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et de la richesse foncière et de l’opulent trésor des comtes *, c’est la Flandre maritime qui contribua, pour la plus large part, à former cette terra valde populosa dont parle Suger, ce « réservoir d’hommes dont le trop-plein se déversait au dehors », comme l’appelle un savant géographe 2.
Si la chevalerie est nombreuse, elle se compose surtout de soldats paysans, dont les plus puissants et les plus riches ( ditiores , nobiliores) n’ont encore pour résidence, dans la première moitié du xnc siècle, que les matins avec tours de bois qu’en France les châteaux en pierre avaient remplacées dès le règne de Robert II3. Leur équipement était resté tout aussi primitif. Ils ne devaient avoir ni broigne, ni haubert, puisque à la même époque ils prenaient part à des tournois dans une tunique de lin, avec la lance, l’écu et le heaume pour toute armure4. Le
1 Cette prospérité nationale de la Flandre et le mérite qui en revient au prince a été célébrée sur un ton presque lyrique par un évêque français, Gervais de Reims, dans la lettre qu’il a écrite (1055-1067) à Baudoin V, de Lille, en lui offrant les « miracles de saint Donatien » :
« Quid de diversarum loquar affluentia divitiarum... quibus jure hereditario te Domines sic voluit esse locupletatum, ut inter mortales bac 1 in re non plurimos tibi pares invenias? Quid, quod tellurem paulo ante minus cultilem sic sollerciæ tuæ industria fertilem reddidisti, ut natura fertiliores fertilitate superet... diversorum proventu fructuum cultoribus suis arrideat et ad prebendum pastum animalibus pralis et pascuis affluenti l'ecunditate turgescat? Quid, quod populis bacheia dona ignorantibus per te Liberi illuxit noticia? Nunc nicliil in regione tua usibus hominibus deesse volens, ruricolas ad producenda vineta excoluisti.... Quid de cœteris divitiis, auro videlicet et argento, palliis et lapidibus preciosis et concbis’? Hec quidem et alia quecumque su b sole nascentia, Balduine princeps, promptissime tibi feruntur, quacumque parte terrarum et maris tibi defluunt » (Mon. Germ. Script., XV, p. 855).
2 Vidal de la Blacbe, Tableau de la géographie de la France ( Hist . de France de Lavisse, t. I, p. 79).
3 Voy. la description d’une de ces mottes (vers 1115) par Gautier de Thérouanne, que j’ai donnée au t. II des Origines , p. 82-83.
4 C’est ce que nous apprend une tradition du xn® siècle rapportée
LA GENÈSE DE LA NATIONALITÉ FLAMANDE
régime familial, favorisé par la dispersion des fermes, sous lequel ils vivaient, gardait si bien sa barbarie antique que d'interminables vendetta mettaient parfois aux prises des milliers de personnes1, et tenaient lieu chez eux des luttes entre maisnies féodales. Nous en avons le pittoresque spectacle dans la translation des reliques de saint Ursmar qu’opèrent les moines de Lobbes (1060) à travers toute la Flandre maritime, d’Hazebrouck jusqu’à la Zélande, puis de là à Gand2, et dans le récit d’une tournée missionnaire que saint Arnoul y accomplit au temps de Robert le Frison3.
par Thomas de Cartimpré : « In hac villa (Leeuwes juxta Bruxellam)
lx milites arma portantes sparsim morabant’ir Hi omnes cum aliis
militibus circumjacentium regionum sine ullo armorum præsidio, exceptis lanceis, scuto et galea, indwti tantum plicata linea tunica, torneamenta frequentius faciebant » [Bonum unir er sale de proprietatibus apum, éd. Douai, 1605, p. 446).
1 Au xue siècle encore, le frère du prévôt de Bruges, Lambert d’Arden bourg, réunit une troupe de près de trois mille amis et parents, •« amicos cognatosque t'ere tria millia » (Galbert, éd. Pirenne, p. 154).
2 A Blaringhem près d’Hazebrouck (et non pas entre Avie et Arques (!) comme l’indique une note des Monumenta), les vendetta d’une centaine de chevaliers furent pacifiées : « Centum ferme inimicitiarum... ea die fuit confœderatio » ( Mirac . St. Ursmari : Mon., t. XV, p. 839). — A Ostburg (Zélande), quatre cents chevaliers étaient en tel état d’inimitié que nul n’osait plus sortir de chez lui sans convoquer au préalable un ost (nisi exercitu coacto). Une vendetta féroce divisait les familles : « Exigebant ab invicem interfectiones parentum », malgré des serments prêtés et des compositions stipulées. La paix fut jurée sur les reliques de saint Ursmar (supra corpus jurata pace), les armes jetées, les baisers de paix échangés {Ibid., p. 840).
Autre pacification analogue près de Blankenbergbe, entre plus de cinq cents chevaliers. Elle est marquée par une scène dramatique et curieuse. Un chevalier se jette aux pieds d’un seigneur dont il avait tué les deux frères : « Nu et déchaussé, les bras en croix, avec des ciseaux et des verges » (Cum forcipe et scopis, nudus, discatceatus), symbole évident de la tonsure et de la discipline monastique entraînant pénitence {Ibid., p. 840-841).
3 Toute la relation de cette tournée serait à citer. Elle prouve nom-
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