CHAPITRE V
phce du meurtre de leur prince, et les barons qui assiègent les meurtriers dans le château prennent précisément par serment l’engagement solennel de résister à une telle intrusion.
Presque aussitôt après (20 mars), ce sont ces mêmes protestataires que le roi convoque à Arras en vertu de son ban royal (■ imperium ) afin de s’entendre sur le choix d’un nouveau comte. Les barons délibèrent, puis obéisse) d. Sans attendre leur retour, le peuple s’assemble (27 mars) dans le lieu habituel de ses réunions publiques (âge?' co?isuelus) i, un champ appelé les « Arènes » ou Je « Sablon » (Ha?'e?iæ, Zandberg ), dépendant du faubourg (suburbium) -et sis dans son enceinte2. Aux bourgeois et échevins de Bruges viennent se réunir les magistrats et notables (scabini, foi'tiores , meliores) des douze villæ qui composent la châtellenie. Tous se « conjurent » par l’organe de leurs chefs, et le serment que chacun de ceux-ci prête deviendra un jour la formule sacramentelle que devront prononcer sur les reliques les comtes de Flandre, au moment de leur solennelle intronisation. L’échevin jure « d’élire un comte qui sache gouverner utilement le royaume de ses prédécesseurs, défendre avec vigueur les droits du pays contre ses ennemis, qui soit doux et clément aux pauvres gens, soumis à Dieu, qui marche dans les sentiers de la justice, qui ait la volonté et la force de servir le bien commun de la patrie »3. Le même serment
Louis VI, il attribue son premier succès à la crainte que le roi avait su inspirer aux Flamands : « Me non amore, sed timoré unanimiter receperint, mirabilius efTecistis » (Duru, Bibl. hist. cle l'Yonne, t. Il, p. 01 1 ; II. F., t. XV, p. 341).
1 Galbert, p. 86.
2 « Gonvenerunt burgenses nostri in agrum quod suburbio adjacet intra septa villæ » (Galbert, p. 80). — CL « apud Harenas in exitu suburbii » (p. 27).
3 « Burgenses nostri... convocatis undecumque Flandrensibus circa nos, conjuraverunt simnl super sanctorum reliquias sic : Ego Folpertus judex juro me talem electurum comitem terræ hujus, qui
■a dû lier les bourgeois des autres villes et châteaux de la Flandre, puisque Galbert nous apprend qu’une entente commune les unissait1.
Dans le même temps se tenait autour du roi la cour qu’il avait convoquée à Arras. Nous n’en avons que F écho dans le journal de Galbert, qui se trouvait à Bruges. Mais des chroniques nous permettent de compléter son récit. Les prétentions rivales sont en présence, les appétits aux prises. Le roi lui-même se demande s’il ne s’emparera pas du comté pour en doter un de ses fils; aucun d’eux toutefois n’ayant atteint même l’âge de douze ans2, il craint de ne pouvoir maîtriser une nation indomptée3. Son choix s’arrête donc sur Guillaume Cliton, qu’il avait mandé auprès de lui.
Les autres compétiteurs font valoir leurs droits. Arnoul se présente en personne, Guillaume d’Ypres envoie des messagers. Baudoin de Mons, accompagné de sa maisnie, s’offre à prouver, en champ clos, que nul n’a plus de droit que lui au comté de Flandre4. C’était remettre en question la légitimité de l’avènement de Robert le Frison et indisposer les barons flamands. Ces derniers ne s’en laissèrent que plus facilement gagner par les largesses du
utiliter rectums regnum predecessorumsuorum comilum, jura potenter. contra hosles patriæ obtinere poterit, affectuosus et pins in pauperes, Deo devotus, semitam gradiens reolitudinis, et talis fuerit qui utilitati communiter patriæ vêtit et possit prodesse <> (Galbert, p. 80-81).
1 « Nam ex civitatibus Flandriæ et castris burgenses slabant in eadem securitate et amicitia ad invieem, ut nihil in electione nisi communiter consentirent aut contradicerent » ( Ibid ., p. 84).
2 L’aîné, Philippe, n’avait que onze ans, étant né le 29 août U 16.
3 a Considerans nullum filiorum suorum adhuc esse duodennem, nec sine magistro qui ei jugiter adhæreret tam indomitam posse regere gentem » (Herman de Tournai, H. F., t. XIII, p. 397).
4 « Quod nullus se propinquior, vel rectiori ac majori jure hæres Flandriæ esse deberet, armis et duello sui proprii corporis probaturum » (Ibid., p. 399).
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