CHAPITRE IV
sonnellement ( ipse ) Le roi d' Angleterre' , sauf la fidélité du roi de France.
Et voici alors la situation devant laquelle on nous place. En qualité de comte de Flandre, de grand feudataire, Robert 11 n’aurait dû au roi de France que le service de dix chevaliers, et, comme détenteur d’un fief d’argent de quatre cents marcs, c’est mille chevaliers qu’il aurait été obligé de fournir au roi d’Angleterre. Vraiment la qualification de grand fief est bien justifiée!
Plus topiques encore sont les démentis qu’infligent à la théorie du grand fief les modes de transmission du principat flamand. Pour être légitime au point de vue féodal, cette transmission aurait dû dépendre d’une investiture formelle par le roi, plus ou moins discrétionnaire pour lui, et nécessaire pour le comte. Comment se fait-il alors que nous la voyons s'opérer régulièrement, soit par une libre institution ou désignation d’héritier, soit par le choix des vassaux et sujets, sans prestation d’hommage au roi ni investiture par lui?
Un tel concours d’anomalies rend intenable le point de vue d’où il procède. C’est que, dans les rapports de la royauté et du principat, au lieu d’être un élément fondamental, le lien féodal n'est encore, à cette époque, qu'un élément subsidiaire, tandis que prédomine, soit par en haut, sous forme de souveraineté ou de suprématie, soit par en bas, — du moins en Flandre, — sous forme d’autonomie, le lien proprement national.
Le lien féodal est représenté par les fiefs particuliers que nous avons vu le comte de Flandre tenir soit du roi de France, soit du souverain d’Allemagne, fiefs dont le nombre s’est accru, quant à ce dernier, par la conquête de Cam-
! « Et si rex Henrieus comitem R. in Normanniam... in auxilio secum habere voluerit et eum inde summonuarit, ipse cornes illuc ibit et regem tienricum per fidem juvabit « (traité daté du 10 mars 1103, art. 16).
LA TRANSMISSION DU POUVOIR COMTAL
brai1, et auxquels serait venu s’ajouter, — si les traités publiés par Rymer sont authentiques2, — le fief d’argent
1 Cf. lettre de Robert à Lambert, évêque d’Arras (1103) : « Noverit discretio tua me hominium imperatori theutonico fecisse, qui aliter feodum quod ab eo tenere per antecessoriam debeo, intégré habere non poteram, præseriim quia præter hoc patriæ nostræ pacem restitui nequaquam posse sentiebam : hoc tamen factum esse, salva mihi auctoritate et obedientia Romani Pontificis, ejusque ecclesiæ nec non Remensis » (FL F., t. XIV, p. 196).
2 Cette authenticité me parait fort douteuse et j’estime que les chirographes dont Rymer s’est servi mériteraient d’être recherchés et étudiés de très près. En attendant qu’on les ait retrouvés, voici mes principaux motifs de suspicion : 1° Le silence complet gardé à leur sujet par les chroniqueurs français, anglais et flamands, silence d’autant plus significatif que Guillaume deMalmesbury présente sous un jour tout autre les subsides d’argent fournis par les rois d’Angleterre aux comtes de Flandre, et que, dans la biographie de l’abbé de Saint-Bertin, Lambert, il est parlé d’une mission dont Robert II l’avait chargé auprès du roi d’Angleterre : « Anglie partes... a consule Flandrensi transmissus ingressus est. Ubi viriliter exactis negotiis, pro quibus maris ceruleas aquas transierat, regem Anglorum et ejus potentiam audaci sermone increpavit » ( Tractatus de moribus La?nberli, SS. XV, p. 951; continuation écrite de 1118-1125). Or, si cette mission, qui se place avant 1106, avait abouti à d'importants traités, le biographe n’eùt pas manqué d’en faire honneur au négociateur.
2° L’incertitude sur la date des traités et la difficulté même de leur en assigner une. La date de 1101 (16 mai, Douvres) est regardée par tout le monde comme inadmissible, et l’on a dù la reporter, à raison des noms de témoins, à 1 109 au plus tôt. Mais dès le mois de février ou de mars de cette année, Robert II était en guerre avec Henri Ier (Luchaire, Annales de Louis VI, n° 72) et il le resta jusqu’à sa mort (5 octobre 1111). La date de 1103 (10 mars, Douvres) pour le deuxième traité n’est pas plus heureuse. A cette époque, Robert se trouvait engagé dans une lutte avec Henri IV, qui ne prit fin que le 29 juin de cette année.
3° L’identité presque complète de rédaction et la similitude d’écriture avec le traité de 1163, entre Henri II et Thierry d’Alsace, style et écriture, — àjuger celle-ci d’après le fac-similé de la 2e édition de Rymer (1816), — qui sont beaucoup plutôt de la seconde moitié du xue siècle que de la première, à plus forte raison que des premières années, de ce siècle.