum... non te decet æstimare ilia le adjuratione ad tain gravissimum scelus adslringi » (Migne, 148, c. 639). — Lettre à l’église de Térouanne : « Si mortali hornini, multo maxime sempiterno Deo fidem et decotionem deberi » (1082; Ibid., c. 640).

2 « Comperto quod Ruotbertus cura rege Francorum jam in gratiam redisset, et expiata veteri contumelia, firmum sibi cum fidelcmque fecisset » (Lambert de Hersfeld, Migne, 146, c. 1106). — D’après la construction grammaticale, c’est le roi qui serait devenu firmus (sousentendu amicus) et fidelis, locution qui a dû être empruntée à Cornélius Nepos, chez lequel on trouve : firmus a?nicus ac fidelis.

3 « Flandria potitus, sæpe Willelmum regem Normannieis prædis irritavit » (Guillaume de Malmesbury, 111, 257; Migne, 179, c. 1238)

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